Tunisie: qui est Kais Saied, alias "Robocop" ou "M. Propre" élu nouveau président

Tunisie: qui est Kais Saied, alias "Robocop" ou "M. Propre" élu nouveau président?
Tunisie: qui est Kais Saied, alias "Robocop" ou "M. Propre" élu nouveau président? - © FETHI BELAID - AFP

Kais Saied a remercié "les jeunes qui ont ouvert une nouvelle page de l’histoire", lors d’une brève apparition devant ses partisans et la presse dans un hôtel. Environ 90% des électeurs de 18 à 25 ans ont voté pour lui, selon l'’Institut de sondage Sigma, contre seulement 49,2% des plus de 60 ans.

"Je vais porter ce message" de la révolution de 2011, a-t-il lancé. "Chacun a choisi qui il voulait, en toute liberté. Notre projet est basé sur la liberté. L’époque de la soumission est finie. Nous venons d’entrer dans une nouvelle étape de l’histoire", a-t-il assuré.

L’homme est né, le 22 février 1958, dans une famille originaire de Beni Khiar sur la côte est du pays. Il est fils d’un fonctionnaire municipal et d’une mère au foyer, il grandit à Radès, banlieue de la classe moyenne dans le sud de Tunis. Et fait toutes ses études dans l’enseignement public.

"Farouchement anti-israélien, il a cependant souligné sa fierté que son père ait, à ses dires, protégé des nazis la jeune juive tunisoise Gisèle Halimi, devenue depuis célèbre avocate féministe" rapportent nos collègues de TV5 Monde.

Diplômé à 28 ans de l’Académie Internationale de Droit constitutionnel de Tunis, il devient ensuite enseignant assistant à Sousse. Il a brièvement dirigé un département de droit public. De 1999 à 2018, il enseigne à la Faculté des sciences juridiques et politiques de Tunis. Spécialiste du droit constitutionnel, il avait pris sa retraite de l’université publique en 2018.

Des convictions mais pas de programme

Le vainqueur de l’élection présidentielle en Tunisie, se défend d’avoir un programme, après une longue campagne de terrain, mais dit défendre des convictions, au premier rang desquelles la nécessité de décentraliser le pouvoir.

La Tunisie fait figure de modèle de transition démocratique réussie dans le monde arabe depuis sa révolution en 2011, malgré des difficultés socio-économiques, les autres pays du Printemps arabe ayant sombré dans le chaos, la répression ou la guerre.

Ce pays du Maghreb, ouvert au nord et à l’est sur la Méditerranée avec 1300 km de côtes, limitrophe de l’Algérie à l’ouest et de la Libye au sud, compte plus de 11,5 millions d’habitants.

Le constitutionnaliste qui a remporté la présidentielle avec plus de 70% des votes, prône l’élection de conseils locaux, désignant des représentants révocables en cours de mandat, "afin que la volonté du peuple parvienne jusqu’au pouvoir central et mette fin à a corruption".

Pour lui, le mode de scrutin actuel et les arrangements partisans qu’il entraîne sont la source du mal qui a empêché la révolution tunisienne de 2011 de concrétiser ses objectifs : une société plus égalitaire, où chacun participe à la vie de la cité.

Réforme constitutionnelle

Interrogé sur la faisabilité d’une telle réforme constitutionnelle, alors que les élus tunisiens ont mis plus de deux ans à accoucher de la Constitution de 2014, compromis historique salué de par le monde, il a souligné qu’il commencerait par faire appliquer la Loi fondamentale actuelle.

Pas question de "vendre de l’illusion" et des "chimères". Il propose "des moyens juridiques (constitutionnels) qui permettront aux jeunes de réaliser leurs rêves et leurs aspirations, d’être des individus qui exercent leur souveraineté tous les jours", a déclaré Kais Saied à l’AFP peu après sa qualification mi-septembre.

Lors d’un débat télévisé, quand son rival Nabil Karoui a fait valoir que derrière ce candidat "intègre" il y avait des alliés peu recommandables, Saied a assuré : ce sont les "jeunes qui sont derrière moi", et ils ont un "vrai programme", sans détailler de proposition concrète.

Dépourvu de parti, il n’aura pas de bloc au Parlement pour relayer ses propositions. Mais il a assuré qu’il comptait utiliser les moyens légaux à sa disposition pour agir et proposer des lois, et "celui qui refuse assumera la responsabilité politique".

Par ailleurs, plusieurs blocs, dont le principal, celui du parti islamiste Ennahdha, lui ont apporté leur soutien.

Rôle social de l’Etat

Il a promis de renforcer le rôle social de l’Etat, notamment dans l’éducation et la santé, qui avaient fait la réussite de la Tunisie de Bourguiba, estimant selon son site officiel que "la couverture sociale et l’enseignement ne sont pas des produits commerciaux".

Parmi ses rares propositions, évoquées lors du débat vendredi, la création d’un Haut conseil de l’Education, pour gérer ce domaine en dehors des "humeurs" partisanes.

Ses positions conservatrices sur le plan sociétal, qu’il assume plus ouvertement que d’autres même s’il n’est pas seul à avoir dans la classe politique, lui ont valu des accusations d’être intégriste -- et même salafiste.

Ultraconservateur

M. Saied a mené une campagne low-cost, sans parti et orchestrée en grande partie par ses jeunes partisans, avec pour résultat une véritable surprise électorale lors de sa qualification au second tour avec 18,4%. Son discours politique n’a aucune référence religieuse, puisant essentiellement dans le droit.

"Il est effectivement ultraconservateur, mais il n’est pas islamiste, et il ne fait pas de ses convictions personnelles des questions prioritaires", expliquait récemment un ancien professeur de M. Saied, le constitutionnaliste Iyadh Ben Achour, au journal français La Croix.

Peu après le premier tour, il s’est voulu rassurant sur le sujet.

"Nous ne ferons pas marche arrière sur nos acquis en matière de libertés, en matière des droits des femmes", a dit cet universitaire, qui reste toutefois opposé aux principales avancées en discussion, dont l’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage.

IL défend également la peine de mort pour "préserver la paix sociale".

Il est contre l’emprisonnement des personnes en raison de leur homosexualité, tout en estimant que les libertés individuelles ne peuvent se vivre que dans l’intimité, pas dans la sphère publique, en raison des "valeurs intériorisées par la société tunisienne", selon sa page officielle.

Déclaration de Kais Saied, après sa victoire à l'élection présidentielle (arabe)

Traduction de Kais Saied, futur président de la Tunisie: "Nous travaillerons également à l'étranger pour les causes justes, à commencer par la cause palestinienne. J'aurais aimé avoir le drapeau palestinien à côté du drapeau tunisien."
- "Nous relèverons tous les défis, avec notre sang, notre sueur et notre volonté, surtout les défis économiques et sociaux, car le peuple tunisien attend des solutions dans ce domaine."

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