Turquie: Öcalan appelle les rebelles kurdes à déposer les armes

Des centaines de milliers de Kurdes célèbrent le nouvel an, "Newroz", à Diyarbakir en agitant des portraits du leader rebelle Abdullah Öcallan, le 21 mars 2013
Des centaines de milliers de Kurdes célèbrent le nouvel an, "Newroz", à Diyarbakir en agitant des portraits du leader rebelle Abdullah Öcallan, le 21 mars 2013 - © AFP

Le chef kurde emprisonné Abdullah Öcalan a appelé jeudi, à l'occasion du Nouvel an kurde, les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à cesser-le-feu et à se retirer du sol turc, une déclaration qui ravive l'espoir de mettre un terme à un conflit qui déchire la Turquie depuis 29 ans.

"Je le dis devant les millions de personnes qui écoutent mon appel, une nouvelle ère se lève où la politique doit prévaloir, pas les armes", a-t-il ajouté dans un message lu à Diyarbakir (sud-est) devant des centaines de milliers de personnes par un député du Parti pour la paix et la démocratie (BDP, pro-kurde) a-t-il ajouté.

Mais les obstacles à la paix demeurent nombreux, notamment parce qu'Ankara semble encore rejeter l'idée de libérer Öcalan et qu'une majorité de Turcs sont encore réticents à négocier directement avec lui.

"Nous sommes arrivés à une phase dans laquelle les armes doivent se taire (...) et les éléments armés doivent se retirer en dehors des frontières de la Turquie", a lancé Abdullah Öcalan dans son message.

La déclaration du chef historique du PKK a été acclamée par des centaines de milliers de personnes qui, depuis le lever du jour, s'étaient rassemblées pour l'écouter sur une immense esplanade de Diyarbakir, que les 12 à 15 millions de Kurdes de Turquie considèrent comme leur capitale.

Tout au long de la matinée, cette foule a patienté en agitant des banderoles proclamant "dans la paix comme dans la guerre, nous sommes avec toi, chef" ou en chantant "longue vie à notre chef Apo", le surnom d'Abdullah Öcalan.

Nouveau départ

"La période de la résistance armée a ouvert une porte à un processus de politique démocratique. Les sacrifices n'ont pas été fait en vain, les Kurdes y ont gagné leur véritable identité", a également indiqué Abdullah Öcalan en faisant référence aux quelques 45 000 morts causées depuis 1984 par le conflit kurde.

"Ce n'est pas la fin, c'est un nouveau départ", a-t-il insisté, "ce n'est pas la fin du combat, c'est le début d'un nouveau combat".

Erdogan: Ankara cessera ses opérations militaires si le PKK arrête les siennes

La Turquie cessera ses opérations militaires contre les Kurdes si le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) cesse les siennes, a assuré jeudi à La Haye le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, quelques heures après un appel au cessez-le-feu du chef kurde emprisonné Abdullah Öcalan.

"S'il n'y a plus d'actions armées, nos troupes n'entreprendront plus d'opérations militaires", a déclaré M. Erdogan lors d'une conférence de presse à La Haye, aux Pays-Bas, où il venait de rencontrer son homologue néerlandais Mark Rutte.

Qualifiant de "positive" l'approche de M. Öcalan, le Premier ministre turc a soutenu que "l'important est de voir comment il (le cessez-le-feu) sera appliqué en réalité". "J'espère qu'il aura un effet le plus vite possible", a-t-il ajouté.

A quatre reprises déjà depuis le début de sa rébellion en 1984, Abdullah Öcalan a proclamé des cessez-le-feu unilatéraux. Jamais jusque-là ils n'ont permis de déboucher sur une solution à ce conflit qui a fait plus de 45 000 morts.

Cette fois, le gouvernement comme les rebelles semblent déterminés à parvenir à la paix. Avant l'appel de jeudi, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan avait répété de son côté qu'il était prêt à tout faire pour que les armes se taisent, même à "avaler du poison" ou à tirer un trait sur sa carrière politique.

Le fil de leur dialogue a été renoué à la fin de l'automne dernier, au terme d'une année de combats particulièrement meurtriers et d'une longue grève de la faim de détenus kurdes interrompue sur ordre du chef du PKK.

Depuis, les gestes de bonne volonté se sont enchaînés. Ankara a levé l'isolement imposé à Abdullah Öcalan et déposé au Parlement un "paquet" législatif qui doit permettre la remise en liberté de centaines de Kurdes incarcérés pour leurs liens avec le PKK.

Prisonniers libérés

En retour, le mouvement rebelle, considéré comme une organisation terroriste en Turquie et dans de nombreux pays occidentaux, a libéré la semaine dernière huit prisonniers turcs détenus en Irak.

Malgré ce climat favorable, les obstacles sur le chemin d'une paix restent très nombreux.

A commencer par le sort réservé à Abdullah Öcalan. Ankara a écarté toute idée d'amnistie générale mais les Kurdes insistent pour sa remise en liberté ou, à défaut, son assignation à résidence.

Le processus de paix ne fait pas non plus l'unanimité. Une majorité de Turcs rejettent l'idée d'une négociation directe avec Abdullah Öcalan, largement considéré comme un "terroriste" ou un "tueur d'enfants".

Malgré ses dénégations, l'opposition soupçonne aussi Abdullah Erdogan d'arrière-pensées plus politiciennes. En clair, de vouloir accorder des droits aux Kurdes en échange de leur soutien à un projet de Constitution renforçant les pouvoirs du président. Contraint de quitter la tête du gouvernement en 2015, le Premier ministre ne cache pas son intention de briguer la magistrature suprême en 2014.

AFP

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