Tunisie: le parquet fédéral belge ouvre sa propre enquête

Un membre des forces de sécurité tunisiennes monte la garde devant le musée Bardo de Tunis le 19 mars 2015
Un membre des forces de sécurité tunisiennes monte la garde devant le musée Bardo de Tunis le 19 mars 2015 - © Fethi Belaid

Alors que la photo du troisième terroriste a été diffusée, le parquet fédéral belge a annoncé avoir ouvert sa propre enquête après l'attentat sanglant contre des touristes à Tunis, revendiqué par le groupe terroriste État islamique (EI). Le Premier ministre tunisien Habib Essid a par ailleurs limogé le chef de la police de Tunis et celui du musée du Bardo après avoir constaté des "lacunes" dans la protection du quartier du musée.

Le parquet fédéral belge a ouvert sa propre enquête concernant l'attaque du musée du Bardo à Tunis, a-t-il annoncé lundi. Une Belge de 61 ans a été tuée dans cette attaque et son époux de 62 ans a été grièvement blessé.

Selon Het Laatste Nieuws qui s'est fié à une interview donnée par le secrétaire d'État à la Sûreté tunisienne à une télévision locale, l'un des suspects interpellés en Tunisie après l'attaque avait séjourné jusqu'il y a peu en Belgique.

Les premières images de l'intérieur du musée pendant l'attaque ont été diffusées dimanche. Elles révélaient l'existence d'un troisième terroriste. Il a à présent un nom et un visage, il s'agit de Maher Kaidi. Selon les services du premier ministre, il serait toujours en fuite.

Limogeages

Le Premier ministre tunisien "a effectué une visite hier soir (dans le quartier du musée) et il y a vu plusieurs lacunes. Il a ainsi décidé de limoger un certain nombre de responsables dont le chef de la police de Tunis et le chef de la police du Bardo", a indiqué à l'AFP Mofdi Mssedi, le chargé de la communication de Habib Essid.

Selon lui, le Premier ministre a effectué cette visite dans la nuit et a limogé au cours de ce déplacement les responsables policiers, dont les noms n'ont pas été précisés. Il a immédiatement nommé leurs successeurs.

Habib Essid, qui a lui-même été ministre de l'Intérieur en 2011 après la révolution, avait déjà admis que l'attaque contre le musée du Bardo avait mis en évidence des défaillances sécuritaires graves.

Vingt touristes étrangers et un policier tunisien ont été tués dans cette attaque revendiquée par le groupe terroriste État islamique (EI). Elle est la première à viser des étrangers en Tunisie depuis 2002.

Le pays a par ailleurs été une nouvelle fois endeuillé dimanche soir par la mort d'un militaire dans l'explosion d'une mine à la frontière avec l'Algérie, une zone où les forces armées tentent depuis fin 2012 de neutraliser - sans succès pour l'instant - un groupe lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), actif dans les massifs montagneux et forestiers de la région.

Un acte "symbolique"

Moins d'une semaine après l'attentat, les autorités prévoient la réouverture du musée mardi matin. Son conservateur, Moncef Ben Moussa, a évoqué un acte "symbolique": "C'est un défi mais c'est aussi un message (...), nous voulons dire qu'ils (les auteurs de l'attentat) n'ont pas atteint leur objectif".

Des internautes tunisiens ont lancé un appel à manifester devant le musée à cette occasion.

Autre manifestation prévue mardi, celle des organisateurs du Forum social mondial, la grande messe altermondialiste qui se tient du 24 au 28 mars à Tunis. Un défilé de milliers de personnes est prévu jusqu'au Bardo.

Quant à l'enquête, les autorités n'ont donné aucune nouvelle indication sur leurs avancées, alors que le président Béji Caïd Essebsi a évoqué dimanche, évasivement, la piste d'un troisième suspect, outre les deux jeunes tués par la police.

Jihadistes tunisiens: un phénomène "négligé"

Le musée, bien que mitoyen du Parlement, ne semblait pas faire l'objet d'une protection particulière selon les témoignages, et deux jeunes armés de Kalachnikovs ont pu pénétrer, semble-t-il sans mal, dans l'enceinte regroupant ces deux bâtiments.

Le chef du gouvernement Habib Essid est aussi revenu sur le phénomène des jeunes partant se former aux armes ou combattre en Syrie et en Irak mais aussi en Libye voisine comme les deux assaillants du Bardo.

"Le problème auquel nous devons faire face maintenant est la gestion du retour de ces gens-là. Ils reviennent aguerris et mieux formés et sont capables d’opérations comme celle de mercredi. C’est un problème sérieux", a-t-il remarqué, admettant que "pendant un certain temps, nous avons négligé ce phénomène".

Quelque 3000 Tunisiens sont partis en Syrie et en Irak. Des centaines se trouvent en Libye dans les rangs de groupe jihadistes comme EI, selon lui. Environ 500 seraient revenus en Tunisie.

Dans ce contexte, le parti islamiste Ennahda, membre de la coalition gouvernementale, a appelé le "gouvernement à présenter une loi antiterroriste et une autre, pour la protection de la police, à l'Assemblée des représentants du peuple". Ces textes sont attendus depuis des mois.

La Tunisie, déjà confrontée à de profondes difficultés économiques, craint que ces événements ne viennent mettre à mal la saison touristique, une source de revenus stratégique pour le pays.

"Notre pays traverse une crise économique grave, et la stratégie des terroristes est d’ajouter un problème de plus. Rater une saison touristique, c’est augmenter le nombre de chômeurs. Et les chômeurs et mécontents peuvent être de nouvelles recrues pour réaliser ce genre d’action", a relevé Habib Essid.

RTBF avec AFP

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