Ukraine: Ioulia Timochenko ira se faire soigner en Allemagne

Ioulia Timochenko, égérie de la Révolution orange de 2004 et ex-Premier ministre, qui souffre de hernies discales, était apparue en fauteuil roulant après sa libération surprise samedi, peu après la destitution du président Viktor Ianoukovitch.

"L'ancien Premier ministre Ioulia Timochenko a accepté l'offre de traitement de la chancelière Angela Merkel", selon le texte, qui précise que Ioulia Timochenko entendait d'abord assister au congrès du Parti populaire européen (PPE) prévu le 6 mars à Dublin.

"Meutres de masse"

Le parlement ukrainien s'est réuni ce lundi en vue de former un nouveau gouvernement, après la destitution du président Viktor Ianoukovitch. Ce dernier fait l'objet d'un mandat d'arrêt pour "meurtres de masse" de civils. Et, alors que l'Ukraine sollicite une aide financière, la Russie, elle, menace de taxer davantage les importations ukrainiennes. Le Premier ministre Medvedev a estimé que reconnaître le nouveau pouvoir à Kiev comme le font "certains partenaires occidentaux" de la Russie est "une aberration"."Certains de nos partenaires occidentaux considèrent qu'il est légitime. Je ne sais pas quelle Constitution ils ont lue, mais il me semble que c'est une aberration de considérer comme légitime ce qui est en fait le résultat d'une révolte", a déclaré Dmitri Medvedev, cité par les agences russes.

La légitimité des organes du pouvoir en Ukraine, où le président Viktor Ianoukovitch a été destitué samedi et un président par intérim nommé en remplacement, suscite "de sérieux doutes". "Strictement parlant, aujourd'hui nous n'avons personne avec qui parler. La légitimité de toute une série d'organes du pouvoir là-bas suscite de sérieux doutes", a-t-il ajouté.

La Russie avait affirmé auparavant qu'elle augmenterait les droits de douane sur les importations en provenance d'Ukraine si Kiev se rapprochait de l'Union européenne, a prévenu le ministre russe de l'Économie dans un entretien paru lundi en Allemagne.

"Nous disons à l'Ukraine: bien sûr vous avez le droit de choisir votre voie", a déclaré Alexeï Oulioukaev dans les colonnes du quotidien des affaires Handelsblatt, au sujet de l'accord d'association envisagé par Kiev avec l'UE. "Mais dans ce cas nous nous verrons dans l'obligation d'augmenter les droits de douane à l'importation".

Il justifie une telle mesure par la crainte que l'Ukraine devienne une porte d'entrée vers la Russie pour les produits européens qui envahiraient le marché, selon lui.

Moscou voit d'un très mauvais oeil un possible rapprochement entre l'Ukraine et l'UE, souhaité par une large partie de la population.

Kiev ne peut pas rester un partenaire fort de Moscou et dans le même temps signer un accord d'association avec l'UE, juge Alexei Oulioukaev: "l'un n'est pas compatible avec l'autre".

Le ministre russe déplore en outre un impact négatif sur l'économie de son pays des troubles politiques qui affectent l'Ukraine. "Beaucoup de fonds d'investissement retirent leur argent d'Ukraine, et la plupart immédiatement après aussi de Russie", dit-il, jugeant "clair" que l'Ukraine va affronter "une récession".

Le refus du président Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'UE, sous la pression de Moscou qui souhaitait défendre l'union douanière avec la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan, est à l'origine de la crise politique qui a mené à sa chute.

Le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel a souligné lundi que l'Union européenne était toujours disposée à conclure un accord d'association avec l'Ukraine. "La porte reste ouverte", a-t-il dit.

Meurtres de masse

"Une enquête criminelle a été ouverte pour meurtre de masse de civils à l'encontre de Ianoukovitch et de plusieurs autres fonctionnaires. Un mandat d'arrêt est lancé contre eux", a souligné le ministre de l'Intérieur par intérim Arsen Avakov, qui ajoute que Ianoukovitch, destitué samedi, se trouve sur la péninsule de Crimée avec son chef de cabinet, Andriy Klyuyev.

Par ailleurs, le ministre des Finances par intérim a déclaré lundi que le pays a besoin de 35 milliards de dollars et en appelle aux donateurs.

"Le montant de l'aide macroéconomique dont a besoin l'Ukraine peut atteindre 35 milliards de dollars en 2014-2015", a indiqué M. Kolobov dans un communiqué.

