Prolongations au sommet européen: toujours pas d'accord sur le plan post-covid

Toujours aucune fumée blanche au sommet européen : les 27 dirigeants ont repris leurs discussions par petits groupes ce dimanche. Au menu, un plan de relance post-covid et surtout la façon dont ses 750 milliards d’euros devraient être accordés. Le sommet a démarré vendredi et s’est étalé sur 13 heures samedi à cause des divergences entre Etats-membres.

Pour faire avancer les négociations, le Premier ministre luxembourgeois aurait proposé de reporter à plus tard la question du lien entre l’octroi de subsides européens et le respect de l’État de droit, une question qui chatouille la Hongrie et la Pologne. La réunion à 27, qui avait été programmée pour ce midi, a été reportée et ne devait pas débuter avant 17h30.

Un accord est encore possible, selon Emmanuel Macron

Après deux jours d’âpres négociations, toujours rien donc, mais le président français Emmanuel Macron joue un rôle actif, tout comme la Chancelière allemande Angela Merkel. Le président Macron a affiché dimanche sa volonté de trouver des compromis, "mais pas au prix de l’ambition européenne".

"Notre volonté de compromis ne saurait nous faire renoncer à l’ambition légitime que nous devons avoir […] face à une crise inédite sur le plan sanitaire, économique et social", a-t-il commenté, décidé notamment à "ne pas céder" sur la liaison entre subsides européens et respect de l’État de droit.

Il s’agit là d’un point d’accroche de ce sommet, tout comme le sont la taille du fonds de relance que les Vingt-sept devraient financer par un emprunt commun et la gestion de l’octroi des fonds en lien avec les réformes à mener dans les pays aidés : les Pays-Bas veulent un contrôle intergouvernemental par le Conseil plutôt que la Commission, ainsi qu’un droit de veto via le principe de l’unanimité.

Avant lui, la chancelière allemande Angela Merkel avait jugé "possible" que les Vingt-sept, réunis depuis vendredi pour un sommet qui aurait dû se terminer samedi, ne parviennent toujours pas à s’entendre ce dimanche sur le plan de relance. "Il y a beaucoup de bonne volonté […] mais il est aussi possible qu’aucun résultat ne soit obtenu aujourd’hui", a déclaré Mme Merkel à son arrivée au sommet pour une journée qu’elle a qualifiée de "décisive". "Je ne peux toujours pas dire si une solution sera trouvée", a-t-elle insisté.

Combien verser et à qui ? Sous quelles formes et à quelles conditions ?

Négocier à 27, ça ne va pas de soi. Parler gros sous à 27 encore moins. Or cette fois il s’agit de montants massifs et d’un contexte très critique. Cela s’annonçait complexe et c’est bien le cas.

Depuis vendredi, les Pays-Bas et leurs alliés "frugaux" résistent aux appels de l’Allemagne et de la France, les deux poids lourds de l’Union, à accepter un plan qui bénéficierait aux pays les plus touchés par la pandémie, l’Espagne et l’Italie en tête.

Sur la table des négociations, un fonds constitué par une capacité d’emprunt de 750 milliards d’euros pour relancer l’économie européenne mise à terre par la pandémie, adossé au budget à long terme de l’UE (2021-2027) de 1074 milliards d’euros. L’unanimité des 27 Etats membres étant requise, un compromis est particulièrement difficile.

Après un dîner samedi, le président du Conseil, chef d’orchestre du sommet, Charles Michel a réuni le président français, la chancelière allemande, les dirigeants des quatre "frugaux" (Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède) auxquels s’est joint celui de la Finlande.

"Cette réunion a été très dure", ont indiqué à l’AFP deux sources européennes. Après plusieurs tentatives de compromis, Mme Merkel et M. Macron ont quitté la réunion pour un entretien dans leur hôtel avec le dirigeant italien Giuseppe Conte, selon une source diplomatique.

Ils attendaient un pas des "frugaux" en leur direction qui n’est pas venu : devant des journalistes, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a déclaré "ne pas avoir entendu d’ultimatum".

Nouveau compromis : un frein de secours pour les "frugaux"

La chancelière et le président français retrouvaient Charles Michel à 9h30 pour décider de la marche à suivre, selon une source diplomatique. Avec sous le bras une nouvelle proposition révisée pour tenter de lever les réserves des Pays-Bas et de leurs alliés sur le plan de relance.

En fin de journée samedi, une des options sur la table était de modifier la répartition entre prêts et subventions en augmentant la part des premiers à 300 milliards (contre 250 dans la proposition initiale) sans réduire la part des subventions directement destinées aux Etats pour soutenir leurs plans de relance.

Les "frugaux" préfèrent nettement les prêts aux subventions. Mais Paris et Berlin ont signifié leur refus de baisser les subventions sous le montant de 400 milliards.

Pour tenter de convaincre Mark Rutte, Charles Michel a par ailleurs proposé un mécanisme permettant à un pays qui aurait des réserves sur le plan des réformes présenté par un autre Etat pour obtenir des aides de freiner en urgence : d’ouvrir "dans les trois jours" un débat à 27, soit devant le Conseil européen (c’est-à-dire les dirigeants), soit devant les ministres des Finances de l’UE.

Une réponse au souhait de M. Rutte de voir ces plans nationaux validés par les 27 à l’unanimité, ce qui offrirait de facto un veto à n’importe quelle capitale.

Les pays "frugaux" reprochent en effet à leurs voisins du Sud un certain laxisme budgétaire et le manque de compétitivité de leur économie. Mais ces demandes pressantes de réformes inquiètent l’Italie et l’Espagne, qui craignent d’être soumis à un programme de réformes (marché du travail, retraites…) imposé, comme à la Grèce par le passé.

Autre coup de pouce de Charles Michel pour vaincre les résistances des frugaux : il propose d’accroître certains "rabais" accordés aux pays qui versent davantage d’argent au budget de l’UE qu’ils n’en reçoivent.

Ce serait le cas pour Vienne, Copenhague et Stockholm – mais pas La Haye ni Berlin dont les rabais restent inchangés.

La question de l’Etat de droit qui hérisse Budapest et Varsovie

Un autre bras de fer a été intense sur la question : faut-il refuser l’argent européen aux Etats qui bafouent l’Etat de droit, l’indépendance de la justice par exemple ? La Pologne et la Hongrie sont contre. Ces conflits vont devoir être surmontés.

Il n’est pas imaginable que l’Union ne réponde pas présente face à la secousse économique, ni qu’elle échoue à se fixer un budget pour les 7 prochaines années.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK