Ukraine: les opérations militaires ont commencé à Kramatorsk

Ukraine: l'offensive militaire commence à Kramatorsk
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Ukraine: l'offensive militaire commence à Kramatorsk - © ANATOLIY STEPANOV - BELGAIMAGE

Des unités de l'armée ukrainienne ont lancé mardi une "opération spéciale" contre les séparatistes pro-russes pour reprendre l'aéroport de Kramatorsk, dans l'est du pays, avant de se replier dans la base aérienne pour se mettre à l'abri d'une foule hostile. Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a estimé que l'Ukraine était "au bord de la guerre civile". De son côté, l'Otan a appelé la Russie à ne pas déstabiliser l'Ukraine.

Le gouvernement ukrainien pro-européen a déployé mardi l'armée et la Garde nationale dans l'est du pays pour mettre un terme à l'insurrection des séparatistes pro-russes, qui occupent en bandes armées des bâtiments des services publics et dont la communauté internationale soupçonne qu'ils sont organisés et soutenus par les autorités russes.

Des troupes acheminées par deux hélicoptères ont débarqué à Kramatorsk. Peu avant un appareil de l'armée de l'air a tenté sans succès de se poser sur la base où les manifestants ont érigé des barricades devant les grilles d'entrée.

Le président ukrainien par intérim, Olexander Tourtchinov, a salué cet événement affirmant que le terrain d'aviation avait été libéré.

Parallèlement, le service de la sécurité de l'Etat (SBU) a annoncé le lancement d'une autre opération pour reprendre le contrôle de Slaviansk, à une vingtaine de kilomètres de Kramatorsk, où des pro-russes occupent depuis samedi des bâtiments officiels. Selon la presse locale, les forces ukrainiennes ont repris le contrôle du trafic sur les principaux axes de circulation routière.

A Kramatorsk, un chasseur de l'armée de l'air a survolé la ville, puis quatre hélicoptères sont apparus au-dessus de l'aéroport. Deux de ces appareils ont débarqué des troupes sur la piste. Les militaires ont été accueillis aux cris de "Honte! Repartez!" par des habitants occupant une barricade où flottaient des drapeaux russes, à l'entrée de l'aéroport. Des tirs ont retenti, mais il pourrait s'agir de tirs de sommation alors qu'une foule pro-séparatiste s'avançait vers les portes de l'aérodrome. Il n'y a pas eu d'affrontements.

Guerre "civile"

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a estimé mardi que l'Ukraine était "au bord de la guerre civile". "C'est effrayant", a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse.

"Le dialogue avec les citoyens de toutes les régions est la seule voie possible pour l'Ukraine", a estimé Medvedev. "Tous ceux qui disent qu'il faut aider l'Ukraine devraient enfin faire quelque chose. Je veux parler de nos partenaires européens et de nos partenaires d'outre-Atlantique. Qu'ils donnent ne serait-ce qu'un dollar!", a-t-il également ironisé.

Medvedev a affirmé que les différentes réductions du prix du gaz accordées dans le passé par la Russie avaient permis à l'Ukraine d'économiser plus de 100 milliards de dollars en 20 ans.

La Russe Gazprom a pourtant décidé dernièrement d'imposer au voisin ukrainien une augmentation de 80% des prix du gaz, les 1000 mètres cubes passant en 72 heures de 268 à 485 dollars.

Début avril, le président de Gazprom annonçait également que l'Ukraine devrait rembourser les 11,4 milliards de dollars correspondant aux réductions accordées durant les quatre dernières années. Ces réductions étaient prévues par l'accord de Kharkiv (2010), annulé par la Russie qui n'y voyait plus d'intérêt depuis qu'elle considère la Crimée comme partie intégrante de son territoire.

L'accord de Kharkiv prévoyait en effet les ristournes gazières en échange de l'utilisation par la flotte russe de la base de Sébastopol, située en Crimée.

Ukraine: les pro-russes qui ne déposent pas les armes seront "liquidés"

Les séparatistes pro-russes qui ne déposeront pas les armes seront "liquidés", a déclaré à des journalistes dans l'est de l'Ukraine le général Valeri Kroutov, numéro deux des services spéciaux ukrainiens (SBU), qui commande l'opération "antiterroriste".

