Ukraine: Kiev en déroute dans l'Est à la veille de pourparlers décisifs

Ukraine: des hommes armés réclament une fédéralisation du pays
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Ukraine: des hommes armés réclament une fédéralisation du pays - © Tous droits réservés

La confrontation avec les insurgés pro-russes de l'est de l'Ukraine a tourné à la déroute pour les forces du pouvoir pro-européen de Kiev mercredi, à la veille de pourparlers décisifs à Genève. Les séparatistes pro-russes ont infligé une humiliation symbolique aux autorités de Kiev en confisquant à Kramatorsk six véhicules de transport de troupes dépêchés dans le cadre d'une tentative de reprise en main de l'est de l'Ukraine. A Donetsk, des hommes armés et cagoulés sont entrés dans la mairie et revendiquent l'organisation d'un référendum sur la "fédéralisaton" de l'Ukraine. Fédéralisation voulue également par la Russie, mais pas par le pouvoir de Kiev.

Sur le terrain, les forces loyalistes ukrainiennes ont accumulé les revers face aux groupes armés autour de Slaviansk, ville emblématique de la dernière série d'insurrections pro-russes, contrôlée depuis samedi par des forces séparatistes. A quelques kilomètres au sud de Slaviansk, à Kramatorsk, une colonne ukrainienne envoyée dans le cadre de "l'opération antiterroriste" lancée par les loyalistes a été bloquée par des manifestants pro-russes.

Six blindés de la colonne ont été saisis par un des groupes de combattants aux uniformes sans identification qui multiplient les actions depuis 10 jours dans l'Est russophone de l'Ukraine. Ils ont rejoint, drapeaux russes au vent, la défense de Slaviansk, accueillis en héros par une partie de la population.

Après de longues heures de confrontation avec des manifestants, les hommes du reste de la colonne -quinze blindés restés coincés à Kramatorsk- ont fini, certains en larmes, par déposer les armes, sous les cris de "bravo les gars". Au terme d'un accord passé avec un représentant des groupes armés, la colonne devait ensuite repartir en sens inverse.

Selon Kiev et les Occidentaux, les groupes armés dont celui arrivé à Smaliensk, ironiquement baptisés "hommes verts" en Ukraine, sont en fait des soldats d'élite russes. Accusation répétée mercredi par le contre-espionnage ukrainien pour qui ce sont "les mêmes agents" qui étaient à l'œuvre en Crimée avant le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie en mars. Moscou nie avoir des soldats ou des agents en territoire ukrainien.

Le seul de ces hommes à accepter de parler aux journalistes, qui a refusé de s'identifier autrement que sous le pseudonyme de "Balou", 50 ans, a assuré qu'ils étaient des volontaires de Crimée et des déserteurs de l'armée ukrainienne.

Dans un autre défi au pouvoir central, un groupe d'hommes cagoulés et armés a pénétré dans la mairie de Donetsk, fief russophone de l'Est où des séparatistes avaient déjà proclamé une "république souveraine" le 7 avril. Les inconnus affirmaient avoir pour seule revendication l'organisation d'un référendum sur la "fédéralisation" de l'Ukraine.

La Russie dément énergiquement toutes les accusations de déstabilisation de son voisin, affirmant au contraire que les autorités pro-occidentales issues du renversement fin février d'un pouvoir pro-russe lors de soulèvements violents à Kiev ont conduit le pays "au bord de la guerre civile".

Les pro-russes réclament un rattachement à la Russie, ou au minimum une "fédéralisation" de l'Ukraine, pour donner de grands pouvoirs aux régions. Tout en se disant prêt à une "décentralisation", le gouvernement de Kiev refuse l'idée de fédération, porte ouverte selon lui au démembrement du pays de 46 millions d'habitants.

Signe des débats tendus qui s'annoncent à Genève, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dénoncé mercredi un Etat ukrainien "qui a cessé de fonctionner" et doit accepter la "fédéralisation". En cas d'échec de la réunion, Washington s'est dit prêt à imposer avec les Européens de nouvelles sanctions contre Moscou.

Un "nouveau mur de Berlin"

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a accusé la Russie de construire un "nouveau mur de Berlin" en Europe. "Ce qui se passe aujourd'hui représente un danger pour l'Europe et l'Union européenne. Il est clair que nos voisins russes ont décidé de construire un nouveau mur de Berlin et veulent un retour à la guerre froide", a déclaré M. Iatseniouk en ouvrant mercredi le conseil des ministres.

Le ministre ukrainien de la Défense, Mikhaïlo Koval, s'est rendu ce mercredi dans l'est du pays, a annoncé le vice-Premier ministre ukrainien, Vitali Iarema. "Le ministre de la Défense s'est rendu dans l'est et il fera un rapport sur ce qui se passe la-bas", a déclaré M. Iarema, cité par l'agence

Une fédéralisation de l'Ukraine

De son côté, la Russie a prôné une fédéralisation de l'Ukraine. "L'Etat unitaire en Ukraine a cessé de fonctionner. Ses fondations ont été brisées par une succession de bouleversements politiques", a estimé Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, dans des déclarations à la presse russe publiées sur le site de son ministère mercredi.

"La fédéralisation serait une façon de s'assurer que chaque région du pays se sente à l'aise, avec des droits garantis et ses traditions et son mode de vie protégés", a-t-il poursuivi. La Russie soutient l'idée d'une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne, qui accorderait davantage de pouvoirs aux régions russophones de l'est du pays, où des insurgés pro-russes réclament le même sort que la Crimée.

La fédéralisation est rejetée par le pouvoir pro-européen de Kiev, qui y voit la porte ouverte à un éclatement du pays et qui refuse d'aborder la question aux pourparlers quadripartites (Ukraine-Russie-UE-Etats-Unis) prévus jeudi à Genève.

Le gouvernement de Kiev a envoyé mardi des forces pour faire face aux insurgés pro-russes dans l'est de l'Ukraine, où une série d'insurrections ont été menées depuis une dizaine de jours par des militants exigeant un référendum pour obtenir l'autonomie des régions russophones, au sein de l'Ukraine, ou le rattachement à la Russie


Avec agences

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