Ukraine: "La police a commencé une véritable chasse aux blessés"

Irina Slawinska, une journaliste ukrainienne en direct de Kiev, a expliqué au micro de Matin Première qu’une grande barricade de feu est toujours dressée sur la place principale de la capitale. "Les affrontements continuent", dit-elle, en précisant que les coups de feu ont retenti "toute la nuit" de mercredi à jeudi.

"Les médecins volontaires affirment qu’il y a eu au moins un blessé tous les quarts d’heure", ajoute la journaliste. "Le ministère des Affaires intérieures a évoqué 218 victimes du côté des forces spéciales", alors que ce nombre est difficile à déterminer chez les manifestants car, dit-elle, "il change tout le temps".

Alors que la contestation a commencé il y a plusieurs mois, Irina Sawinska voit cette récente flambée de violence comme "la conséquence d’une restriction des droits et de la loi". Elle pointe ainsi "surtout la loi qui a été adoptée par le parlement le 16 janvier", et qui donne à la population le sentiment que ses droits sont bafoués, que sa liberté de parole est confisquée par le pouvoir auquel la police obéit au doigt et à la baguette.

Chasse aux blessés

"La police a commencé dimanche une véritable chasse aux blessés", continue-t-elle : "Tous les hôpitaux d’Etat sont obligés de rapporter les blessés chez eux par ambulance, pour que les forces de l'ordre puissent dresser des procès-verbaux sanctionnant leur organisation dans l'affrontement, passible de 15 ans d’emprisonnement". Elle ajoute que "la même chasse a lieu contre les journalistes".

Sur le terrain, Irina Sawinska explique que plus personne ne peut donc faire confiance aux institutions publiques, surtout pour s'occuper des blessés. Des "points de secours urgents indépendants" sont mis en place par "des médecins volontaires qui travaillent avec des médicaments achetés par les citoyens ordinaires, ou qui sont distribués par les entreprises ou les cliniques privées", dit-elle.

"L’agression du pouvoir contre les manifestants va continuer"

Les manifestants ont fait savoir qu'ils pourraient donner l’assaut, dans les prochaines heures. Pour Irina Sawinska, on risque l’escalade de la violence.

"Ça peut s’aggraver", dit-elle en expliquant qu'une "véritable attaque des forces de l’ordre contre les activistes automobilistes de Maïdan (l'autre nom de la Place de l'Indépendance, où les manifestations sont les plus denses, NDLR)" a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi.

Elle explique que ces derniers "gardent les entrées des hôpitaux pour protéger les blessés de la police". Ils ont été attaqués pendant la nuit, dit-elle, puis pris au piège par leurs assaillants, qui ont "cassé leurs voitures, et battus les personnes au volant". Et après le "kidnapping" qui s’en est suivi, Irina Slawinska souligne la disparition d’"une quinzaine de personnes".

"L’agression du pouvoir contre les manifestants va continuer", conclut-elle.

De l'"exaspération" de la population au "sentiment de provocation"

Aude Merlin, spécialiste de la Russie et de l'Europe de l'Est, a pu se rendre à Kiev elle aussi. Elle rappelle cette "volte-face" de Viktor Ianoukovitch, lorsqu'il a annoncé le 21 novembre qu'il ne signerait l’accord d’association avec l’Union européenne : "Il y a eu une exaspération dans la société ukrainienne, qui s'est amplifiée le 30 novembre, après une première vague de répression et des passages à tabac extrêmement violents".

"Après cela, dit-elle, il y a vraiment eu une amplification, et la mobilisation s'est décuplée". Aude Merlin souligne que les rassemblements étaient d'abord pacifiques, mais qu'avec l’accord du 17 décembre conclu avec la Russie, puis le vote de la loi du 16 janvier - évoquée ci-dessus -, un sentiment de "provocation très forte" s'est fait sentir au sein de la population.

G. Renier avec B. Henne

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