UE: l'équipe Barroso II naît sous le signe de la méfiance

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La casting de la Commission Barroso II est connu : Karel de Gucht devient commissaire au Commerce, l'un des postes les plus convoités. Un poste de commissaire au Climat voit également le jour. Mais tout n' a pas été facile.

On connaissait les noms des 25 commissaires, mais pas encore leur portefeuille. Ce midi, José Manuel Barroso a mis fin au suspense.

Le Belge Karel De Gucht est désigné commissaire au Commerce. C'est un poste de tout premier plan. Il aura la charge de négocier, entre autres, les accords commerciaux bilatéraux au nom de l'Union européenne. La Belgique fait donc coup double, après la désignation d'Herman Van Rompuy au poste de président du Conseil européen.

Conscient des "importantes responsabilités et des défis" que cette désignation implique, Karel De Gucht s'est dit "très honoré" d'avoir été nommé à ce poste par José Manuel Barroso.

Nouveauté: une commissaire au climat

Une semaine avant le début de la conférence sur le climat à Copenhague, c'est une ... Danoise, Connie Hedegaard, qui prendra les commandes d'un commissariat nouvellement créé : celui du Climat. C'est le Roumain Dacian Ciolos qui s'occupera de l'Agriculture. L'Italien Antonio Tajani est chargé de l'Industrie, le Polonais Janusz Lewandowski du Budget, l'Allemand Gunther Öttinger de l'Energie.

Neelie Kroes passe de la Concurrence à "l'Agenda digital". Viviane Reding est en charge de la Justice.

Le Finlandais Olli Rehn a hérité du poste des Affaires économiques et monétaires. Il devra veiller à la réduction des déficits budgétaires des pays de l'UE, qui ont explosé avec la crise.

C'est un autre sortant, le socialiste espagnol Joaquin Almunia, 61 ans, qui va prendre en charge le poste de la Concurrence, redouté par les entreprises européennes et les gouvernements de l'UE.

MM. Rehn et Almunia sont tous deux considérés comme des fidèles de José Manuel Barroso. Leur nomination traduit la volonté du Portugais de s'entourer de proches aux postes pivots pour son deuxième mandat, pour tenter de s'affranchir de la tutelle de Paris, Berlin et Londres.

Méfiance anglaise envers le Français Michel Barnier

La nomination la plus sensible se trouve toutefois ailleurs: l'ancien ministre français de l'Agriculture et des Affaires étrangères Michel Barnier est porté au Marché intérieur (libre-circulation des biens et services dans l'UE) et gardera la haute main sur les services financiers, qui en Europe sont concentrés dans la City de Londres.

La France n'avait guère fait mystère depuis plusieurs mois de son ambition de décrocher ce poste clé, occupé jusqu'ici par un Irlandais très libéral, Charlie McCreevy. La France, on le sait, s'est montrée très en pointe sur le dossier de la régulation des services financiers et sur la question sensible des bonus des traders.

Cette dernière attribution a donc fait l'objet d'intenses tractations entre José Manuel Barroso - resté jusqu'au bout réservé du fait des réticences du Royaume-Uni - et le président français Nicolas Sarkozy. Les deux hommes "se sont parlés longuement" jeudi à ce sujet, selon une source diplomatique.

Afin de rassurer les Britanniques, qui perçoivent la France comme étatiste et interventionniste, un garde-fou est prévu: Michel Barnier a accepté qu'un Britannique occupe un poste administratif clé dans ses services et José Manuel Barroso lui a fixé un ordre de mission très clair: poursuivre la libéralisation du marché européen.

Une "surveillance rapprochée" qui cadre mal avec le statut d'indépendance de la commission vis-à-vis des Etats membres, et qui a eu le don de faire sortir de ses gonds l'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit:  "C'est une provocation de la part de Barroso d'avoir confié le portefeuille du Marché intérieur à Michel Barnier en l'affublant d'un contrôleur", a-t-il déclaré.

Une commission plus à droite... avec d'anciens communistes

Globalement, la nouvelle Commission, qui prendra ses fonctions en février 2010, est nettement dominée par la droite avec 13 personnes issues des rangs conservateurs et huit libéraux, reflétant les rapports de force politiques actuels sur l'échiquier européen.

Les socialistes sont six mais ils héritent de postes cruciaux, dont celui de chef de la diplomatie de l'UE avec la travailliste britannique Catherine Ashton, déjà désignée le 19 novembre. Elle sera à ce titre vice-présidence de la Commission.

Avant de venir présenter son équipe au Parlement européen en janvier prochain, José Manuel Barroso devra toutefois s'employer à désamorcer une autre controverse naissante liée au passé communiste des commissaires tchèque et hongrois. "Je suis convaincu que ce sont des gens qui respectent nos valeurs de liberté", a-t-il dit.

HM avec T.N.

 

Voici la composition de la Commission européenne présentée vendredi par son président, le Portugais José Manuel Barroso. Celle-ci devrait entrer en fonction en février prochain:

  • Allemagne: Günther Oettinger (énergie)
  • Autriche: Johannes Hahn (politique régionale)
  • Belgique: Karel De Gucht (commerce)
  • Bulgarie: Rumiana Jeleva (coopération internationale et aide humanitaire)
  • Chypre: Androulla Vassiliou (éducation, culture, multilinguisme et jeunesse)
  • Danemark: Connie Hedegaard (climat)
  • Espagne: Joaquin Almunia (concurrence, vice-président)
  • Estonie: Siim Kallas (transports, vice-président)
  • Finlande: Olli Rehn (affaires économiques et monétaires)
  • France: Michel Barnier (marché intérieur et services)
  • Grèce: Maria Damanaki (affaires maritimes et Pêche)
  • Hongrie: Laszlo Andor (emploi et affaires sociales)
  • Irlande: Maire Geoghegan Quinn (recherche et innovation)
  • Italie: Antonio Tajani (industrie et entreprises, vice-président)
  • Lettonie: Andris Piebalgs (développement)
  • Lituanie: Algirdas Semeta (fiscalité, union douanière, lutte anti-fraude)
  • Luxembourg: Viviane Reding (justice, droits fondamentaux et citoyenneté, vice-présidente)
  • Malte: John Dalli (santé et politique des consommateurs)
  • Pays-Bas: Neelie Kroes (société digitale, vice-présidente)
  • Pologne: Janusz Lewandowski (budget)
  • République tchèque: Stefan Füle (élargissement et politique de voisinnage)
  • Roumanie: Dacian Ciolos (agriculture et développement rural)
  • Royaume-Uni: Catherine Ashton (Haut-représentant pour la politique étrangère, vice-présidente)
  • Slovaquie: Maros Sefcovic (administration et relations inter-institutionnelles, vice-président)
  • Slovénie: Janez Potocnik (environnement)
  • Suède: Cecilia Malmström (affaires intérieures)

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