Ukraine: 5 ans après, les violences de Maïdan toujours impunies

Ukraine: 5 ans après, les violences de Maïdan toujours impunies
Ukraine: 5 ans après, les violences de Maïdan toujours impunies - © SERGEI SUPINSKY - AFP

En Ukraine, la réforme du système judiciaire a été une priorité de l’exécutif pendant les 5 années qui ont suivi la révolution de l’EuroMaidan, à tout le moins en théorie. Sur le terrain, les résultats sont maigres. Comme symbole de cet échec, le manque de résultat des enquêtes sur les violences meurtrières de la révolution. Plus de 100 personnes y ont perdu la vie. Il n’y a que 9 personnes en prison. Et l'indignation gronde. 


Les images des violences sur la place Maidan avaient fait le tour du monde en 2014. Le village révolutionnaire de la place de l’indépendance en feu, les charges de police, les tireurs d’élite non-identifiés sur les toits, les protestataires qui tombent dans les rues...

Serhiy Baliouk a perdu son frère Oleksandr ce 20 février 2014. Il espérait que le changement de régime et la transformation du système judiciaire permettrait de faire la lumière sur les circonstances du drame. Mais cinq ans après, il a perdu ses illusions.
"Je ne crois plus à ce procès depuis longtemps, vous savez, explique-t-il. On peut voir les accusés assis sur leurs bancs en train de rigoler. Ils nont pas le moins du monde lair inquiets."

Les accusés en question, ce sont cinq anciens membres de Berkut, lancienne unité anti-émeute du président déchu Viktor Ianoukovitch. Il faudrait au moins un an de plus de procès, soit 6 ans ans en tout, pour décider du sort de ces anciens policiers, qui ne sont qu’une petite partie des affaires. Le travail est titanesque. Le procureur spécial Serhiy Horbatiouk se défendait lors d’une conférence de presse en novembre dernier: "Si lon considère l’ensemble des crimes commis pendant Maïdan, ce sont 4700 cas. Plus de 4100 enquêtes ont été confiées à mon département dinvestigation au sein du Bureau du Procureur général. Nous avons 46 enquêteurs, et il y a 33 procureurs. 15000 personnes sont concernées par ces enquêtes, dont beaucoup des représentants des forces de l’ordre."

En tout, 442 personnes ont été mises en examen pour violence pendant la révolution, et 279 cas ont été portés aux tribunaux. Il y a eu 52 condamnations, dont 9 cas de prison ferme.
106 suspects ont cependant réussi à fuir en Russie. Moscou refuse quils soient interrogés par les Ukrainiens. Un grand nombre de mystères pourrait bien ne jamais être résolus, notamment sur l’identité des tireurs d’élite.


Mais les blocages viennent aussi de Kiev. Le ministère de l’Intérieur a été accusé de saboter des enquêtes, pour protéger certains de ses employés. "Malheureusement, les enquêtes de Maïdan, et beaucoup dautres cas en Ukraine, sont instrumentalisés à des fins politiques par le Procureur Général, explique la  journaliste Angelina Kariakina. Il place ses ambitions politiques au-dessus de la justice. Cest tout à fait regrettable."

Le procureur général Iouriy Loutsenko a récemment annoncé que les enquêtes de Maïdan seront bientôt finies. Beaucoup le soupçonnent en fait de vouloir marquer un succès pour son patron politique, le président Petro Porochenko, en pleine année électorale.

Le soulèvement du Maïdan a été suivi de l'annexion par la Russie de la péninsule de Crimée et d'une guerre dans l'est de l'Ukraine avec les séparatistes prorusses, qui a fait depuis près de 13 000 morts. Le président Porochenko, élu après le soulèvement, brigue un nouveau mandat à l'élection présidentielle ukrainienne dont le premier tour se tient le 31 mars mais il fait face à une compétition difficile.

Archives: Journal télévisé 21/02/2014

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