Trump a-t-il dit en 1998 : "Si je devais me présenter en politique, ce serait pour les républicains. Ce sont les électeurs les plus stupides" ?

La copie d’une coupure de presse qui date de 1998 connaît un immense succès populaire sur la toile ces derniers jours. Dans cette capture d’écran, on peut y lire une citation issue d’une interview de Donald Trump à "People Magazine" dans laquelle il y affirme notamment que les républicains "sont le groupe le plus stupide d’électeurs dans le pays" insinuant qu'il pourrait ainsi facilement les manipuler.

Mais ces déclarations attribuées à celui qui est devenu le président des États-Unis n’ont pu être retrouvées nulle part. Il s’agit selon toute vraisemblance d’une fake news, un "faux" comme l’indique le site de fact checking américain Snopes qui a mené l’enquête et est revenu sur la naissance de l’engagement de Donald Trump en politique.

Capture d’écran d’une prétendue coupure de presse

L’image a les apparences d’une capture d’écran d’un commentaire publié sur les réseaux sociaux. Le commentaire en anglais indique : "Regardez ce que j’ai trouvé, il n’aurait pas pu mieux le dire lui-même…..", en dessous du commentaire on découvre ce qui ressemble à une photo d’une coupure de presse en noir et blanc.


►►► Vous voulez vérifier une info ou consulter les derniers articles de fact checking ? : Rendez-vous sur Faky, la plateforme de la RTBF pour lutter contre la désinformation


La photo d’un Donald Trump plus jeune et en costume (dans le style des années '90) et puis une citation que l’on peut traduire comme ceci : "Si je devais me présenter (en politique), je me présenterais comme républicain. Ils sont le groupe d’électeurs le plus stupide de ce pays. Ils croient tout (ce que raconte) Fox News. Je pourrais mentir et ils avaleraient (toujours) tout. Je parie que mes scores seraient incroyables."

Sous la citation, le nom de Donald Trump, puis la source et l’année : "People Magazine, 1998".

L’enquête du site de fact checking Snopes

Cette image qui a été publiée le 12 mai a été partagée sur plusieurs groupes Facebook et "likée" par près de deux millions d’utilisateurs en quelques jours. Mais ce n’est pas la première fois qu’elle fait son apparition.

Snopes, le site américain de fact checking qui existe depuis 1995, s’est penché sur la question lorsqu’un poste similaire a commencé à circuler en octobre… 2015.

À cette époque Snopes a passé au peigne fin ses volumineuses archives et n’a pas trouvé une seule interview où le milliardaire avait tenu ces propos, même si Trump est apparu assez régulièrement dans les publications du magazine People pendant l’année 1998, période de laquelle daterait la déclaration.

Par ailleurs la citation apparemment fallacieuse se distingue aussi par sa prétendue référence à Fox News en 1998 ce qui pose questions.

En effet, si "la chaîne Fox News a été lancée sur les principaux marchés américains de l’information entre 1996 et 2000 (ce qui n’est donc pas entièrement déplacé chronologiquement pour une citation datant de 1998), le réseau Fox n’était pas aussi important, ni aussi largement diffusé, qu’avant l’élection de George W. Bush en 2000, les attaques du 11 septembre 2001 ou le début de la guerre en Irak en 2003", ajoute Snopes.

null

null

"L’image ci-dessus et la citation attribuée à Donald Trump ont commencé à apparaître dans notre boîte de réception à la mi-octobre 2015", indique le site spécialisé dans le "debunking" de fausses informations. Pour Kim Lacapria qui a mené l’enquête, "le format est facilement reconnaissable, c’est le même que celui dans lequel des mots douteux ou offensants sont attribués à la personne représentée.

Le journaliste indique avoir consulté les archives complètes du contenu en ligne de People, et n’avoir retrouvé aucune interview de Donald Trump datant de 1998 (ou de toute autre époque) reprenant les propos, "même vaguement" qui lui sont attribués.

Donald Trump est apparu assez régulièrement dans les pages du "People Magazine" avant qu’il ne devienne la vedette de The Apprentice, l’émission de téléréalité diffusée en 2004 et "qui a fait entrer Donald Trump dans les foyers américains". La majeure partie de la couverture médiatique que le magazine a faite de lui avant cela était centrée sur ses mariages et ses divorces avec Ivana Trump et Marla Maples.

Le milliardaire Trump et la politique avant qu’il ne se lance

Mais les prises de position politiques de Trump (ou leur absence) ont cependant occupé une certaine place dans les pages du magazine.

Par exemple, dès décembre 1987 une publication intitulée "Too Darn Rich" (trop riche) faisait la chronique des affirmations ultérieures de Trump selon lesquelles il avait été courtisé à la fois par des démocrates et des républicains.

Dans cette publication, on peut lire que le président de la Chambre des représentants de l’époque, Jim Wright, avait conduit une délégation au bureau de Trump, lui demandant de présider une importante collecte de fonds pour le parti démocrate. Trump est républicain mais a sérieusement envisagé cette invitation avant de céder aux pressions de ses amis du GOP (Great Olfd Party, le parti républicain) et d’éconduire ses prétendants démocrates. Beryl Anthony Jr, le membre du Congrès de l’Arkansas qui a approché Trump, a été déçu. "Il ne fait aucun doute qu’il subissait beaucoup de pressions de la part des républicains", a déclaré Anthony à un journaliste. "Cela lui aurait donné l’opportunité de voir si son tempérament est suffisant, s’il pouvait résister à l’examen."

En 1988, Trump s’était lancé dans une diatribe politique passionnée lors d’une émission du talk-show d’Oprah Winfrey, diatribe conclue en disant qu’il ne se serait "probablement" jamais candidat.

En 1998, l’engagement en politique de Trump est vraiment amorcé

Mais en 1998 (l’année où la citation en question aurait été publiée dans People), l’engagement politique de M. Trump a pris une orientation quelque peu différente. Les archives d’un quotidien révèlent ceci : "Selon mes informations, Donald Trump a récolté environ un million de dollars pour la campagne de Bush et le Parti républicain", a déclaré le sénateur Steven Geller, président du Conseil national des législateurs des États du jeu. "J’ai entendu de trop nombreuses sources, y compris des lobbyistes républicains, et bien que M. Bush le nie, l’accord (pour autoriser les casinos indiens en Floride) a été conclu", a déclaré M. Geller.

C’est en octobre 1999, que Donald Trump semble commencé à s’intéresser encore plus sérieusement à la politique en annonçant sur CNN, Larry King Live, qu’il formait un comité exploratoire avec l’intention de se présenter à la présidence.

"J’ai ma carte au parti républicain. Je suis un type assez conservateur. Je suis assez libéral sur les questions sociales, en particulier la santé, etc., mais je quitterais un autre parti, et j’ai été proche de ce parti… Je pense que personne n’appréhende vraiment bien les choses. Les démocrates sont trop à gauche. Je veux dire, Bill Bradley, c’est sérieusement à gauche ; il essaie de venir un peu plus au centre, mais il est sérieusement à gauche. Les Républicains sont trop à droite. Et je ne pense pas que quelqu’un touche la corde sensible, ni celle que je veux entendre, ni celle que les autres veulent entendre, et je l’ai vu".

L’homme qui a contribué à rendre le terme "fake news" populaire

L’histoire nous apprendra que c’est bien aux côtés des républicains que le milliardaire allait s’engager à la course à investiture présidentielle en 2015. Pour ensuite, un petit peu à la surprise générale, devenir le 45e président des États-Unis d’Amérique en 2016 en écartant de sa route la candidate démocrate Hillary Clinton dans une campagne ou la désinformation a joué un rôle important.


►►► À lire aussi : "Fake news": l’expression favorite de Donald Trump a plusieurs définitions (vidéo)


Aujourd’hui, ce sont des déclarations fabriquées qui refont surface alors que le président républicain est régulièrement accusé, depuis sa prise de pouvoir, de propager des fake news. Et qu’il a pris l’habitude d’affubler certains médias considérés comme hostiles, comme le Washington Post, le New York Times ou CNN de cette locution qu’il a lui-même contribué à rendre "populaire".

Donald Trump a tout récemment affirmé prendre de la chloriquine, ce qui suscite une nouvelle polémique (JT 13h de ce mardi)