Turquie: les leaders kurdes doivent "payer" pour avoir parlé d'autonomie

Turquie: les leaders kurdes doivent "payer" pour avoir parlé d'autonomie
Turquie: les leaders kurdes doivent "payer" pour avoir parlé d'autonomie - © ADEM ALTAN - AFP

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exprimé son soutien samedi à la décision d'engager des poursuites criminelles à l'encontre des dirigeants du principal parti prokurde, déclarant qu'ils devaient "payer" pour leur remarques en faveur de l'autonomie pour les Kurdes.

Il estime que Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, codirigeants du Parti démocratique des peuples (HDP), doivent se voir retirer leur immunité parlementaire pour cette enquête sur "leur crime constitutionnel".

La justice turque a ouvert lundi une enquête à l'encontre du principal leader politique kurde du pays, Selahattin Demirtas, accusé de crimes contre l'ordre constitutionnel, et peu après une autre, similaire, à l'encontre de Figen Yuksekdag.

"Ce qu'ils ont dit est sans conteste une crime constitutionnel. Ils doivent en payer le prix", a déclaré M. Erdogan dans des propos à des journalistes publiés samedi par le quotidien Hurriyet. "Nous ne pouvons pas accepter des déclarations appelant à la division du pays".

M. Demirtas avait déclaré dans un discours dimanche dernier que les Kurdes de Turquie devaient décider s'ils voulaient vivre en autonomie ou "sous la tyrannie d'un homme"

Ses remarques ont indigné les nationalistes turcs, qui voient le moindre degré d'autonomie pour les régions kurdes comme une menace pour l'unité de l'Etat turc.

M. Demirtas est apparu depuis l'an dernier comme le principal rival politique de M. Erdogan.

Mais Recep Tayyip Erdogan a également fait une autre déclaration choc. "La Turquie a besoin d'Israël", a-t-il déclaré samedi le président turc, dont le pays oeuvre à normaliser ses relations avec Tel-Aviv, fortement mises à mal depuis 2010.

Membre de l'Otan, la Turquie a longtemps été perçue comme le principal allié régional de l'Etat juif, avant qu'un assaut meurtrier des forces spéciales israéliennes contre une flottille turque à destination de Gaza en 2010 ne brouille durablement les deux pays.

"Israël a besoin d'un pays comme la Turquie dans la région", a déclaré le président turc dont les propos ont été publiés dans les principaux journaux turcs samedi. "Nous devons également accepter (le fait) que nous avons besoin d'Israël. C'est une réalité dans la région", a déclaré M. Erdogan.

"Si des mesures mutuelles sont appliquées sincèrement, alors la normalisation (des relations) suivra", a ajouté le chef de l'Etat turc.

Confrontée à plusieurs querelles de voisinage et désireuse de réduire sa dépendance gazière envers la Russie, la Turquie oeuvre à améliorer ses relations avec Israël. Des responsables israéliens ont annoncé à la mi-décembre qu'Israël et la Turquie étaient parvenus à une série d'"ententes" pour normaliser leurs relations après des négociations secrètes en Suisse.

Plus mesuré, un responsable turc avait indiqué de son côté que des "progrès" avaient été effectués en direction d'un "cadre" d'accord, insistant toutefois sur le fait qu'aucun accord n'avait encore été signé.

Des discussions parrainées par le président américain Barack Obama avaient conduit en 2013 à des excuses du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu à l'actuel chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan, sans aboutir à une réconciliation.

Selon des responsables israéliens, la Turquie et Israël se sont entendus sur une compensation des victimes du raid israélien en 2010, le retour des ambassadeurs dans les deux capitales, l'abandon des poursuites judiciaires engagées par la Turquie contre Israël et l'interdiction d'entrée sur le territoire turc de Salah al-Arouri, haut cadre du Hamas. Ankara n'a jamais confirmé sa présence en Turquie.

Evoquant de possibles progrès sur le blocus, M. Erdogan a déclaré qu'Israël avait suggéré qu'il autoriserait le passage des biens et de matériel de construction pour Gaza s'ils venaient de Turquie.

"Nous devons voir un texte écrit pour garantir que l'accord sera bien respecté", a ajouté M. Erdogan.

Ce virage sémantique intervient alors qu'Ankara est confronté à la brusque dégradation de ses relations avec Moscou après le crash d'un bombardier russe abattu par des chasseurs turcs à la frontière syrienne le mois dernier.

M. Erdogan s'est entretenu en décembre avec le chef du Hamas en exil, Khaled Mechaal, mais la teneur de leur conversation n'a pas été dévoilée.

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