Trump au pied du Mur: une promesse de campagne qui paralyse l'Amérique

Les Etats-Unis entrent aujourd'hui dans leur deuxième mois de "shutdown". Si les administrations américaines doivent fermer partiellement faute de financement, c'est à cause du bras de fer entre le président et le Parlement autour de la construction du mur anti-immigration. Ce mur était une des promesses phares de la campagne de Donald Trump. Et depuis deux ans qu'il est président, il ne cesse de marteler l'utilité de ce mur. 

Des barbelés sur le Rio Grande

Actuellement, il n'y a qu'un tiers de la frontière sud des Etats-Unis fermé par des barrières. Objectif : contrôler l'immigration. En tout cas, c'est le prétexte, et cela a toujours été ainsi dans l'histoire américaine.

Depuis la fixation définitive de la frontière avec le Mexique en 1848, c'est le motif pour ériger des barrières sur ce tracé.

Des morceaux de barrière, tout d'abord. Une simple clôture en 1911 pour empêcher le bétail mexicain de circuler et de propager des parasites.

Des murs ensuite. Pas pour empêcher les Mexicains de venir aux Etats-Unis. Au contraire, dans les années 1940, ils sont les bienvenus pour travailler dans l'agriculture et le chemin de fer. Mais le programme de recrutement ne vise que les hommes jeunes et en bonne santé. Alors on construit des murs pour empêcher les femmes de passer...

Après 1964, le gouvernement met fin aux programmes et doit lutter contre ce qu'il commence à appeler le "problème de l'immigration"... Progressivement à partir de 1979, des portions de barrières de barbelés sont érigées. Sous les présidences de Carter, Clinton et Obama, notamment, trois démocrates. Mais c'est sous George W Bush que le plus grand tronçon sera construit : 1000 km de clôture.

Promesse de campagne

 

Compléter et renforcer cette barrière sur les 3200 km que fait la frontière du Pacifique au Golfe du Mexique, ce n'est pas si simple. D'abord à cause de la géographie: d'un côté en Arizona et au Nouveau Mexique, c'est la montagne où il est parfois impossible de bâtir un mur. De l'autre côté au Texas, c'est le Rio Grande. Là, il a déjà fallu construire les barrières en retrait des rives. 

De plus, il y a un problème d'appropriation des terrains. Les structures qui existent déjà sont établies sur des terres fédérales. Mais le reste, les deux tiers, appartient à des privés et cela prendrait des années pour les exproprier.

Et donc, Donald Trump a déjà décidé de ne pas tout réaliser, de revoir ses ambitions à la baisse et de ne construire que sur la moitié du tracé frontalier. 1600 km au lieu de 3200. Et enfin de se rabattre sur une barrière en acier au lieu d'un mur en béton.

Blocage et sortie de crise

Le shutdown s'explique par le coût sous-estimé par Trump qui en plus qui voulait faire payer le mur par le Mexique, un slogan qui ne tient pas la route. C'est le contribuable qui va devoir payer. Et c'est la première facture de près de 6 milliards de dollars que la Chambre des représentants où les démocrates sont majoritaires refuse à Donald Trump. C'est cela qui provoque le shutdown actuel. Une impasse politique, avec des conséquences pour la population et désastreuse pour l'économie américaine.

Alors quelles sont les pistes de sortie de crise ? Les scénarios sont multiples, explique Amine Aït-Chaalal, professeur de relations internationales à l'UCL : "Il faut sortir de l'impasse sans qu'aucun des protagonistes ne perde la face. Cette situation de shutdown devient très nuisible pour la population et pour l'économie. Ce mur qui est souhaité ou exigé par le président Trump ne fait pas consensus. (...)  Il y a des pistes : le renforcement des mesures de sécurité, de nouveaux dispositifs de contrôle aux frontières, une politique d'immigration rénovée. Les pistes sont donc nombreuses mais il faut qu'elles soient pragmatiques et non dogmatiques, qu'elles soient lucides, efficaces et réalistes et non pas strictement politiciennes, démagogiques et idéologiques".

On devrait donc aller vers un compromis, fait de concessions mutuelles, nécessaire pour sortir de l'impasse. Surtout à l'heure de commémorer en novembre 2019 la chute du Mur de Berlin, ajoute le professeur Aït-Chaalal : "La construction de murs n'est sans doute pas le symbole le plus fort d'une démocratie forte et pleinement assumée surtout quand on se réfère à l'histoire".

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