Tuerie en Haute-Savoie: la famille al-Hilli a été identifiée

Les quatre corps de la tuerie sont emmenés de Chevaline, dans les Alpes françaises, le 6 septembre 2012
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Les quatre corps de la tuerie sont emmenés de Chevaline, dans les Alpes françaises, le 6 septembre 2012 - © AFP / Philippe Desmazes

Le procureur a confirmé vendredi après-midi que la famille décimée était bien la famille de Saad al-Hilli. Une information judiciaire pour "assassinats" et une autre pour "tentatives d'assassinats" ont été ouvertes dans la matinée par le parquet d'Annecy. Beaucoup de questions demeurent face au peu de réponses et à l'énorme prudence de la justice française après la découverte de quatre corps sur un parking forestier dans le massif des Bauges, en Haute-Savoie.

Le procureur de la République d'Annecy, Eric Maillaud a confirmé vendredi après-midi, lors d'une conférence de presse, que les corps découverts dans la voiture à Chevaline en Haute-Savoie étaient bien ceux de Saad al-Hilli et de sa femme. Les fillettes de quatre et sept ans sont bien les filles de Saad al-Hilli. L'identité de la femme la plus âgée, de nationalité suédoise, n'est pas encore connue.

C'est le témoignage de la fillette de quatre ans, "terrorisée et cachée" sous les jambes de sa mère, qui a permis d'identifier la famille. Elle regagnera bientôt la Grande-Bretagne et sa famille, après, bien sûr, vérification par les enquêteurs britanniques. Sa soeur plus âgée sera entendue par les enquêteurs une fois "le feu vert" accordé par "les médecins". Elle aurait subi de violents coups à la tête.

Le procureur a refusé de donner des indications sur le(s) arme(s) ou le(s) tireur(s), "éléments de l'enquête". Il a néanmoins annoncé qu'un 4x4 vert avait été repéré par le premier témoin sur place.

Eric Maillaud a indiqué que les policiers britanniques pourront désormais pénétrer dans la maison des al-Hilli afin d'y recueillir des éléments ADN. Il a également précisé que Saad al-Hilli était "totalement inconnu de tous les services spécialisés" dans le terrorisme. Le procureur a ajouté que le frère de Saad al-Hilli s'était spontanément présenté à la police pour obtenir plus d'informations après avoir entendu l'annonce de la mort de son frère dans les médias. "Il sera entendu comme témoin."

Dès vendredi soir, quatre enquêteurs français seront présents en Angleterre afin de collaborer avec leurs homologues britanniques.

Une autre conférence de presse aura lieu samedi après-midi, selon le procureur.

Ouverture de deux informations judicaires

Le procureur de la République d'Annecy, Eric Maillaud a annoncé vendredi l'ouverture de deux informations judiciaires : l'une pour "assassinats" et l'autre pour "tentatives d'assassinats". En charge de l'affaire, les juges d'instruction Michel Mollin et Christine de Curraize.

"Nous avons également ouvert une information judiciaire pour "tentatives d'assassinats" sur les deux fillettes, car il y avait une volonté de tuer toutes les personnes vivantes", a précisé Eric Maillaud.

Ces informations judiciaires permettent "un cadre juridique plus facile pour collaborer avec les enquêteurs britanniques" selon le procureur. "Les juges d'instruction français sont en train d'envoyer une commission rogatoire internationale aux autorités judiciaires britanniques".

Un enquêteur français devrait partir pour Londres vendredi en début d'après-midi, d'après Eric Maillaud. Il y rencontrera ses homologues britanniques.

Dans la journée de vendredi, les autopsies des victimes, tuées par balle, seront réalisées. Ces autopsies pourraient indiquer s'il n'y avait qu'un ou plusieurs tueurs.

L'accès au lieu du drame a été rouvert au public vendredi.

La piste d'un litige d'argent

Entre autres pistes étudiées, les enquêteurs travaillent sur celle d'un litige d'argent entre le père de famille Saad al-Hilli et et son frère, d'après le procureur de la République d'Annecy. Le frère de la victime s'est présenté à la police britannique jeudi pour nier toute implication dans la tuerie.

Néanmoins, Eric Maillaud a demandé la plus grande prudence sur cette piste, car "passer d'un différend financier à un quadruple meurtre" constitue un grand écart. Par ailleurs, le parquet continue, à ce stade de l'enquête, d'explorer toutes les pistes, des "plus crapuleuses" au "drame familial".

De nombreuses douilles, provenant d'une arme type pistolet automatique, ont été retrouvées sur les lieux du drame. Un véhicule 4x4 aperçu par différents témoins retient également l'attention des enquêteurs.