"Nous avons demandé à nos partenaires occidentaux (Pologne, Etats-Unis) l'octroi d'un crédit d'ici une semaine ou deux", a souligné le ministre sans préciser le montant du crédit demandé.

L'Ukraine a également proposé d'"organiser une grande conférence internationale de donateurs avec l'Union européenne, les Etats-Unis, le FMI et d'autres organisations financières internationales afin d'obtenir des fonds pour la modernisation et les réformes en Ukraine", a-t-il souligné.

Catherine Ashton à Kiev

La haute représentante de la diplomatie européenne Catherine Ashton se rend à Kiev pour discuter des mesures à prendre pour apaiser le climat et stabiliser l'économie du pays, alors que les Occidentaux ont multiplié dimanche les déclarations appelant à respecter l'intégrité territoriale du pays et éviter sa partition.

L'Ukraine se trouve face à des difficultés abyssales, à commencer par un risque de défaut de paiement. Bien que ce pays issu de l'Union soviétique ait connu cette semaine ses plus violents affrontements (82 morts en trois jours), l'ex-opposition s'est rapidement mise au travail pour remettre le pays en état de marche.

L'UE temporise sur l'éventuelle signature d'un accord d'association avec Kiev

L'Union européenne a renvoyé lundi l'éventuelle signature d'un accord de rapprochement avec l'Ukraine à la formation d'un gouvernement issu des élections anticipées du 25 mai, et rappelé que toute aide financière était conditionnée à des réformes économiques.

"L'accord de commerce et d'investissement que nous avons proposé est toujours sur la table", a rappelé le porte-parole de la Commission européenne, Olivier Bailly. Il s'est abstenu de prononcer le terme "d'accord d'association" utilisé jusque-là par les dirigeants européens.

Il a exclu toute signature d'un tel accord avant la formation d'un nouveau gouvernement élu en Ukraine. Le refus du président déchu Viktor Ianoukovitch de signer un tel accord en novembre a précipité le pays dans la crise.

"Nous devons d'abord laisser aller à son terme la période de transition" politique ouverte depuis samedi à Kiev avec la déchéance de Viktor Ianoukovitch, avant d'en discuter après les élections anticipées du 25 mai "une fois le nouveau gouvernement formé", a-t-il souligné.

"Cela ne veut pas dire que l'actuel gouvernement n'est pas légitime", mais un gouvernement élu est le garant d'un "choix totalement souverain", a-t-il avancé.

Olivier Bailly a également rappelé qu'un soutien financier et économique européen à l'Ukraine était conditionné à la mise en œuvre par ce pays de réformes économiques, que le FMI se tient prêt à dicter.

"Nous sommes prêts à aider à condition qu'il y ait des réformes économiques en Ukraine", a-t-il insisté, alors que les nouvelles autorités ukrainiennes ont réclamé 35 milliards de dollars d'aide financière à la communauté internationale pour éviter la banqueroute.

Dimanche, le Parlement, désormais dominé par les anti-Ianoukovitch, a pris les choses en main et nommé Olexandre Tourtchinov, un proche de l'opposante Ioulia Timochenko, au poste de président par intérim. La nomination d'un gouvernement devrait suivre dans les 48 heures, en attendant la tenue d'une élection présidentielle le 25 mai.

Le nouveau chef de l'Etat n'a pas fait mystère des difficultés qui attendent le pays: "L'Ukraine est en train de glisser dans le précipice, elle est au bord d'un défaut de paiement", a-t-il dit dans une adresse télévisée à la nation. Il a néanmoins réaffirmé que l'intégration européenne était "une priorité" pour l'Ukraine.

"Nous sommes prêts à un dialogue avec la Russie, en développant nos relations sur un pied d'égalité (...) et qui respecteront le choix européen de l'Ukraine", a-t-il dit.

Catherine Ashton doit rencontrer lundi les "principaux acteurs" et "discuter du soutien de l'Union européenne à une solution durable à la crise politique, ainsi que de mesures pour stabiliser la situation économique" du pays.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a appelé dimanche à envisager une aide économique. "Une Ukraine en faillite serait un poids trop important aussi bien pour son grand voisin de l'est, que pour l'Union européenne", a-t-il plaidé.

Intégrité territoriale

Les dirigeants occidentaux ont lancé dimanche des appels au respect de "l'unité et l'intégrité territoriale du pays".

