Ukraine: Hollande et Merkel au chevet des accords de Minsk

Les deux chefs d'Etats se sont réunis ce vendredi pour parler, entre autres, de la situation ukrainienne. Ils ont déclaré vouloir l'application immédiate des accords de Minsk, malgré les violences de ces derniers jours. "Tout pays qui manquerait aux accords de Minsk s'exposerait à des sanctions", a ajouté le président français. "Nous ne nous faisons pas d'illusions: le processus de paix prendra du temps", a précisé Angela Merkel.

Le ministre français  des Affaires étrangères a par ailleurs annoncé la tenue à Paris d'une nouvelle réunion, mardi prochain, des chefs de la diplomatie française,
allemande, ukrainienne et russe.

L'Union européenne, par la voix d'une porte-parole de son service diplomatique Catherine Ray, avait affirmé jeudi que le contrôle de la frontière russo-ukrainienne était du ressort de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe(OSCE), et répété que "l'objectif est la mise en place des accords de Minsk". "L'Ukraine traverse un moment critique. Les violations continues du cessez-le-feu pourraient mener à une violence incontrôlée", a pour sa part déclaré le ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dacic, président en exercice de l'OSCE.

Les rebelles veulent un échange de prisonniers

Deux jours après la retraite précipitée des troupes ukrainiennes de Debaltseve, verrou stratégique de l'est de l'Ukraine abandonné par Kiev aux rebelles au prix de lourdes pertes, ceux-ci semblent vouloir mettre leurs victoires militaires à profit pour dicter leur calendrier. "Un échange de prisonniers avec l'Ukraine aura lieu samedi", a déclaré vendredi une représentante rebelle pour les droits de l'Homme, Daria Morozova, à l'agence de presse russe Interfax. Kiev n'a pas confirmé cet échange, qui fait partie de la série de mesures agréées lors des accords de "Minsk 2" signés le 12 février, mais les séparatistes affirment ainsi être en faveur du strict respect de ces accords alors qu'ils ont violé à plusieurs reprises le cessez-le-feu entré en vigueur le 15 février.

La trêve a ainsi été "bafouée" par les rebelles "plus de 250 fois", a accusé Washington. L'assaut sur Debaltseve a été la pire de ces transgressions selon les Etats-Unis: plusieurs milliers de soldats ukrainiens défendaient ce noeud ferroviaire clé reliant les deux "capitales" séparatistes de Donetsk et Lougansk, quasiment encerclé depuis plusieurs semaines. Confrontés à des bombardements incessants, 2.500 soldats ont pu s'enfuir précipitamment dans la nuit de mardi à mercredi. Kiev a annoncé la mort de 13 soldats mais les pertes pourraient être bien plus importantes, alors que l'armée ukrainienne a reconnu être sans nouvelles vendredi de 31 soldats.

Elle a également annoncé que 110 de ses hommes ont été faits prisonniers.

Les rebelles, qui contrôlent désormais la ville, ont assuré y avoir découvert les corps de 57 soldats ukrainiens, en plus de nombreuses armes dont 28 chars d'assaut. Le porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme, Ruppert Colville, s'est dit "profondément inquiet du sort des civils, des prisonniers et des blessés" dans la zone de Debaltseve.

Le bilan du conflit s'établit maintenant à 5.692 morts depuis avril 2014, a-t-il ajouté, précisant que ce bilan pouvait être "considérablement plus élevé". Deux nouveaux soldats ukrainiens ont été tués et trois blessés au cours des dernières 24 heures, a par ailleurs annoncé vendredi un porte-parole militaire ukrainien, Vladislav Seleznev, tandis qu'un autre porte-parole a annoncé que des combats continuaient dans les régions de Donetsk et de Marioupol. Dans le fief rebelle de Donetsk, une femme, civile, a été tuée par un bombardement vendredi, a annoncé l'administration séparatiste de la ville.

Critiques contre l'état-major ukrainien

Au sein de l'armée et de la société ukrainienne, des voix s'élèvent pour critiquer l'état-major, accusé d'être incompétent.

A Artemvisk, une ville située à 35 kilomètres au nord de Debaltseve dans laquelle les troupes ont été regroupées, un responsable régional pro-Kiev a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, que la plupart des soldats refusaient de retourner combattre.

Jeudi, le président ukrainien Petro Porochenko a de nouveau appelé à l'envoi de forces de maintien de la paix dans l'est de l'Ukraine, notamment pour le contrôle de la frontière russo-ukrainienne, par laquelle Kiev et les Occidentaux accusent la Russie de faire passer des armes, ce que Moscou dément.

Mais l'appel de Petro Porochenko est resté lettre morte, malgré une conversation téléphonique à quatre avec François Hollande, Angela Merkel et Vladimir Poutine.

En dépit des violations manifestes du cessez-le-feu à Debaltseve, les quatre dirigeants sont convenus, selon un communiqué du Kremlin, "de mettre en oeuvre avec rigueur l'intégralité de la série de mesures agréées le 12 février à Minsk".

RTBF avec AFP

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK