Turquie: "Les manifestants veulent s'exprimer et surtout être entendus"

Erdem Resne travailleur associatif à Schaerbeek.
Erdem Resne travailleur associatif à Schaerbeek. - © RTBF

La situation en Turquie, il en a été question dans Matin Première ce mardi. "L'intensité des manifestations continue de plus belle", déclare même Güldener Sonumut, journaliste NTV, correspondant à Bruxelles, pour l'instant à Istanbul. Un mouvement qui s'explique, selon Erdem Resne, travailleur associatif à Schaerbeek, par le discours de plus en plus autoritaire du Premier ministre turc et les interventions policières devenues un peu trop répressives.

"D'après ce que j'ai observé hier, je n'ai pas encore vu la situation s'apaiser mais la violence policière s'est apaisée d'un cran", témoigne Güldener Sonumut, "l'intensité des manifestations continue de plus belle".
 
Mais il précise, "les manifestants tentent de se distancer des partis politiques et des organisations syndicales qui tentent de profiter des manifestations pour eux aussi augmenter leurs voix et tenter de réclamer ce qu'ils veulent du gouvernement".
 
Qu'est-ce qui explique ce mouvement ? 
 
Plusieurs facteurs expliquent ce mouvement selon Erdem Resne : "Le premier, c'est que, depuis la dernière législature, Mr Erdogan a un discours qui devient de plus en plus autoritaire. Les projets sont passés en force, on a de moins en moins de consultations des autres partis. Ce qui est expliqué, entre autres, par le fait qu'il augmente son score électorale à chaque élection législative. Je viens encore de lire, ce matin, qu'il avait contredit le président de la république qui disait que la démocratie ne s'arrête pas aux urnes et qu'il faut une consultation. Lui semble dire pour l'instant le contraire".  
 
Par ailleurs, "chaque intervention policière sur chaque manifestation commence à devenir de plus en plus répressive et lourde".  
 
Selon lui, "il y a maintenant un mouvement de fonds qui s'accapare la démocratie aussi. Il faut reconnaître que l'AKP a démocratisé certains aspects de la société turque et maintenant, c'est la société civile qui joue son rôle en se disant puisqu'on est dans ce scénario-là, nous on a le droit de s'exprimer et de ne pas voir la répression policière aussi forte sur nous". Un avis partagé par Güldener Sonumut. 
 
Un printemps turc ? 
 
Quant à savoir si on peut parler d'un printemps turc, "poétiquement la comparaison est possible car (la place, ndlr) Tahir ressemble à (la place, ndlr) Taksim", explique Erdem Resne, mais tous les manifestants ne contestent pas le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Certains veulent juste "un pas en arrière".
 
En d'autres termes, "on ne peut pas dire que le régime dans son ensemble est menacé ou est contredit par ces manifestations. Ce que les manifestants veulent dans leur ensemble pour l'instant, c'est avoir le droit, dans le système actuel, de s'exprimer et surtout d'être entendus"
 
Un islamisme rampant ? 
 
Enfin, à la question de savoir s'il faut voir derrière l'attitude du gouvernement turc un islamisme rampant, Erdem Resne répond : "Il y a ça, mais je m'abstiendrai de parler de l'islamisme. En fait, l'AKP n'est pas monolithique, il y a en son sein des personnes religieuses modérées, des islamistes plus prononcés, il y a une frange libérale, il y a une ancienne frange nationaliste qui était dans la bureaucratie qui est aussi passée dans les rangs de l'AKP, donc c'est très large"
 
Pour lui, les gens en ont surtout "marre de voir les médias n'intervenir sur aucun sujet. Erdogan n'est jamais contredit dans les médias, il n'y a pas de débat, juste des tribunes"
 
Güldener Sonumut précise, pour sa part, que beaucoup de gens sont emprisonnés : des journalistes, des étudiants, ..."Cela fait des mois que les répressions de ces manifestations sont quand même assez fortes de la part de la police, il y a des gardes à vue et je pense que c'est ça aussi que les gens veulent contrer". 
 
C. Biourge

 

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