Une partition de l'Ukraine ou le "retour de la violence" ne seraient dans l'intérêt ni de l'Ukraine, ni de la Russie, ni de l'UE ou des Etats-Unis, a estimé une proche conseillère de Barack Obama, Susan Rice.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président russe Vladimir Poutine sont eux aussi tombés "d'accord sur le fait que l'Ukraine doit se doter rapidement d'un gouvernement en mesure d'agir et que l'intégrité territoriale doit être préservée", a annoncé la chancellerie allemande.

La nécessité "pour tous les Etats de respecter la souveraineté de l'Ukraine" a également été soulignée par le secrétaire d'Etat américain John Kerry lors d'un entretien téléphonique avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, selon le département d'Etat.

Serguei Lavrov, pour sa part, a fait observer à John Kerry que l'opposition ukrainienne n'appliquait pas l'accord du 21 février sur un règlement de la crise, "s'étant de facto emparée du pouvoir en Ukraine, refusant de déposer les armes et continuant à miser sur la violence", selon le ministère russe des Affaires étrangères.

La Russie a décidé de rappeler à Moscou son ambassadeur en Ukraine pour des consultations "en raison de l'escalade de la situation", a indiqué le ministère russe.

Ban Ki-moon appelle à préserver l'unité de l'Ukraine

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon appelle à "préserver l'unité et l'intégrité territoriale" de l'Ukraine et a dépêché un de ses conseillers à Kiev, a indiqué son porte-parole Martin Nesirky.

Ban Ki-moon souhaite que s'instaure en Ukraine "un processus politique sans exclusive qui reflète les aspirations de tous les Ukrainiens et préserve l'unité et l'intégrité territoriale du pays".

Il réitère son appel à la non-violence et demande à tous "de respecter les principes de démocratie et les droits de l'homme afin de créer un climat propice à des élections libres et équitables".

Toujours selon son porte-parole, Ban Ki-moon a envoyé à Kiev un de ses principaux conseillers, Robert Serry, afin de transmettre au nouveau président du parlement, Olexandre Tourtchinov, "l'expression de sa solidarité avec tous les Ukrainiens et son engagement à soutenir un processus politique sans exclusive".

Les pays de Visegrad appellent au dialogue inter-ukrainien

Les pays de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie) ont appelé lundi au "dialogue responsable de toutes les forces politiques ukrainiennes", au lendemain de l'installation d'un nouveau pouvoir à Kiev.

Les quatre pays de l'UE ("V4"), dont trois partagent une frontière avec l'Ukraine, sont "fortement attachés au maintien de la souveraineté, de l'indépendance, de l'unité et de l'intégrité territoriale" du pays, ont souligné leurs chefs de la diplomatie réunis à Budapest.

La coopération des pays du Groupe de Visegrad se concentre sur les questions énergétiques et de sécurité, ainsi que sur le partenariat avec les pays de l'Est comme l'Ukraine ou la Russie.

Le groupe a réclamé lundi la fourniture d'une "aide macroéconomique" internationale à l'Ukraine, en estimant que la "stabilisation de l'économie ukrainienne serait la clé" de la stabilisation du pays.

La communauté internationale redoute que la crise des derniers mois n'ait encore creusé le fossé entre l'Est russophone et russophile, majoritaire, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone. Sur le terrain cependant, les régions plus proches de Moscou ne donnent pas signe de vouloir faire sécession.

Destitué samedi, Viktor Ianoukovitch, qui reste depuis introuvable, a été lâché par son propre parti, le Parti des régions. "L'Ukraine a été trahie, les Ukrainiens dressés les uns contre les autres", a affirmé le parti dans un communiqué, ajoutant que Viktor Ianoukovitch était "responsable des événements tragiques" survenus en Ukraine.

82 morts

Selon un nouveau bilan donné dimanche par le ministère de la Santé, les violences ont fait 82 morts depuis mardi.

Quelque 40 statues de Lénine ont aussi été déboulonnées ou vandalisées depuis le début de la semaine, principalement dans l'est du pays, selon les médias ukrainiens.

Des documents potentiellement explosifs détaillant un système de pots-de-vin organisé et une liste de journalistes à surveiller ont par ailleurs été découverts dans la résidence de Viktor Ianoukovitch en banlieue de Kiev.

Quant à Ioulia Timochenko, l'ex-égérie de la Révolution orange tout juste sortie de prison, elle a fait savoir qu'elle rencontrerait "très prochainement" la chancelière allemande Angela Merkel. "Bienvenue dans la liberté", lui a lancé la chancelière, qui lui a également proposé de venir se soigner en Allemagne.

D'après AFP

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK