Tunisie: manifestations contre la venue du prince héritier d'Arabie Saoudite

Tunisie: mobilisations contre la venue du prince héritier d'Arabie Saoudite
Tunisie: mobilisations contre la venue du prince héritier d'Arabie Saoudite - © FETHI BELAID - AFP

Le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane, n’est pas le bienvenu en Tunisie, comme ont pu en témoigner ces dernières heures.

La société civile tunisienne n’a même pas attendu qu’il atterrisse à l’aéroport international de Tunis-Carthage mardi pour se mobiliser. Une première manifestation s’est tenue lundi en fin de journée sur l’Avenue Bourguiba, principale artère de la capitale. Une autre est prévue au moment où le Président tunisien, Béji Caïd Essebsi, s’entretiendra avec le prince héritier.

C’est la première tournée à l’étranger du prince héritier depuis le meurtre de Jamal Khashoggi dont il est soupçonné d’être le commanditaire. L’éditorialiste saoudien, critique du pouvoir, a été tué et démembré à l’intérieur même du consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul en Turquie le 2 octobre dernier.

Le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a d’ailleurs déployé sur l’entier du bâtiment qu’il occupe au centre-ville de Tunis une banderole affichant le prince de dos, une tronçonneuse à la main, avec ce slogan : "Non à la profanation de la Tunisie, terre de la révolution".

Lourd Passif

Pour les Tunisiens, même sans cette affaire, Mohammed Ben Salmane n’a rien à faire dans le pays. Quelques centaines de manifestants se sont rassemblés pour crier leur colère face à cette visite officielle. "Dégage ! On ne veut pas de ton argent sale", scandaient-ils. Allusion aux milliards de dollars investis ces dernières années par l’Arabie Saoudite en Tunisie.

Une femme a enfilé un niqab pour condamner ce régime rétrograde. Pour elle, Ben Salmane n’a rien à faire en Tunisie. Comme tout ce qu’il symbolise. "Est-ce que cet état respecte les droits de l’homme ? les droits des femmes ? Non, et non. On ne veut pas de leurs sales pétro dollars".

Autre grief, la guerre contre le Yémen menée par Riyad. Le conflit qui dure depuis plus de 3 ans a fait des dizaines de milliers de morts et a entraîné une famine dont la première victime est la population civile. Les Nations unies évoquent le chiffre de 85.000 enfants morts de faim. "C’est un criminel de guerre. Ben Salmane doit être jugé à La Haye, sa place est en prison", résume une autre manifestante.

Mais surtout, Tunisie et Arabie Saoudite ont un lourd passif, comme le rappelle la bannière de la SNJT. C’est la Tunisie qui a lancé ces révolutions que le régime saoudien craint tant. C’est aussi en Arabie Saoudite qu’est parti se réfugier en 2011 l’ex-dictateur Ben Ali, qui y vit depuis. "Qu’il y reste. Et le prince avec !", tel est le message de la société civile tunisienne mobilisée contre la visite de Mohammed Ben Salmane.

L'argent n'a pas d'odeur

Si la société civile condamne cette visite officielle du prince héritier, les autorités tunisiennes se refusent à lui fermer la porte. La présidence ne le dira pas aussi clairement, mais ce pragmatisme est résumé par un citoyen tunisien qui observe cela d’un œil dépassionné.

"Pourquoi se priverait-on de l’argent saoudien, nous, alors que nous sommes un pays pauvre ? Ce sont aux pays riches de le condamner. Nous, nous avons besoin de cet argent. Pourquoi devrait-on avoir une morale que les pays riches n’ont pas ?", a-t-il demandé.

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