Turquie: la campagne anti-alcool du Premier ministre fait des vagues

En 2011, des jeunes turcs manifestent pour le droit de consommer de l'alcool en public
En 2011, des jeunes turcs manifestent pour le droit de consommer de l'alcool en public - © Archive AFP / ADEM ALTAN

Le parti du gouvernement turc, l'AKP, fait campagne contre l'alcool. Cela devient un sujet de discorde entre laïcs et partisans d'une société plus respectueuse de la religion. Et cela risque d'avoir des effets pervers.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a récemment ravivé les inquiétudes des milieux laïcs sur sa vision islamique de la société en accusant les fondateurs de la République d'avoir fait de la bière la boisson nationale alors que selon lui le peuple turc préfère l'ayran, à base de yaourt et sans alcool. 

"C'était au point que certaines familles ont commencé à donner de la bière à leurs enfants en âge d'aller à l'école primaire au motif que c'était bon pour la santé et nourrissant", s'est ému le chef du gouvernement.

La République turque a été fondée en 1923 sur les ruines de l'empire ottoman sous l'impulsion de Mustafa Kemal Atatürk, guidée par des principes de laïcité et de recherche d'une modernité inspirée de l'occident, au détriment des valeurs islamiques qui prévalaient jusque-là dans la société ottomane.

Recep Tayyip Erdogan s'est encore emporté contre les conducteurs ivres qui "sont la cause de la mort de conducteurs sobres" et contre les règlements qui permettaient, jusqu'à ce qu'il les abroge, aux étudiants de "se saouler" sur les campus universitaires.

"Traîtres à la nation"

Ces sorties ministérielles ont immédiatement été accueillies par des salves de critiques et de quolibets sur les réseaux sociaux. "Il ne manquait plus que nous soyons déclarés traîtres à la nation parce que nous ne buvons pas d'ayran", s'est exclamé un utilisateur de Twitter. "Bien sûr que notre boisson nationale est l'ayran. C'est pour nous faire dormir qu'on veut nous en faire boire", a commenté un autre internaute, soulignant les vertus réputées soporifiques de l'ayran, boisson faite de yaourt mélangé à de l'eau. Pendant ce temps, l’association des producteurs d’alcool traditionnel turc milite pour la reconnaissance européenne du raki (un alcool anisé) au niveau européen.

Le Premier ministre et son Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, sont souvent accusés par les milieux laïques de vouloir islamiser la Turquie en catimini. Des mesures restreignant localement la consommation d'alcool donnent régulièrement lieu à des polémiques, et même à des manifestations.

Mais ces tentatives de limiter la consommation d’alcool, en visant principalement la jeunesse, risquent d’avoir des effets pervers, relève Slate.fr. La hausse des taxes sur les boissons alcoolisées a développé une production clandestine, et l’alcool frelaté a déjà causé des morts.

A.L. avec AFP et Slate.fr

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