Turquie: après deux télévisions, deux journaux d'opposition empêchés de paraître

Un important dispositif policier était positionné devant le siège d'Ipek média jeudi matin
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Un important dispositif policier était positionné devant le siège d'Ipek média jeudi matin - © DIMITAR DILKOFF - AFP

Deux quotidiens turcs proches de l'opposition n'ont pu paraître jeudi au lendemain du spectaculaire assaut policier contre deux télévisions du même groupe qui a ravivé les critiques contre le président Recep Tayyip Erdogan, a rapporté un de leurs responsables.

Les journaux Bugün et Millet font partie du groupe de médias Ipek-Koza, comme les chaînes Bugün TV et Kanaltürk, contraintes, mercredi, d'interrompre leur diffusion.

"Nous avions bouclé notre journal à 15H00 (mercredi) et à 17H00 il était à l'imprimerie", a raconté le rédacteur en chef de Bugün, Erhan Basyurt, mercredi soir à la télévision. "Ils ont temporisé en prétextant des problèmes techniques jusqu'à 21h. Puis ils nous ont dit qu'on ne pourrait pas être imprimés, qu'il y avait une interdiction écrite", a-t-il ajouté.

Erhan Basyurt a été licencié avec deux reporters du quotidien Bugün jeudi matin, a rapporté le journal Zaman.

Ennemi public numéro 1

Le quotidien Millet a partagé sur son compte Twitter la "une" de l'édition qui aurait dû paraître jeudi : la photo de la carte de presse ensanglantée de l'un de ses journalistes sous le titre "un putsch sanglant".

Mercredi à l'aube, des policiers en tenue antiémeute avaient pris d'assaut en direct devant les caméras le siège stambouliote des chaînes Bugün TV et Kanaltürk et des journaux Millet et Bugün, dont la maison-mère avait fait l'objet lundi d'une mise sous tutelle judiciaire.

La holding Koza-Ipek est réputée proche de l'imam Fethullah Gülen, devenu "l'ennemi public numéro 1" du président Recep Tayyip Erdogan depuis un retentissant scandale de corruption qui a visé son entourage pendant l'hiver 2013.

Interrogé mercredi soir à la télévision, M. Erdogan a justifié la décision de la justice : "Pourquoi la justice a-t-elle désigné des administrateurs (pour diriger Koza-Ipek)?", s'est-il interrogé. "Car le numéro 1 (de Koza-Ipek, Akin Ipek, qui vit à l'étranger) s'est enfui. Il dit 'il n'y a absolument aucune irrégularité'. Alors pourquoi fuis-tu ? Ne fuis pas, reste dans ton pays", a poursuivi le président. "S'il s'en va, cela veut dire qu'il y a une fuite d'eau quelque part", a-t-il conclu.

Un important dispositif policier était positionné devant le siège d'Ipek média jeudi matin, a rapporté l'agence de presse Cihan.

A quelques jours des élections législatives de dimanche, le raid policier de mercredi a ravivé les critiques de l'opposition et des capitales étrangères, qui ont dénoncé les pressions du gouvernement islamo-conservateur sur ses adversaires.

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