Le général, rencontré à une quarantaine de kilomètres au nord de la ville de Slaviansk, a affirmé que les hommes en armes non identifiés qui avaient pris le contrôle de villes ou de bâtiments publics étaient des "troupes spéciales du GRU (renseignement militaire russe) qui ont une grande expérience des conflits".

"La Russie exige l'arrêt de l'opération antiterroriste"

Plus tôt dans la journée, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, avait averti l'Ukraine contre toute action violente. "Vous ne pouvez pas envoyer les chars et en même temps tenir un dialogue", a déclaré M. Lavrov. "Le recours à la force réduirait à néant l'occasion offerte par la réunion quadripartite à Genève" entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne pour tenter de dénouer la crise ukrainienne.

"La Russie exige instamment (que l'Ukraine) cesse d'envoyer des forces dans le sud-est pour écraser les manifestations", a ajouté le ministre russe des Affaires étrangères, dans une conférence de presse commune avec son homologue chinois Wang Yi. "L'Ukraine propage des mensonges selon lesquels la Russie serait derrière les événements dans le sud-est (du pays). C'est un mensonge éhonté", a poursuivi le ministre russe des Affaires étrangères.

L'Ukraine continue à accuser la Russie

Propos réitérés par l'Ukraine ce mardi. "Les projets de la Russie ont été et restent brutaux. Ils veulent que s'embrasent non seulement le Donbass, mais tout l'est et le sud de l'Ukraine, de la région de Kharkiv à celle d'Odessa", a fustigé le président par intérim Olexandre Tourtchinov devant le Parlement.

Olexandre Tourtchinov a annoncé le lancement mardi matin d'une opération "antiterroriste dans le nord de la région de Donetsk qui sera menée de façon graduelle, responsable et réfléchie".

De son côté, l'Otan continue à demander à la Russie de cesser de déstabiliser l'Ukraine. "J'appelle la Russie à la désescalade dans la crise, à retirer ses troupes aux frontières ukrainiennes, à stopper la déstabilisation (de la situation en Ukraine) et à dire clairement qu'elle ne soutient pas l'action violente des milices séparatistes pro-russes" présentes dans l'est du pays, a-t-il affirmé à son arrivée à une réunion des ministres européens de la Défense à Luxembourg.

"La Russie devrait cesser d'être une partie du problème et commencer à être une partie de la solution", a ajouté M. Rasmussen, en assurant que l'Otan prendrait les mesures "appropriées" pour assurer la sécurité de ses membres d'Europe de l'est, inquiets de l'attitude russe.

Soutien chinois ?

Sergueï Lavrov est venu chercher à Pékin un soutien accru de la Chine sur la crise ukrainienne, dans un contexte de vives tensions entre Moscou et les pays occidentaux.

Confrontée depuis samedi à des assauts visiblement coordonnés par des activistes pro-russes, l'Ukraine apparaît plus que jamais menacée d'éclatement entre l'est russophone et le centre et l'ouest tournés vers l'Europe.

Le Kremlin a annoncé que Vladimir Poutine recevait de "nombreuses demandes" d'aide des régions de l'est ukrainien et suivait la situation avec "beaucoup d'inquiétude". Des déclarations qui renforcent les craintes d'intervention militaire - la Russie ayant massé jusqu'à 40 000 hommes à la frontière selon l'Otan, et le président russe soulignant depuis longtemps qu'il assurerait "à tout prix" la sécurité des populations russophones de l'ex-URSS.

Depuis le début de la crise ukrainienne la Chine apparaît embarrassée, tiraillée entre son soutien habituel à Moscou et sa défense traditionnelle de la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays.

Se gardant de condamner le rattachement de la Crimée à la Russie, Pékin s'est contenté d'appels à la "retenue" et à une "solution politique" ménageant Moscou.

Mardi un journal de la presse d'Etat a semblé entériner de facto ce rattachement. "Nous prônons le maintien de l'intégrité territoriale dans l'ère post-Crimée", a écrit dans un éditorial le quotidien Global Times.

La Russie et la Chine présentent un front commun face aux Occidentaux sur plusieurs dossiers diplomatiques chauds, tels que la Syrie. Les deux pays ont bloqué plusieurs projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant le président Bachar al-Assad.


Avec agences

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