Turquie: l'OSCE déplore une campagne électorale minée par les violences

Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont déploré ce lundi le climat de "violence" de la campagne des élections législatives en Turquie et reproché au gouvernement ses pressions sur la presse indépendante.

"La campagne a été ternie par la violence", a estimé l'OSCE dans un rapport conjoint avec le Conseil de l'Europe et le Parlement européen.

S'ils se sont réjouis du "vaste éventail politique" offert aux électeurs turcs, les observateurs ont jugé que ces violences avaient "entravé les capacités des candidats à mener une campagne libre", notamment dans le sud-est à majorité kurde du pays.

L'OSCE a par ailleurs condamné "des interventions dans l'autonomie éditoriale des médias" de la part du régime islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan.

"La peur est l'ennemie de la démocratie"

Lors d'une conférence de presse à Ankara, le député suisse du Conseil de l'Europe Andreas Gross a estimé que, si le scrutin avait été "libre", la campagne s'était déroulée d'une manière "inéquitable" pour les partis d'opposition. "La campagne a été marquée par beaucoup trop de peur et la peur est l'ennemie de la démocratie", a-t-il souligné.

"Les médias subissent d'importantes pressions dans ce pays. La liberté de la presse est une question qui suscite de profondes inquiétudes", a renchéri Ignacio Sanchez Amor, chef de la délégation de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE.

L'UE prête à travailler avec le nouveau gouvernement

Malgré ces points noirs, l'Union européenne s'était pour sa part engagée à travailler avec le futur gouvernement turc.

"Les élections de dimanche en Turquie, qui ont été marquées par un taux de participation élevé, ont réaffirmé l'engagement fort du peuple turc pour les processus démocratiques", ont plus tôt affirmé dans un bref communiqué la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le commissaire à l’Élargissement, Johannes Hahn.

"L'Union européenne va travailler avec le futur gouvernement afin d'améliorer le partenariat avec la Turquie et de continuer à faire progresser notre coopération dans tous les domaines pour le bénéfice de tous les citoyens", poursuivent les deux responsables européens.

L'Europe a besoin de la Turquie

Avec la crise migratoire, l'UE veut qu'Ankara accueille davantage de réfugiés et renforce la surveillance des frontières en échange de moyens, de la relance des discussions sur sa candidature à l'UE, et d'un accès facilité aux visas.

Dimanche, le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan a déjoué tous les pronostics, en retrouvant la majorité absolue au Parlement, ce qui va lui permettre de s'atteler seul à la formation d'un gouvernement.

Pour le président Erdogan, c'est une revanche après un revers retentissant : le 7 juin, son parti avait perdu le contrôle total qu'il exerçait depuis 13 ans sur le Parlement et remisé son rêve d'instaurer une "superprésidence".

Dans son communiqué, l'UE dit "attendre avec impatience les premières conclusions présentées lundi par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le BIDDH", en charge plus particulièrement de la promotion des droits de l’Homme. Conclusions – plutôt négatives – finalement communiquées par l'OSCE en début d'après-midi (voir ci-dessus).

Préoccupations européennes

La semaine dernière, l'UE avait fait part de sa "préoccupation" après la prise d'assaut par la police de deux chaînes de télévision proches de l'opposition.

"Comme tout pays qui négocie son adhésion (à l'UE), la Turquie doit s'assurer qu'elle respecte les droits de l'Homme, y compris la liberté d'expression", avait affirmé une porte-parole.

"Nous attendons de ces élections qu'elles soient conformes aux standards démocratiques internationaux", avait-elle ajouté.

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