Ukraine: l'UE durcit ses sanctions contre la Russie

Les diplomates européens se réunissaient pour prendre les premières sanctions visant des secteurs entiers de l'économie russe et destinées à contraindre Vladimir Poutine à désamorcer le conflit en Ukraine, et ce malgré la crainte de rétorsions. Ils le font en concertation avec les Etats-Unis.

Ensemble, ils avaient déjà pris des mesures visant des individus en raison du rôle de Moscou dans la crise en Ukraine mais l'UE avait jusqu'à présent pris soin d'éviter de pénaliser des secteurs essentiels à l'économie russe. Les échanges commerciaux entre l'UE et la Russie sont plus de dix fois plus élevés que ceux entre Moscou et Washington et concernent notamment le gaz naturel russe.

Juste équilibre

Il s'agissait donc de trouver un subtil équilibre entre sanctions contre la Russie et risques économiques liés aux prévisibles mesures de rétorsion.

Dans une lettre aux dirigeants européens, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy écrivait la semaine dernière que ces sanctions "devrait avoir un impact fort sur l'économie de la Russie avec un effet modéré sur les économies de l'UE".  Exemple : on ne viserait que les contrats futurs, laissant ainsi à la France la possibilité de maintenir la livraison de deux porte-hélicoptères "Mistral" à la Russie, et on exempterait le secteur du gaz mais pas pétrolier.

L'accord bloque l'accès aux marchés financiers de l'UE, interdit les ventes d'armes, de technologies sensibles dans le domaine de l'énergie et de biens à double usage militaire et civil. Il doit être publié au Journal Officiel de l'UE pour entrer en vigueur.

L'UE a également décidé mardi de bloquer les avoirs de quatre hommes d'affaires russes proches du président Poutine accusé de bénéficier de l'annexion de la Crimée ou de soutenir activement la déstabilisation de l'Est de l'Ukraine. Elle va aussi sanctionner trois sociétés dont une banque sur la base des mêmes accusations.

Les identités des personnes et des entités sanctionnées seront publiées mercredi au Journal Officiel de l'UE. La liste noire de l'UE comprend déjà 87 personnes et 20 entités interdites de visas et dont les avoirs dans l'UE sont gelés.

L'objectif est de bloquer les investissements dans certains secteurs en Crimée et à Sébastopol, notamment la construction, les transports, les télécommunications et l'énergie, a précisé une autre source européenne proche des négociations.

Les sanctions seront réexaminées dans trois mois.

Pression

L'objectif de ces sanctions a été confirmé lundi par les dirigeants français François Hollande, américain Barack Obama, allemand Angela Merkel, britannique David Cameron et italien Matteo Renzi: faire pression sur le président russe pour qu'il fasse fermer la frontière russo-ukrainienne afin d'empêcher les fournitures d'armements aux séparatistes en Ukraine et les amener à négocier avec le pouvoir à Kiev.

Les Européens veulent également sanctionner l'annexion de la Crimée en empêchant les investissements dans certains secteurs en Crimée et à Sébastopol, notamment la construction, les transports, les télécommunications et l'énergie, a précisé une source européenne proche des négociations.

C'est la première fois que l'Union européenne s'attaque aux milieux d'affaires proches du pouvoir en Russie et c'est un signal très clair de sa détermination à réagir pour sanctionner les opérations de déstabilisation en Ukraine, a-t-on souligné.

"Les dirigeants européens sont conscients des risques de représailles de la part du pouvoir en Russie, mais ils ont fait les arbitrages après un acte impardonnable et la manière dont il a été géré par le président Poutine", a assuré une autre source proche des négociations.

"Poutine va essayer de diviser les Européens, et son action sera un test pour l'unité de l'UE", a-t-elle conclu.

Le drame du MH-17

L'UE a durci sa position depuis la chute le 17 juillet d'un avion malaisien dans l'est de l'Ukraine, attribuée à un tir de missile par les séparatistes prorusses. Ce drame, qui a coûté la vie à 298 personnes dont près de 200 Néerlandais, a décidé les Européens à frapper l'économie russe, alors qu'ils étaient depuis des mois divisés à ce sujet. La décision de prendre de nouvelles mesures s'est dessinée la semaine dernière lors du Conseil affaires étrangères. Les ministres des Affaires étrangères avaient convenu de confier au COREPER (comité des représentants permanents, des diplomates) la mission de définir les mesures.

Un responsable russe a estimé, auprès de l'Agence russe TASS, que les mesures annoncées par l'Union européenne toucheraient aussi l'Ukraine et les pays européens.

Les experts n'ont pas accès au lieu du crash

Le groupe d'experts néerlandais et australiens "n'a pas quitté Donetsk pour le site du crash. Il y a actuellement trop de combats sur et autour de la route y conduisant", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Ces scientifiques et policiers avaient déjà été contraints lundi de faire demi-tour vers Donetsk alors qu'ils tentaient de rejoindre l'endroit où se trouvent les débris du Boeing de la Malaysia Airlines, dont la destruction en vol le 17 juillet a fait 298 morts.

L'avion malaisien qui assurait la liaison Amsterdam-Kuala Lumpur a été abattu le 17 juillet, faisant 298 morts. Kiev et les Occidentaux ont presque ouvertement accusé les séparatistes et leurs protecteurs au Kremlin d'être responsables du drame.

Les forces loyalistes ont pris le contrôle d'une partie de la zone où le Boeing de la Malaysia Airlines s'est écrasé, suscitant aussitôt les foudres de Moscou, l'ambassadeur russe aux Nations unies Vitali Tchourkine accusant Kiev de violer la résolution 2166 du Conseil de sécurité. L'ONU a réclamé une enquête "rapide, minutieuse, efficace et indépendante" sur cette tragédie, qui selon elle s'apparente à "un crime de guerre".

L'intensification des combats rend encore plus difficile l'arrivée d'experts étrangers sur les lieux du drame, où il reste toujours des débris de l'appareil ainsi que des fragments de corps. "Les chances ne sont pas très grandes" que toutes les dépouilles et tous les effets personnels retournent aux Pays-Bas, a admis lundi le chef de la police néerlandaise Gerard Bouman.

Lundi matin, un convoi d'une vingtaine de voitures y compris celles de la presse escortées par les rebelles avait quitté dans la matinée Donetsk en direction de cette zone située à une soixantaine de kilomètres plus à l'est. Mais les policiers et les experts médicaux-légaux ont finalement fait demi-tour, des explosions ayant été entendues non loin d'eux.

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a appelé le président ukrainien, Petro Porochenko, pour demander l'arrêt des combats près du site, qui constituent, selon Moscou, une violation de la résolution votée à l'ONU après le drame qui a fait 298 morts. "Les militaires ukrainiens ne mènent aucun combat sur la zone de la catastrophe. Cette zone est bloquée par les terroristes", s'est défendu un porte-parole militaire ukrainien, Andriï Lyssenko.

Combats dans l'est

Sur le plan militaire, Kiev a affirmé que ses soldats étaient entrés à Chakhtarsk et à Torez, à l'est de Donetsk, près de l'endroit de la catastrophe, et avaient repris la colline de Savour-Moguyla, tout près de là. Les rebelles ont démenti la prise de Savour-Moguyla, mais le numéro deux du gouvernement séparatiste de la République autoproclamée de Donetsk, Vladimir Antioufeev, a reconnu que "les Ukrainiens avaient pris possession d'une partie du territoire du crash".

Au nord de la région de Donetsk, les forces ukrainiennes ont également indiqué avoir reconquis la ville de Debaltseve et se préparer en vue de "libérer" le bastion rebelle de Gorlivka, où des tirs de lance-roquettes Grad ont provoqué dimanche la mort de 14 civils, dont deux enfants.

Des tirs ont encore retentit mardi à Donetsk. Le corps d'un homme gisant dans les décombres derrière un immeuble résidentiel de 10 étages fortement endommagé près du centre ville a été aperçu.

De violents affrontements ont aussi eu lieu à Gorlivka, l'un des fiefs des insurgés situé à 45 kilomètres de Donetsk. Des tirs d'artillerie y ont fait 17 morts, tous des civils, en 24 heures, qui s'ajoutent aux 13 morts de dimanche. Des maisons dans le centre-ville ont été subi des dégâts, touchées par des obus ainsi que des bâtiments administratifs. Plusieurs obus sont tombés sur
un hôpital et ont notamment endommagé la maternité.

A Lougansk, autre bastion rebelle, les autorités locales ont dénombré cinq morts parmi les civils et Kiev a évoqué des tirs aux lance-roquettes contre l'aéroport.

La Russie a une nouvelle fois accusé mardi les forces ukrainiennes d'avoir procédé à des tirs de fusils d'assaut et de lance-grenades en direction du territoire russe. "Nous demandons officiellement à Kiev d'arrêter de tirer surle territoire souverain de la Fédération de Russie", a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

La Russie avait déjà accusé mi-juillet Kiev d'avoir tiré des obus sur son territoire, des accusations démenties par les autorités ukrainiennes, faisant monter la tension entre les deux pays.

1110 morts

Selon l'ONU, qui a dénoncé l'utilisation d'armes lourdes des deux côtés, les combats ont fait plus de 1110 morts en plus de trois mois. Signe de l'intensité des combats lundi, les forces ukrainiennes ont accusé les séparatistes d'avoir tiré des roquettes Grad sur des habitations de Chakhtarsk. Le chef militaire des rebelles, Igor Strelkov, a de son côté évoqué la présence de plus de 200 blindés ukrainiens et évoqué "30 morts et blessés" du côté des séparatistes.

Par ailleurs, des observateurs de l'OSCE sont attendus mardi en Russie dans la région de Rostov (sud-ouest), où ils doivent se rendre à deux postes frontière avec l'Ukraine soupçonnés de servir de point de passage pour des armes livrées aux rebelles prorusses.

Avec AFP

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