Ukraine: accord entre Kiev, Moscou et la Croix-Rouge sur l'aide russe

Un hélicoptère survole le convoi humanitaire russe près de Kamensk-Shakhtinsky le 14 août 2014.
3 images
Un hélicoptère survole le convoi humanitaire russe près de Kamensk-Shakhtinsky le 14 août 2014. - © Tous droits réservés

La Russie, l'Ukraine et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont conclu un accord sur l'acheminement de l'aide humanitaire russe destinée aux civils de l'est de l'Ukraine, a annoncé vendredi le président finlandais Sauli Niinisto, rejoint par son homologue ukrainien Petro Porochenko.

En visite en Russie, M. Niinisto a souhaité que cet accord ouvre la voie à une cessation des hostilités.

"Nous avons appris aujourd'hui que cette mission humanitaire en provenance de Russie allait maintenant aller de l'avant et qu'un accord (...) avait été conclu par l'Ukraine, la Russie et la Croix-Rouge", a-t-il déclaré après un entretien avec le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, sur la mer Noire.

"Grâce à la communauté internationale, nous avons pu éviter une escalade à propos de l'aide humanitaire en provenance de Russie", a pour sa part affirmé M. Porochenko à Kiev.

L'Ukraine avait commencé vendredi à inspecter un convoi humanitaire russe controversé de près de 300 camions, destiné aux populations de l'Est du pays, au niveau d'un poste-frontière russe situé dans une zone où la Russie multiplie manœuvres et mouvements de blindés. Après avoir repris jeudi le contrôle de la route entre le bastion insurgé de Lougansk et la frontière russe - itinéraire qu'est censé emprunter le convoi humanitaire -, l'armée ukrainienne a annoncé avoir repris trois localités aux séparatistes. À Donetsk, onze civils ont été tués en 24 heures.

11 civils tués à Donesk

Onze civils ont été tués en 24 heures à Donetsk, chef lieu des séparatistes prorusses en proie à de tirs massifs à l'arme lourde jusque dans le centre-ville, a indiqué vendredi la marie de la ville dans un communiqué.

A Donetsk, "11 civils ont été tués au cours des dernières 24 heures et huit blessés", a ainsi annoncé l'autorité locale. Les combats ont fait rage dans la nuit dans les districts Petrovski (ouest) et Leninski (centre), selon la même source.

Un porte-parole militaire ukrainien a pour sa part annoncé la reconquête aux séparatistes de trois localités dans l'est du pays: Oleksandrivské et Boulanivské à 47 km au nord-est de Donetsk et Tchornoukhiné à 65 km au nord-ouest de Lougansk.

Face à la progression de l'armée ukrainienne et des combats de plus en plus meurtriers jusque que dans le centre de Donetsk, deux chefs rebelles dont le "ministre de la Défense" séparatiste, le Russe Igor Strelkov, ont donné jeudi leur démission.

De leur côté, les États-Unis ont exhorté jeudi l'Ukraine à la "retenue" afin de réduire le nombre de pertes civiles. "Nous avons souligné l'importance de faire preuve de retenue pour réduire le nombre de victimes civiles", a déclaré la porte-parole du département d'Etat, Marie Harf dans un point de presse, en demandant notamment à Kiev de ne pas avoir recours à des armes qui pourraient mettre les civils en danger.

L'armée ukrainienne s'est pour sa part félicitée d'avoir repris aux insurgés le village de Novosvitlivka, permettant de "couper la dernière connexion routière entre la ville de Lougansk et d'autres territoires contrôlés par les mercenaires russes, en particulier le poste-frontière d'Izvaryne", a indiqué le porte-parole militaire ukrainien, Andriï Lyssenko.

Inspections ukrainiennes et mouvements russes

Il s'agit de la route que devait emprunter le convoi d'aide humanitaire russe, qui était stationné jeudi en fin d'après-midi à Kamenensk-Chakhtinski, dans la région de Rostov, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière ukrainienne, selon les médias locaux.

Pour assurer la sécurité de l'acheminement de cette aide, la Russie avait appelé jeudi soir à un cessez-le-feu "urgent" en Ukraine. Dans un communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères "appelait instamment les parties du conflit à assurer d'urgence l'instauration du régime d'un cessez-le-feu", afin de permettre la distribution de "l'aide humanitaire aux populations du Sud-Est de l'Ukraine".

Quelque 300 camions d'aide humanitaire russes peints en blanc sont stationnés depuis jeudi soir dans la localité de Kamensk-Chakhtinski, à une trentaine de km par la route du poste-frontière de Donetsk. Le convoi serait en cours d'inspection par les Ukrainiens.