La police du Surrey coopère avec la police française

Vendredi, la police du Surrey a confirmé coopérer à l'enquête sur la tuerie en Haute-Savoie. Les policiers n'ont toutefois pas détaillé précisément leur rôle, notamment à propos de la collecte d'ADN au domicile familial britannique des victimes présumées.

Un porte-parole de la police du Surrey a simplement déclaré : "Nous confirmons que nous assistons les autorités françaises dans leur enquête, mais toutes les questions relatives à l'enquête sont du ressort des autorités françaises". Les policiers britanniques se tenaient toujours près du domicile de la famille al-Hilli, perquisitionné jeudi.

De son côté, le parquet d'Annecy a annoncé vendredi matin qu'il allait envoyer une demande d'entraide aux autorités britanniques. Le parquet espère ainsi pouvoir identifier les victimes et récolter des indices sur la tuerie où quatre personnes ont perdu la vie.

"La demande d'entraide internationale partira officiellement ce matin, a annoncé vendredi le procureur de la République d'Annecy. Cette demande va permettre de procéder à la saisie de documents ou d'éléments permettant l'identification (brosse à dents, cheveux) au domicile britannique des victimes. On peut trouver dans la maison un certain nombre d'explications qui peuvent nous conduire sur la piste des tueurs".

Samedi ou dimanche, l'identification formelle des victimes à partir de leur ADN pourrait avoir lieu. Le procureur espère avoir les éléments dès samedi.

En visite à Londres, François Hollande ,le président français, a assuré que "tout sera fait pour retrouver le ou les coupables" du meurtre qui soulève "une très grande émotion en France et au Royaume-Uni", alors qu'il rencontrait David Cameron. Le premier ministre britannique s'est, lui, félicité de la "coopération très étroite avec les autorités françaises. Nous allons travailler ensemble et rester en contacts étroits". Il a jouté que "plus vite la lumière sera faite, mieux ce sera".

La fillette entendue

Jeudi soir, la fillette de quatre ans retrouvée miraculeusement sur les lieux de la tuerie en Haute-Savoie a été réentendue.

"Elle a été réentendue hier soir, sans beaucoup plus de détails, si ce n'est des cris, cette peur, cette volonté de se dissimuler", a raconté vendredi Eric Maillaud. Il a ajouté qu'il fallait "prendre avec une extrême prudence les déclarations d'une fillette traumatisée".

L'autre fillette de sept ans, sa soeur, retrouvée grièvement blessée au crâne  "a été réopérée, elle va bien", a indiqué le procureur. "Son état n'inspire plus trop d'inquiétude, elle est hors de danger."

Quelles certitudes ?

Les enquêteurs en sauront peut être un peu plus à la suite des autopsies des victimes.

Toute la presse, française et surtout britannique, en fait déjà le feuilleton de l'automne. Il faut dire que les circonstances de ces morts violentes sont bien mystérieuses: une voiture au moteur qui tourne sur un parking normalement assez fréquenté, trois corps à l'intérieur, un quatrième corps, un cycliste, couché près de la voiture.

Deux hommes, deux femmes, une certitude: trois des victimes ont reçu une balle en plein tête. Pas encore de certitude pour la plus jeune des femmes.

Deux fillettes, également. L'une battue et souffrant d'une blessure à l'épaule. L'autre indemne, découverte huit heures plus tard, prostrée dans la voiture.

Une certitude: le cycliste est français. Il habite la région et passait par là au mauvais moment. De promeneur il est devenu témoin.

Autre certitude: l'identité de l'homme dans la voiture, Saad al-Hilli, 50 ans, un Britannique d'origine irakienne. Il avait quitté son pays dans les années 70 et était domicilié dans la grande banlieue sud de Londres, dans le comté du Surrey.

En Grande-Bretagne, en revanche, les journalistes vont plus loin

C'est clair. Il s'agit d'une famille, père, mère et deux enfants. La deuxième femme serait la grand-mère. Un passeport suédois a aussi été découvert. Et puis il y a les conjectures sur le travail du père. Informaticien doué, il aurait pu travailler sur des dossiers sensibles mais rien n'est sûr. Tout est possible: car-jacking qui tourne mal, mauvaise rencontre ou alors préméditation.

La presse britannique a avancé les pistes les plus diverses, du vol de voiture ayant mal tourné à la piste terroriste d'al-Qaïda. Aucune de ces théories n'a été confirmée par les enquêteurs français.

Un seul élément clair: le ou les tueurs ont agi de sang-froid, il n'y a aucun impact de balle dans la carrosserie.

Pour le reste, c'est aussi touffu que cette forêt des Bauges.

Cécile Andrzejewski avec Michel Lagase, et agences

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