Turquie: la mobilisation continue, malgré les effluves lacrymogènes

Les manifestants défient le pouvoir depuis la place Taksim dimanche après-midi
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Les manifestants défient le pouvoir depuis la place Taksim dimanche après-midi - © AFP

La police use de gaz lacrymogènes pour disperser le millier de personnes rassemblées à Ankara dimanche après-midi. Mais les centaines de manifestants semblent déterminés à poursuivre leur confrontation avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Les affaires étrangères belges conseillent à leurs ressortissants d'éviter les lieux de rassemblent comme la place Taksim.

Troisième jour de contestation contre le gouvernement. Pendant que la police tente de disperser les manifestants à Ankara, l'occupation de la place Taksim à Istanbul se poursuit.

Dimanche matin, quelques dizaines de citoyens ont nettoyé la place Taksim, occupée toute la nuit. Comme pour signaler que leurs intentions ne sont pas celles de simples casseurs. Comme pour montrer qu'il n'ont pas dit leur dernier mot.

Plus de 1.700 manifestants opposés au gouvernement du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ont été interpellés au cours des trois derniers jours, mais la plupart ont été remis en liberté, a annoncé dimanche le ministre de l'Intérieur, Muammer Güler.

La nuit de samedi à dimanche a été émaillée de nouvelles violences à Ankara et à Istanbul. Les images tournées par des observateurs sur place, et relayées via les réseaux sociaux, témoignent de l'ampleur du chaos.

Mobilisation sur les réseaux sociaux

Erdogan critique Twitter

Lors d'une intervention télévisée, le Premier ministre Recep Tayyip Erdoyan aurait pointé Twitter comme une menace.

Ces propos choquent et inquiètent de nombreux internautes. Certains d'entre eux ironisent d'ailleurs sur le fait le Premier ministre est lui-même présent sur ce réseau de microblogging, avec 2,7 millions d'abonnés.

Témoignages

Des étudiants français vivant à Istanbul, visiblement très émus, ont raconté leur version des violences de ces derniers jours à Rue89 : des quartiers entiers d'Istanbul sont noyés dans les gaz lacrymogènes. Les symboles du capitalisme sont tour à tour détruits. Et le consulat français s'est vu tagué (en français) : "La poésie dans la rue, 1er juin".

Les manifestants profiteraient de ce souffle de liberté pour boire quelques bières dans la rue, activité d'ordinaire interdite.

Les étudiants rapportent également au média participatif français que les policiers semblent s'amuser de la situation, en prenant des pauses à la "James Bond" devant leurs objectifs, alors que, pendant ce temps-là, des manifestants sont blessés dans des mouvements de foule. Certains des témoins ont d'ailleurs choisi de se joindre aux revendications de leurs amis turcs.

56 blessés à Ankara

Dans la capitale, Ankara, la police a dispersé par des jets de grenades lacrymogènes et des canons à eau une foule de plusieurs milliers de personnes qui marchait en direction de la primature en chantant des slogans hostiles au chef du gouvernement.

Les manifestants ont riposté en lançant des pavés, avant de détruire des panneaux d'affichage et des feux tricolores ou encore en brisant les vitres des commerces environnants. Deux véhicules ont également été incendiés, ainsi qu'un kiosque à journaux.

Barricades à Istanbul

Des incidents similaires ont opposé dans la nuit forces de l'ordre et manifestants à Istanbul, autour des bureaux du Premier ministre dans le quartier de Besiktas. Des barricades ont été dressées dans les rues et la police a dispersé la foule à jets de grenades lacrymogènes.

La place Taksim et le petit parc Gezi, dont le projet de suppression a déclenché le mouvement de protestation antigouvernemental vendredi, ont été occupés toute la nuit.

 

Au pied de ces barricades recouvertes de slogans comme "hukumet istifa" ("gouvernement démission"), des grappes de manifestants se préparaient à en découdre à nouveau. "Tous les Turcs bouillent depuis dix ou onze ans", a confié à l'AFP Hallit Aral, "aujourd'hui, tout le monde veut que le Premier ministre s'en aille".

Erdogan lâche du lest mais maintient son projet urbain controversé

Confronté à l'un des plus importants mouvements de contestation populaire depuis l'arrivée de son parti islamo-conservateur au pouvoir en 2002, Recep Tayyip Erdogan a été contraint de se rétracter samedi en ordonnant à la police de se retirer de Taksim et du petit parc Gezi, dont la destruction annoncée a lancé la révolte.

Immédiatement, des milliers de personnes ont envahi les lieux dans une immense clameur de victoire. Sur fond de chants et de feux d'artifice, la place est restée noire de monde pendant une bonne partie de la nuit, malgré la pluie.

Quelques heures avant ce repli, Recep Tayyip Erdogan avait pourtant fermement assuré que la police resterait sur la place Taksim car elle "ne peut pas être un endroit où les extrémistes font ce qu'ils veulent". Sur le même ton, il avait assuré que son gouvernement maintiendrait le projet d'aménagement urbain contesté de la place.

Les Affaires étrangères conseillent d'éviter la place Taksim

Face aux violences répétées, "Il est conseillé aux Belges présents en ce moment en Turquie d'éviter la place Taksim à Istanbul et Kizilay à Ankara", indiquent les Affaires étrangères sur leur site internet.

Hormis dans ces deux lieux, où de nouvelles manifestations ne sont pas à exclure, voyager en Turquie actuellement ne pose pas de problème. "Dans le reste du pays, et plus particulièrement dans les régions touristiques, les manifestations se sont déroulées paisiblement", assurent les Affaires étrangères.

A. Dg.

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