"L'inspection a commencé à 10H00 (09h00 HB) au poste-frontière Donetsk (Russie). Du côté ukrainien y participent 59 représentants - 41 gardes-frontières et 18 douaniers. La cargaison se dirigera ensuite vers Lougansk", bastion des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine, a indiqué à l'AFP un porte-parole militaire ukrainien, Léonid Matioukhine.

Au même moment, des camions appartenant au convoi seraient pourtant toujours stationnés à Kamensk-Chakhtinsk, selon des journalistes de l'AFP.

Des journalistes de l'AFP ont par ailleurs vu une colonne d'une dizaine de transports de troupes blindés russes empruntant la route vers le poste frontière. Selon des journalistes également sur place des quotidiens britanniques Guardian et Telegraph, 23 véhicules blindés de transports de troupes, des camions à essence et d'autres véhicules logistiques portant des immatriculations militaires russes avaient traversé la frontière près du même poste-frontière, la veille peu avant 22H00 locales (18h00 GMT).

"Le département du Service fédéral russe de sécurité (FSB) chargé des gardes-frontières dans la région de Rostov (où se situe le poste frontière de Donetsk, ndlr) ne confirme pas cette information", a réagi le FSB vendredi, cité par l'agence publique Ria-Novosti. Le ministère russe de la Défense n'était pas joignable ce vendredi matin pour commenter ces informations.

Le district militaire russe du Sud comprenant notamment la région de Rostov avait fait état de son côté dès mardi d'exercices militaires entamés le même jour, et censés durer une vingtaine de jours, dans un communiqué publié sur son site.

"Plus de 3000 militaires des unités des transmissions et environ 750 véhicules" participent à ces exercices, selon le communiqué.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a pour sa part fait savoir qu'un de ses représentants était entré en contact avec le chef du convoi russe, chargé, selon Moscou, notamment de plus de 1800 tonnes d'aliments et de médicaments, et a confirmé sa localisation.

Accompagnés de représentants du ministère russe des Situations d'urgence, les Ukrainiens ont pu vérifier ces informations et ouvrir une dizaine de camions et observé la présence de sacs de farines, de sucres, et de bouteilles d'eau.

L'Ukraine, comme de nombreux pays occidentaux, soupçonne que le convoi russe parti mardi matin d'une base militaire des environs de Moscou ne serve de couverture à une intervention russe en Ukraine. Un scenario qualifié "d'absurde" par Moscou.

Après avoir initialement annoncé qu'elles empêcheraient le convoi d'entrer sur son territoire, les autorités ukrainiennes ont finalement proposé mercredi que l'aide soit acheminée jusqu'à Lougansk, fief des rebelles, puis distribuée par la Croix-Rouge.

Démissions en série chez les rebelles

Le principal chef rebelle, le Russe Igor Strelkov, "ministre de la Défense" des séparatistes, a de son côté démissionné de son poste en raison d'un "changement de fonction", selon le site officiel de la république populaire de Donetsk autoproclamée, qui n'a pas précisé à quel poste il serait affecté.

Un peu plus tôt jeudi, le chef séparatiste de Lougansk, Valéri Bolotov, avait également déclaré à la télévision russe qu'il quittait ses fonctions "provisoirement" en raison "de blessures" datant du mois de mai.

La semaine dernière, c'était le "Premier ministre" de Donetsk, le Russe Alexandre Borodaï, qui avait donné sa démission.

A Donetsk, bastion des rebelles qui comptait un million d'habitants avant les hostilités, les combats ont gagné jeudi le cœur de la ville, a constaté une journaliste de l'AFP. D'intenses tirs à l'arme lourde ont touché plusieurs bâtiments dont le siège du parquet occupé par les insurgés et une université, provoquant la mort d'au moins quatre personnes. Il n'a pas été possible d'établir l'origine de ces tirs.

Le quartier a été quadrillé par des rebelles armés, qui ont rapporté que deux obus étaient tombés sur le siège de la police, également occupé par les insurgés, tandis que de fortes explosions retentissaient à intervalles réguliers.

Dans la région de Donetsk où l'armée ukrainienne mène son offensive resserrant l'étau autour de la ville, 74 civils ont été tués en trois jours, selon l'administration régionale.

A Lougansk, autre bastion prorusse dans l'est du pays, 22 civils ont été tués après que des obus eurent touché un autobus, un magasin et plusieurs immeubles d'habitation.

L'armée ukrainienne avait précédemment indiqué qu'une offensive était en cours dans la partie orientale de Lougansk, et que des échanges de tirs avaient lieu sur son aérodrome. Elle a annoncé la mort de neuf soldats en 24 heures.

Selon un porte-parole militaire, les combats les plus violents se déroulent actuellement à Gorlivka, Krasny Louch dans la région de Lougansk, et Ilovaïsk dans la région de Donetsk.

RTBF avec agences

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK