Ukraine: l'espoir d'une "journée constructive" plane, place Maïdan

Les négociations entre leaders de l'opposition (dont fait partie l'ex-boxeur Vitalii Klitschko) et le président ukrainien doivent reprendre aujourd'hui
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Les négociations entre leaders de l'opposition (dont fait partie l'ex-boxeur Vitalii Klitschko) et le président ukrainien doivent reprendre aujourd'hui - © ANATOLIY STEPANOV

Ce vendredi, c’est un grand point d’interrogation qui flotte au-dessus de la place de l’Indépendance, surnommée aussi «Maïdan», après des pourparlers dont on ne connaît pas encore l’issue, mais dont les résultats seront probablement jugés trop maigres pour les manifestants. Pourtant, malgré des températures glaciales, un climat d’optimisme règne dans les rangs de l’opposition. Notre journaliste Bertrand Henne est à Kiev, dans un hôtel qui surplombe la place Maïdan, cœur de la contestation.

Alexis, un ukrainien qui a encore passé une nuit aux côtés d’autres manifestants, explique au micro de Matin Première que malgré une situation difficile, l’optimisme regagne toujours la foule dès le lever du jour : "Avec un froid de moins dix-sept degrés, et le danger de dévastation du Maïdan (c'est aussi le nom qu'a choisi le mouvement d'opposition, NDLR), on attend toujours le jour ces derniers mois".

"Tout le monde souffre et désespère en lisant les nouvelles, mais quand on rejoint cette atmosphère, quand on rejoint les gens qui viennent de toute l’Ukraine, c’est formidable", dit-il. "C’est vraiment impressionnant".

Une véritable petite ville fortifiée a pris forme, au centre de Kiev. Les manifestants sont très organisés, et l’on peut trouver en, différents points des toilettes, dortoirs et cantines, ainsi qu’un hôpital de campagne pour soigner les blessés.

Ils ont aussi bâti de grandes barricades, faites de sacs de neige, de pavés et d’épaves de voitures. Pour affronter les températures extrêmes, des braséros sont allumés un peu partout, et les gens se réchauffent en s’activant.

"Les bâtons et les pavés sont des armes suffisantes"

Certains contestataires sont armés d’un bâton, une arme qui semble bien dérisoire face à l’équipement des forces anti-émeute, qui forment une petite armée. Mais pour un manifestant, "vu le monde qu’il y a sur la place, les bâtons et les pavés sont des armes suffisantes".

"On va gagner!" Cette phrase est devenue rengaine place Maïdan, où les manifestants sont persuadés qu’ils finiront par avoir raison de la politique de répression mise en place par le président Viktor Ianoukovitch.

Vers la reprise des pourparlers

"On ne nous a pas donné de solution, comme toujours, explique Alexis au micro de Bertrand Henne, mais au moins une nuit calme, sans conflit, sans massacre". "C’est déjà quelque chose", ajoute-t-il, avec "l’espoir que cette journée soit constructive".

Les négociations entre le président Viktor Ianoukovitch et les leaders de l’opposition doivent se poursuivre aujourd’hui, alors que la seule concession dont la foule a pu prendre connaissance jeudi soir est que le Parlement se réunira prochainement lors d’une session extraordinaire.

"On se prépare à défendre nos positions "

Dans les rangs des manifestants, les plus optimistes espèrent que cette annonce est le prélude à une démission du gouvernement, alors que le Premier ministre a refait savoir que le président ne céderait pas à la pression.

L’un des leaders a quant à lui affirmé qu’il devenait "clair" que l’opposition aurait à préparer elle-même l’offensive à laquelle elle avait menacé de passer, si le président Viktor Ianoukovitch ne fait aucun geste clair en faveur des recommandations du peuple.

Pendant la nuit, un manifestant qui grimpait sur les barricades, les bras remplis de cocktails Molotov, n’affichait pas le même optimisme : "On se prépare à défendre nos positions parce qu’on est mécontent des résultats des pourparlers", expliquait-il. Il plaidait plutôt, après "au moins cinq morts", pour un arrêt pur et simple des négociations.

L’homme manifeste depuis le premier décembre, date à laquelle aucun cocktail Molotov n’avait encore explosé sur la place Maïdan. "Mais il n’y avait pas encore eu de mort non plus", précise le contestataire.

Une majorité pour une solution pacifique

Alexis, qui réagit au micro de Bertrand Henne depuis Kiev, attend plutôt des "mécanismes paisibles pour régler le conflit". Il rappelle que le manifestant évoqué ci-dessus n’est pas en pleine guerilla, mais qu’"il est simplement prêt" à de nouvelles actions de "haine du pouvoir".

Malgré les morts, Alexis explique que les manifestants essaient de régler le problème de la façon la plus pacifique possible. "Même les plus radicaux n’ont pas le choix", dit-il, car "ils sont forcés à écouter les autres qui constituent la majorité".

Et si l’on trouve, dans la foule, des gens de convictions politiques différentes, il précise que "les sondages montrent que la plupart des manifestants sont des gens éduqués". "Ils comprennent bien ce qu’il se passe, ils comprennent bien quels sont les risques d’un choix pro-russe ou pro-européen".

"Ce n’est plus une question politique ou économique, mais bien une question de défense de leurs droits de liberté, de vivre dans un pays où les lois sont respectées".

Petites mains du régime, les "titushkis" sèment la terreur

Et bien que la plupart des manifestants plaident pour une solution pacifique, les "titushkis", les petites mains du régime, sèment la terreur parmi la population plus encore que les forces de l'ordre. Ils sont embauchés par les policiers pour devenir une sorte de milice.

"Une plaie ouverte", explique Alexis, qui dit avoir été confrontés à ces titushkis alors qu’il voulait les empêcher de massacrer des gens ou de casser les voitures.

"Je ne peux pas comprendre qu’il y ait des gens de mon âge prêts à faire n’importe quoi pour une somme de 20 euros", dit-il.

Et si Alexis déclare ne pas avoir peur d’eux, ni de quoi que ce soit après ce qu’il a vécu, il reconnaît toutefois éprouver une seule crainte, en son for intérieur : "C’est de voir mon pays entrer, dans dix ans, dans un bloc avec la Biélorussie, le Kazakhstan et la Russie".

"Nous ne considérons pas les Russes comme des monstres ou comme des ennemis, mais comme des gens avec qui il faut travailler. Mais les régimes de Poutine ou de Loukachenko sont des choses qu’on ne peut pas accepter dans notre propre pays", conclut-il.

G. Renier avec B. Henne, O. Hanrion et J. Bader

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