Ukraine: le mouvement d'opposition au pouvoir s'étend à tout le pays

La ministre ukrainienne de la Justice avait menacé de demander l'instauration de l'état d'urgence dans le cas où les activistes ne rendaient pas le lieu aux employés censés y travailler. Vitali Klitshko, leader du camp pro-européen, avait lui-même demandé aux occupants de vider les lieux, pour privilégier une solution politique et pacifique plutôt que des provocations risquant de compliquer les discussions entre les deux camps.

Par ailleurs, un homme ukrainien de 55 ans a été retrouvé pendu lundi aux restes d'un immense sapin de Noël situé sur la place de l'Indépendance, haut lieu du mouvement de contestation en cours depuis plus de deux mois, a annoncé le ministère ukrainien de l'Intérieur. Il s'agirait d'un suicide, selon la même source, le corps ne présentant pas de blessures. Ce qui reste de l'"arbre", en réalité une structure métallique destinée à supporter un sapin de Noël, est en grande partie recouvert d'un portrait de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

L'opposition est mobilisée dans le centre de Kiev depuis le refus du président Viktor Ianoukovitch fin novembre de signer un accord de libre-échange avec l'Union européenne, préférant un rapprochement avec la Russie.

Une mobilisation qui s'essouffle à Kiev?

La mobilisation a semblé marquer le pas, alors que des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes s'étaient regroupées pendant les immenses rassemblements dominicaux des semaines précédentes.

"Les gens ont peur, ils sont soumis à des pressions à leur travail" s'ils affichent en public leur profond désaccord avec le pouvoir, a dit à l'AFP Sergueï, évitant de donner son nom de famille.

Non loin de là, des milliers de personnes ont assisté à un service funèbre à la cathédrale Saint-Michel en hommage à un manifestant tué, Mikhaïl Jiznevski.

Ce jeune homme de nationalité bélarusse a perdu la vie mercredi au cours des violents affrontements avec la police à Kiev.

Les chefs de l'opposition, qui ont assisté à la cérémonie, ont affiché leur détermination à poursuivre leur combat malgré une ouverture sans précédent de la part du président.

Tout le pays semble se soulever

Quoi qu'il en soit, le mouvement d'opposition fait tache d'huile dans le pays: la situation s'est tendue dimanche dans les régions d'Ukraine, où les contestataires, insatisfaits par les concessions mises sur la table par le pouvoir, ont multiplié les actions contre des bâtiments publics parfois accompagnées d'échauffourées.

Le mouvement s'est brusquement radicalisé au cours de la semaine écoulée, donnant lieu à des scène de guérilla urbaine causant au moins trois morts à Kiev, et s'étend désormais dans le pays.

Les sièges des administrations de la plupart des provinces de l'Ouest, nationalistes, davantage tournées vers l'Union européenne et fermement opposées au président, sont depuis plusieurs jours aux mains des manifestants qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'Etat.

L'administration régionale est désormais bloquée dans 14 des 25 provinces par les contestataires.

Ceux-ci occupent les bâtiments abritant les bureaux des gouverneurs dans dix villes de cette ancienne république soviétique, souvent à la suite d'affrontements avec les forces antiémeutes, et en font le siège dans quatre autres.

Même si ces actions se déroulent essentiellement en Ukraine occidentale, les autres régions, y compris russophones, sont à leur tour touchées.

A Zaporijjia, dans le sud, 3000 manifestants lancés à l'assaut de l'administration du gouverneur ont été dispersés par la police.

Des témoins cités par des médias ont fait état de blessés, les policiers faisant usage de leurs matraques et de grenades assourdissantes.

Des manifestations ont eu lieu dans presque tous les grands centres régionaux.

Occupation de bâtiments de l'administration régionale

A Lviv, bastion nationaliste de l'ouest où l'administration est occupée depuis jeudi, le gouverneur ne peut plus accéder à son bureau et l'assemblée locale, favorable à l'opposition, est de facto chargée de gérer les affaires de la région.

Toujours dans la partie occidentale, les assemblées régionales d'Ivano-Frankivsk et de Ternopil ont fait savoir dimanche qu'elles avaient voté en faveur d'une interdiction pure et simple du Parti des Régions de M. Ianoukovitch.

Les parties en présence sous pression

Viktor Ianoukovitch a proposé le poste de Premier ministre à l'opposant Arséni Iatséniouk et celui de vice-Premier ministre à l'ex-boxeur Vitali Klitschko.

Il s'est aussi dit prêt à discuter d'une révision de la Constitution visant à céder une partie de ses pouvoirs au gouvernement.

Les propositions de M. Ianoukovitch sont "empoisonnées", elles visent à "diviser notre mouvement d'opposition", a estimé Vitali Klitschko dans un entretien avec le journal allemand Bild am Sonntag.

L'Union européenne a appelé lundi le pouvoir ukrainien à "remplir les promesses" faites à l'opposition, tout en demandant à cette dernière de "se dissocier clairement de tous ceux qui ont recours à la violence", dans un communiqué de la délégation de l'UE à Kiev.

Une session extraordinaire du Parlement, consacrée à la situation politique, doit s'ouvrir mardi, ce qui met la pression sur les différentes parties pour parvenir avant cette date à un accord.

Le même jour, un sommet doit réunir l'UE et la Russie, que les Européens accusent d'avoir usé de son influence en vue de convaincre l'Ukraine de renoncer à un accord d'association avec Bruxelles. Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, est, pour sa part, attendue à Kiev jeudi et vendredi.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est dit "persuadé que les dernières possibilités d'une solution politique ne sont pas épuisées".

Le chef de la diplomatie française a eu un entretien téléphonique avec M. Klitschko, l'engageant à poursuivre le dialogue. "La violence et la radicalisation ne peuvent être une réponse aux aspirations du peuple ukrainien", a estimé Laurent Fabius.

Envoyé européen

"Afin de souligner notre engagement vis-à-vis de l'Ukraine, le commissaire chargé de la Politique de voisinage, Stefan Füle se rend de nouveau à Kiev aujourd'hui afin de poursuivre les efforts pour aider à trouver une sortie de crise", a indiqué son porte-parole, Peter Stano. M. Füle s'était déjà rendu vendredi et samedi dans la capitale ukrainienne, où il avait rencontré le président Viktor Ianoukovitch et des représentants de l'opposition.

Il avait ensuite dit attendre du pouvoir ukrainien des "pas concrets" pour "stopper la spirale de violence et d'intimidation".

Le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, est attendue jeudi et vendredi à Kiev afin, selon l'UE, de faciliter le "dialogue" en vue d'une "solution politique" à la crise.

 

Ju. Vl. avec agences

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK