Ukraine: large "oui" à l'indépendance du Donbass, nouveaux tirs à Slaviansk

Des membres de la commission électorale procèdent au décompte des voix dans un bureau de vote à Donetsk (est de l'Ukraine), le 11 mai 2014
2 images
Des membres de la commission électorale procèdent au décompte des voix dans un bureau de vote à Donetsk (est de l'Ukraine), le 11 mai 2014 - © Genya Savilov

Les insurgés pro-russes ont revendiqué dimanche un soutien à près de 90% à l'indépendance de la région ukrainienne de Donetsk (est) à l'issue d'un référendum séparatiste dénoncé comme illégal par Kiev et l'Occident. De nombreuses détonations ont retenti lundi en début de matinée à Slaviansk, bastion de la rébellion armée de l'est de l'Ukraine. La Russie a appelé Kiev à respecter le référendum et à dialoguer avec les indépendantistes. Le diplomate allemand Wolfgang Ischinger a été nommé médiateur de l'OSCE.

Après le référendum controversé sur l'indépendance qui aurait donné lieu à un oui massif de la population, les combats ont repris, comme presque chaque jour, dans le village d'Andriïvka, sur la "ligne de front", à l'entrée sud de cette cité de 110 000 habitants encerclée par les forces ukrainiennes qui y ont déclenché une vaste "opération antiterroriste" le 2 mai, a déclaré à l'AFP Stella Khorocheva, porte-parole des insurgés pro-russes de Slaviansk.

Viatcheslav Ponomarev, l'homme fort de Slaviansk, a annoncé que la participation au référendum de dimanche sur l'indépendance de la région avait été "de l'ordre de 80%" dans sa ville, avant de lâcher avec un grand sourire : "Nous sommes satisfaits". Le chef local du Parti communiste, Anatoli Khmelevoï, maître d'oeuvre de cette consultation électorale, a de son côté dit à l'AFP s'attendre à "90% de oui", soulignant que "la plupart des gens qui sont allés voter ont voté oui". Les consultations organisées dimanche par les rebelles de l'est de l'Ukraine, qualifiées d'"illégales" par Kiev et la communauté internationale, ont simultanément porté sur l'indépendance des "républiques populaires" unilatéralement proclamées de Donetsk et de Lougansk.

La Russie appelle au "dialogue"

La Russie a annoncé lundi qu'elle "respectait" l'expression de la volonté des Ukrainiens de l'Est aux référendums de dimanche et comptait désormais sur un "dialogue" entre les régions séparatistes et Kiev.

"Nous respectons à Moscou l'expression de la volonté des populations des régions de Donetsk et Lougansk et partons du principe que la mise en oeuvre pratique du résultat des référendums (d'indépendance, NDLR) se fera de manière civilisée, sans aucune récidive de violence, par le dialogue entre les représentants de Kiev, Donetsk et Lougansk", a déclaré le Kremlin dans un communiqué.

"Tous les efforts de médiation sont les bienvenus pour mettre en oeuvre un tel dialogue, y compris par la voie de l'OSCE", l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, a ajouté la présidence russe.

Le Kremlin a par ailleurs souligné la "participation élevée, malgré les tentatives d'empêcher le vote" aux référendums de dimanche, dénoncés par Kiev et les Occidentaux.

"Nous condamnons l'emploi de la force qui a eu lieu, y compris le recours à des armes lourdes contre des citoyens pacifiques, qui a fait des victimes", a encore déclaré le Kremlin.

Les occidentaux plaident également pour le dialogue

Le président de l'OSCE et les ministres européens des Affaires étrangères ont plaidé lundi pour le dialogue, et insisté sur l'importance de l'élection du 25 mai en Ukraine, au lendemain des référendums d'indépendance "illégaux" dans l'est du pays.

Les ministres devraient décider d'élargir la liste des personnalités russes et ukrainiennes pro-russes visées par un gel des avoirs et des interdictions de visas.

Treize noms devraient y être ajoutés, selon une source diplomatique.

"Il faut tout faire pour que les élections se tiennent le 25 mai" en Ukraine, a déclaré le président en exercice de l'OSCE, le Suisse Didier Burkhalter, à son arrivée à Bruxelles avant de participer à la réunion mensuelle des ministres.

Dans ce but, "nous avons une fenêtre d'opportunité de quelques jours" pour "des actions concrètes", a-t-il ajouté.

Un diplomate allemand expérimenté, Wolfgang Ischinger, sera le médiateur de l'OSCE pour tenter d'établir un dialogue entre les différentes parties de la crise en Ukraine, a annoncé ensuite le président de l'Organisation.

Premiers résultats

Les premiers résultats du scrutin sont tombés dès dimanche soir. Ils ne concernent que la région de Donestk. "89,07% ont voté pour et 10,19% contre. Cela peut être considéré comme le résultat définitif", a déclaré Roman Liaguine, chef de la commission électorale mise en place par les rebelles. Le taux de participation a atteint 74,87%, selon lui. "Il a été très facile de compter les bulletins car le nombre de gens qui ont voté contre a été extrêmement faible", a-t-il souligné.

