Trump sous le feu de critiques républicaines: "C'est encore tôt pour s'exprimer sur un infléchissement de l'électorat"

Elles commencent à devenir nombreuses, les critiques de hauts responsables et d’éminents membres du parti républicain, et même celles d’un prédécesseur à la Maison Blanche… Parfois très acerbes, elles visent la politique et la gestion de Donald Trump, quand elles ne s’en prennent pas directement à sa personnalité : "Il ment", a ainsi déclaré l’ancien secrétaire d'Etat de George W Bush, Colin Powell.

George W. Bush qui, lui, aurait affirmé qu’il ne voterait pas pour Trump en novembre prochain, prenant la même position que Mitt Romney, l’ancien candidat républicain à la présidence en 2002. La veuve de John Mc Cain, Cindy Mc Cain, a quant à elle assuré qu’elle voterait pour le démocrate Joe Biden…

Ces prises de position s’ajoutent aux jugements négatifs déjà portés par des haut gradés de l’armée américaine, comme Jim Mattis, par ailleurs ancien secrétaire d'Etat de l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Comment interpréter ces reproches ? Auront-ils un impact sur la réélection éventuelle de Donald Trump ? Sonnent-elles le glas de ses espoirs pour un second mandat ? Nous avons posé la question à Emilie Van Haute, professeure à l’ULB, et membre du Cevipol (Centre d’Etudes de la vie politique).

 

Les critiques de plusieurs grands noms républicains peuvent-elles faire du tort à Donald Trump ?

Emilie Van Haute : "Son audience première, ce sont ses électeurs, et les électeurs en général. Il faut interpréter ses actions par rapport à cette audience-là, plus que par rapport au parti républicain, pour lequel il n’a jamais eu une allégeance particulière.

Donald Trump joue sur la polarisation, et la polarisation, c’est ce qui l’a aidé aussi à arriver au pouvoir. Il continue donc à la nourrir pour pouvoir toujours surfer sur cette vague-là.

Par ailleurs, on peut voir dans toute une série de sondages que les électeurs qui s’identifient au parti républicain tendent encore à soutenir le président, même dans une large mesure. Il n’y a pas encore un vrai détachement de ces électeurs par rapport à lui, même si on voit que, petit à petit, une partie des élites du parti républicain peuvent, elles, changer d’avis".

Il y a eu pourtant un changement dans l’opinion, selon certains analystes américains et certains sondages…

E. VH. : "Oui, et en même temps la distance jusqu’aux élections est encore très longue. Beaucoup de choses peuvent se passer et il me semble que c’est encore tôt pour s’exprimer par rapport à un infléchissement éventuel.

On est plutôt sur un président qui cherche à nourrir une base, et qui cherche à maintenir cette polarisation qui, pour lui, dans sa perception d’organiser sa campagne, mais aussi dans sa manière de gouverner, est la ligne qu’il considère la plus appropriée".

Il y a eu des déclarations aussi de la part d’électeurs américains, constitués en groupe contre Trump, comme les Republican voters against Trump (RVAT, électeurs républicains contre Trump). Peuvent-ils convaincre ?

E. VH. : "L’électorat américain est constitué de nombreux sous-groupes et sous-communautés. Et c’est la même chose pour l’électorat républicain américain. Il s’agit (le RVAT, ndlr) d’un sous-groupe, mais qui n’est pas majoritaire.

Par ailleurs le groupe qui préfigure l’enjeu principal des deux candidats, c’est celui des indécis, des indéfinis, des non-identifiés aux deux partis. Et ce sont eux qui feront la différence. De la même manière, c’est la mobilisation des électorats, qu’ils soient républicains ou démocrates qui fera la différence.

Et c’est en polarisant que Trump essaie de mobiliser les électeurs. Et je pense qu’il y a encore une combinaison de facteurs qui doivent se mettre en place avant le scrutin".

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