"Trump va être réélu en 2020, car il n'a pas d'opposant sérieux" estime Bruno Colmant

Les résultats des élections de mi-mandat (les "midterms") sont en train de tomber ce mercredi matin, avec deux tendances qui se dessinent : les Démocrates ont repris la main sur la Chambre des Représentants, alors que Trump et les Républicains renforcent leur majorité au Sénat.

Sur le plateau de Matin Première, Bruno Colmant, économiste belge et expert reconnu internationalement, a évoqué les conséquences de ces élections de mi-mandat.

Et malgré le fait que certains évoquent une défaite du président américain, à cause de la perte de la Chambre des représentants, ce n'est pas l'avis du professeur en finances. "Je ne pense pas du tout qu'il ait perdu les élections.(...) On a un Sénat qui sera plus républicain qu'auparavant, et aux États-Unis, ce qui importe, c'est le Sénat. Le Sénat, c'est 100 personnes, c'est-à-dire deux représentants par États. Et les Sénateurs, à l'image des Romains, sont élus pour six ans : donc c'est la partie stable du système. C'est ce sur quoi Trump comptait, et d'ailleurs il a fait campagne pour les sénateurs, et pas du tout pour les représentants."

"Trump cherchait le plébiscite, et s'il a pu être élu pour sa personne en 2016, aujourd'hui c'est un parti qui est en train de gagner. Son poids politique augmente. Ce n'est plus l'Amérique d'une personne contre l'état profond, mais c'est en fait un parti républicain qui l'a complètement adoubé, et qui a remarqué que chaque fois qu'il adoubait un candidat lui-même, et bien il était élu."

Une Amérique de plus en plus clivée

Bruno Colmant écarte toute possibilité de destitution, évoquant parmi les multiples raisons, la crainte d'une violence, les Démocrates prenant en compte la possibilité que "Trump pourrait appeler certains de ses partisans dans les rues, armés, ce qui conduirait à des situations d'éruptions de violence tout à fait incontrôlées. Non, Trump va terminer son mandat et est déjà candidat pour 2020".

Ces élections de mi-mandat ont aussi clairement montré le clivage grandissant de l'Amérique sous Trump. "L'Amérique est un pays violent, un pays armé : on compte 300 millions d'armes pour 367 millions d'habitants... Et aujourd'hui on voit un clivage très clair entre les zones côtières, plutôt démocrates, et l'Amérique dite profonde qui est restée républicaine, qui a fort souffert de la désindustrialisation. Il y a des plaies qui ne sont pas cicatrisées, et Trump a irrité les nerfs de l'Amérique profonde, à son bénéfice."


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"Pas de leader démocrate face à Trump en 2020"

"Les pouvoirs et contre-pouvoirs sont renforcés par ces élections, c'est un signe de vitalité démocratique. Les Démocrates apportent des candidats un peu étonnants, mais ils n'ont pas réussi à désigner un leader qui sera l'opposant de Trump aux présidentielles. C'est un peu l'opposition de l'Amérique blanche traditionnelle contre des minorités éparses qui est en train d'émerger, plutôt à la Chambre qu'au Sénat."

"Trump va être réélu en 2020 parce qu'il n'a pas de candidat sérieux face à lui" estime l'économiste.

Une Amérique en meilleure santé grâce à Obama

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L'économie américaine se porte-t-elle vraiment bien? Réponse en 6 points

L'économie américaine affiche des chiffres insolents: 4% de croissance au deuxième trimestre de 2018 avec un taux chômage à 3,9%. Mais la réalité derrière les chiffres est-elle aussi idyllique? Réponse en six points.

Mais cette reprise économique est tout de même une leçon pour les Européens, estime Bruno Colmant. "Quand la crise de 2008, Obama a compris tout de suite qu'il fallait injecter de l'argent public, ils ont imprimé de la monnaie, alors qu'en Europe on l'a fait seulement cinq à six ans plus tard, ce qui est une erreur historique. Et on a vu, alors que le taux de chômage était le même aux États-Unis et en Europe en 2011-2012, eux sont quasiment au plein-emploi alors que l'on stagne à 8% ici. Cet économie marche bien, mais ce n'est pas Trump qui a changé les choses. Il a créé un effet d'anticipation dans les marchés boursiers, avec ses baisses d'impôt, mais la réalité de la relance américaine, c'est Obama qui l'a lancée. J'ai été à New-York récemment, et on sent le plein emploi, l'économie tourne à plein régime."

"Toute la gestion américaine est une leçon pour l'Europe. Les Américains ont retenu de la crise de 1929 qu'il fallait absolument libérer le déficit budgétaire, affaiblir la monnaie. Nous, influencés par les Allemands, on a fait exactement le contraire, d'ailleurs le bilan de Merkel est assez mitigé."

Les Américains sont capables de rebondir très rapidement

Mais un nuage menaçant tout de même dans cette embellie économique : Trump creuse de manière spectaculaire la dette américaine. "C'est un des dangers, la dette augmente, le déficit budgétaire sera probablement de 5% l'année prochaine, et ça veut dire que les Américains vont avoir une dette trop importante." Mais l'économiste table sur la résilience de cet économie, "les Américains sont capables de rebondir très rapidement. Et contrairement à l'Europe qui doit absorber ses chocs économiques par du chômage, là-bas ce sera pas de l'inflation et par des taux d'intérêt. Mais l'inflation ce n'est pas grave si tout le monde travaille.

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