Les insurgés armés pro-russes avaient convoqué dimanche la population du bassin du Donbass (7,3 millions de personnes), dont ils contrôlent les principales villes, pour valider leur projet d'"indépendance" des "républiques populaires" autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

A Kiev, le ministère des Affaires étrangères a déjà fait savoir, avant même les résultats, que "le référendum (...) est juridiquement nul et n'aura aucune conséquence juridique pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine". Cette consultation n'est qu'une "farce criminelle" financée par la Russie, estime-t-il. Les Occidentaux ont abondé dans le même sens.

Les autorités ukrainiennes sont déterminées à mener à bien le scrutin présidentiel anticipé prévu le 25 mai, qu'elles accusent la Russie de vouloir faire capoter. Les insurgés ne veulent pas de cette élection et traitent de "fasciste" le gouvernement provisoire au pouvoir depuis la chute du président Viktor Ianoukovitch fin février.

Le référendum a attiré une foule conséquente, semble-t-il peu impressionnée par les hommes armés en faction à l'entrée des bureaux de vote.

Enthousiasme

Un certain enthousiasme était même apparent parmi les votants malgré l'attente parfois longue en raison du petit nombre d'isoloirs, de bureaux de vote et de l'absence des listes électorales fournies par Kiev. Les bulletins de vote étaient déposés dans des urnes transparentes, et sans la présence d'observateurs internationaux.

Tirs de milices pro-ukrainiennes sur la foule

Après cette longue journée de vote, l'annonce des résultats est finalement intervenue moins d'une heure après la clôture des bureaux de vote. Le scrutin, qui s'est globalement déroulé dans le calme, a été émaillé de violences à Krasnoarmiïsk, une ville de 65 000 habitants située à l'ouest de Donetsk, où des hommes armés, vraisemblablement des milices pro-ukrainiennes, ont fait irruption dans les bâtiments officiels où se déroulait le référendum et l'ont interrompu. Selon un photographe de l'AFP présent sur place, ils ont tiré sur la foule qui les invectivait et ont atteint deux personnes.

A Marioupol, (sud-est), ville où de violents affrontements entre forces ukrainiennes et pro-russes ont fait plusieurs morts cette semaine, des centaines de personnes ont fait la queue dans la rue pour voter.

A Slaviansk, des insurgés postés sur les check-points chargés de protéger la ville d'un assaut de l'armée ukrainienne ont eu la mauvaise surprise de ne pas pouvoir voter faute de papiers d'identité.

En revanche, dans la ville de Svatove (20 000 habitants), proche de Lougansk, le maire Evguen Rybalko a refusé d'organiser le référendum, bien que des dizaines d'hommes armés lui aient rendu visite à deux reprises pour tenter de l'en convaincre.

"Mon devoir est de faire respecter la loi ukrainienne. La population doit exprimer son opinion dans un cadre légal. Ce n'est pas le cas pour ce 'référendum' ", a-t-il expliqué à l'AFP.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a rappelé dimanche que, selon un récent sondage de l'institut Pew Research Center, 70% des habitants de l'Est étaient favorables à l'unité de l'Ukraine. "Le problème est que la grande majorité des vrais patriotes ukrainiens et des partisans d'une Ukraine unie font l'objet d'intimidations de la part des groupes terroristes pro-russes et, leur vie étant menacée, ont peur d'exprimer publiquement leur opposition aux bandits", souligne-t-il. "Les résultats des référendums factices dans l'est de l'Ukraine seront probablement faux. On n'a même aucun moyen d'en vérifier la participation", a renchéri le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt sur Twitter.

Scénario similaire à la Crimée

La crainte de Kiev et des Occidentaux face à ce scrutin est de voir se reproduire un scénario similaire à celui qui a abouti en mars au rattachement de la Crimée à la Russie, plongeant l'Occident et la Russie dans leur pire crise depuis la fin de la Guerre froide.

Les grandes puissances ont déjà adopté ces dernières semaines des sanctions contre la Russie et menacent de les étendre si la présidentielle n'a pas lieu.

Les "prétendus référendums étaient illégaux et nous ne reconnaissons pas leurs résultats", a fait savoir dimanche la porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, à la veille d'une visite à Kiev du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Le président français François Hollande a lui aussi rejeté les "vraies-fausses" consultations des rebelles. "Ce qui va compter à mes yeux, la seule élection qui vaudra, c'est celle du 25 mai, l'élection qui va permettre de désigner le président de toute l'Ukraine" qui "sera la seule autorité légitime", a-t-il ajouté.

De source diplomatique française, on indique qu'une réunion entre Ukrainiens -autorités de Kiev et pro-russes- pourrait par ailleurs avoir lieu dès mercredi en Ukraine sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Selon le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, la Russie n'a toujours pas retiré ses troupes massées à la frontière avec l'Ukraine en dépit de promesses en ce sens.

Les affrontements armés dans l'est et le sud de l'Ukraine ont fait des dizaines de morts ces deux dernières semaines.

RTBF avec agences

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK