En 23 ans d'indépendance, l'Ukraine n'a jamais paru aussi déchirée

Les bombardements sur Donetsk continuent, dans l'est de l'Ukraine
Les bombardements sur Donetsk continuent, dans l'est de l'Ukraine - © DIMITAR DILKOFF

23 ans après sa déclaration d'indépendance, l'Ukraine n'a jamais paru aussi déchirée. Le conflit dans l'est du pays continue d'inquiéter Kiev et l'Union européenne, et c'est dans ce contexte que la chancelière allemande Angela Merkel s'est rendue sur place samedi pour rencontrer le président Petro Porochenko, visite perçue comme une marque de soutien. A Donetsk ce dimanche, un hôpital a été touché dans un bombardement.

Lors de la conférence de presse commune qu'ils ont donnée ensemble à Kiev samedi, Petro Porochenko a déclaré entretenir une relation soutenue avec Angela Merkel. En deux mois, ils se sont parlés vingt fois. Le président ukrainien s'est dit disposé à travailler avec l'Union européenne à la recherche d'une solution pacifique, mais pas au prix de la souveraineté et de l'indépendance territoriale du pays.

Cette indépendance, l'Ukraine l'a prononcée il y a tout juste 23 ans. Aujourd'hui, vu les combats qui font rage dans l'est, le pays n'a jamais semblé aussi déchiré.

La chancelière a de son côté plaidé pour un cessez-le-feu bilatéral, et souhaité que les discussions avec la Russie mènent à la paix. Elle a également annoncé un prêt d'un demi-milliard d'euros pour aider l'Ukraine, toujours empêtrée dans ses difficultés monétaires et budgétaires.

Si la visite d'Angela Merkel est perçue comme une marque de soutien hautement symbolique en Ukraine, elle est aussi et surtout présente pour préparer la rencontre des présidents russe et ukrainien, mardi prochain à Minsk.

L'Union européenne, l'Ukraine et l'Union douanière pilotée par la Russie se rencontreront pour la première fois lors de ce sommet régional depuis que Kiev a choisi de s'associer avec Bruxelles plutôt qu'avec Moscou.

Les bombardements ravagent Donetsk

Les forces loyales à l'Ukraine sont aux portes de cette ville industrielle, forte d'un million d'habitants avant le conflit et devenue un symbole pour les rebelles prorusses qui s'y sont regroupés en grand nombre, mêlés à la population.

Sans qu'il soit possible d'affirmer qui en sont les auteurs, les tirs étant adressés de part et d'autre, les bombardements sur la ville sont réguliers, touchant souvent des zones civiles proches de secteurs où sont concentrés des combattants prorusses. Ceux-ci étaient d'ailleurs visibles en grand nombre dimanche matin, peu après les explosions, dans le complexe hospitalier Kalinina.

Plusieurs membres du personnel médical, qui sont encore une soixantaine à travailler dans l'hôpital touché par un bombardement ce dimanche, ont confirmé qu'il n'y avait pas eu de blessés.

Les insurgés mêlés aux habitants de la ville

La morgue et deux bâtiments de l'hôpital ont été atteints, ont rapporté des journalistes de l'AFP. Plusieurs dizaines de patients ont été conduits dans la cave du bâtiment 14, celui de la chirurgie, parfois en brancard, comme un homme au visage gris, les deux jambes amputées. Parmi les patients, plusieurs hommes qui semblent en âge de combattre mais ne présentent aucun signe distinctif permettant de déterminer qu'ils sont combattants d'un camp ou de l'autre.

Un homme jeune, l'oeil et le bras bandé, est toutefois présenté comme un militaire des forces loyalistes ukrainiennes, prisonnier de guerre, par son voisin Olexandre, blessé la veille au ventre dans un bombardement dans le quartier de Petrovski (ouest de la ville).

"A 06H20, on a entendu les explosions, les vitres se sont brisées et le personnel nous a dit de sortir des chambres et nous a aidés à descendre à la cave", raconte ce quinquagénaire.

Dans l'ensemble hospitalier, juste après les explosions, plusieurs dizaines de rebelles en uniforme étaient visibles, dont des membres armés du groupe de combattants russes et ukrainiens Vostok. Quelques insurgés en uniformes prennent le café au bas d'un bâtiment intact. Parmi eux une femme qui, quand on l'interrroge sur les dégâts dans son immeuble répond: "le moral".

De très fortes détonations ont été entendues vers 06H30 dimanche matin. "Nous avons sorti les patients des chambres et nous sommes descendus dans la cave", raconte un infirmier du bâtiment 14, où restent hospitalisées plusieurs dizaines de personnes et où la situation est "difficile".

Depuis plusieurs jours, les bombardements se rapprochent de l'hypercentre de Donetsk. Ils se poursuivaient dimanche matin, peu avant la "parade" que comptent organiser les rebelles pour le jour de la fête nationale ukrainienne.

Ils entendent présenter à la population du matériel militaire ukrainien capturé à l'ennemi. Certains responsables rebelles souhaitent également exhiber des prisonniers de guerre dans les rues. Ce projet, qui semblerait en contradiction avec la convention de Genève, semble toutefois ne pas rencontrer l'agrément de tous les responsables séparatistes.

RTBF avec AFP

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