Un Trump de plus en plus populaire aux États-Unis et de moins en moins apprécié dans le reste du monde

 Donald Trump fait entendre une politique rugueuse et favorable aux intérêts américains.
Donald Trump fait entendre une politique rugueuse et favorable aux intérêts américains. - © SAUL LOEB - AFP

Aux États-Unis, Donald Trump a plutôt le vent en poupe. Avec une cote de popularité qui frise les 45%, un record depuis son élection, il récolte le soutien de près de la moitié des Américains.

Ailleurs, c’est autre chose : durant sa tournée européenne mi-juillet, le président américain s’est attiré les foudres d'une part importante de la communauté internationale, et parfois même de son propre camp. Et pour cause : multiplication des invectives à l’égard des États partenaires lors du sommet de l’OTAN où il a joué les trouble-fête, violentes diatribes contre Theresa May ou encore Angela Merkel, sans oublier la rencontre d’Helsinki où la "soumission" de Trump à Poutine a été jugée humiliante par la classe politique américaine et a suscité une vague d’indignation occidentale. 

Comment la quasi-moitié des Américains peut-elle pardonner à un président qui selon certains ternit l’image du pays et nuit à son rayonnement à travers le monde ? Explications avec Romain Huret, historien spécialiste de l’histoire des États-Unis du XXème siècle, directeur d’études de l’EHESS et membre du Centre d’Etudes nord-américaines (CENA) de l’EHESS.

"L’économie d’abord, imbécile!"

Plus l’Europe et le monde le haïssent, plus il est apprécié dans son propre pays. Cette contradiction révèle en fait le clivage qui sépare l’élite américaine du reste de la population. Il existe donc deux Amérique : la première se compose entre autres de l’establishment et des médias, et veille scrupuleusement au rayonnement des États-Unis et à leur leadership sur la scène internationale, car elle est généralement moins touchée par les aléas économiques.

La seconde se sent peu concernée par la politique extérieure de Trump, qui inquiète surtout l'élite, car son intérêt se porte ailleurs : un taux de chômage inférieur à 4%, le plus bas depuis 2000, et une croissance à 4,1%, un chiffre record - des résultats dont le président américain n'est pas entièrement responsable - la satisfont amplement. Cette seconde Amérique a souvent souffert de la délocalisation des industries dans les pays à main-d’œuvre bon marché. Or Trump a promis de redonner du travail aux Américains, par tous les moyens possibles : mesures protectionnistes, relance de l’industrie charbonnière… de quoi contenter son électorat et le fidéliser, malgré ses écarts.

Romain Huret le souligne : "Ce qui est intéressant, c’est la solidité de la base Trump. Son électorat ne regrette pas son vote et lui pardonne ses excès de langage. Les bons résultats du chômage l’aideront à démontrer que cette stratégie fonctionne, même si elle peut heurter certaines élites." Finalement, la politique de Trump rappelle le message que Bill Clinton avait affiché dans son bureau : "L’économie d’abord, imbécile !" La santé de l’économie, voilà le premier souci des électeurs américains.

"Trump s’occupe de politique extérieure, mais à sa manière" 

À ceux qui considèrent que Trump se contente d’assurer la prospérité des États-Unis mais fait peu de cas des relations extérieures, en témoignent sa relative méconnaissance des dossiers internationaux et son manque de tact – volontaire – lors des rencontres diplomatiques internationales, Romain Huret répond : "Trump s’occupe de politique extérieure, mais à sa manière. Cette politique brutale séduit son électorat conservateur qui ne supporte plus la langue de bois diplomatique. Chaque jour, dans ses tweets, Trump fait entendre une politique rugueuse et favorable aux intérêts américains. Le maintien de sa popularité s’explique aussi par l’impression qu’il donne de placer l’Amérique, et l’Amérique seule, au centre de son combat quotidien."

Il existe donc bien une politique extérieure du président Trump, elle s’inscrit d’ailleurs à certains égards dans l’héritage de son prédécesseur. En effet, avant lui, Barack Obama menait déjà une politique de repli et avait tenté de mettre en place un "multilatéralisme raisonné", après l’unilatéralisme forcené des années Bush. À la différence près que Trump adopte une politique commerciale et militaire très unilatérale. Et choisit des méthodes plus radicales.

Trump, erreur historique ou tendance plus profonde?

On l’a souvent entendu et on continue de l’entendre chez nombre d’Européens et de démocrates : Trump serait une erreur historique et finira pas être réduit au statut d’anecdote dans l’histoire de la présidence américaine. Mais il est probable qu’il en soit autrement et que son élection, puis sa popularité croissante, reflètent une tendance plus profonde : le mal-être de cette seconde Amérique qui est perdante au jeu de la mondialisation et se sent déclassée, mais à qui le président américain donne enfin de la voix.

Pendant la campagne présidentielle américaine, Romain Huret a fait partie de ceux qui ont pris Trump au sérieux : "Il n’est en rien un accident historique. Qu’il nous déplaise est une chose. Qu’il dise des choses importantes sur les États-Unis en est une autre. Nous n’avons pas fini d’analyser le phénomène Trump."

Certains évoquent déjà une victoire aux élections de mi-mandat en novembre prochain, voire une réélection à la présidentielle de 2020. Cependant, si les indicateurs économiques américains sont au beau fixe, la rigueur méthodologique exige de les prendre avec précaution et pour ce qu’ils sont : des chiffres temporaires, susceptibles d’évoluer.

D’autant plus que la série de mesures que Trump a déjà appliquées ou simplement annoncées - parmi lesquelles les tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium, les taxes douanières sur le secteur automobile ou encore le possible retrait unilatéral de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) - pourrait hautement pénaliser l'économie américaine et menacer jusqu’à 2,6 millions d’emplois.

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