Trois questions à Hubert Védrine: que changent les attentats de Paris pour la Syrie

Les événements parisiens du 13 novembre dernier auront aussi un impact sur les opérations militaires en cours pour le moment en Irak et en Syrie. C'est en tous cas l'avis de Hubert Védrine, ancien conseiller de François Mitterrand et ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Lionel Jospin de 1997 à 2002.

"Ça ne change pas immédiatement les choses sur le terrain, par contre, ces énormes attentats et puis leur impact peuvent accélérer un processus d'élaboration d'une grande coalition dont le président Poutine avait lancé l'idée quand il avait été à l'ONU mais à ce moment là les occidentaux n'avaient pas été prêts à l'entendre pour différentes raisons. Et ça pourrait amener certains pays qui sont des éléments clé de la coalition à bouger et à surmonter leurs désaccords de principe et à rechercher la possibilité de cette grande coalition qui est très compliquée à mettre en œuvre puisqu'il faudrait additionner les États-Unis, la Russie, la France, tous les pays européens qui le voudront, la Turquie, l'Iran, l'Arabie, d'autres pays arabes, etc. En même temps, on voit que s'il n'y a pas cette grande coalition, aussi bien politique que militaire, on restera dans une situation entre deux où le système Daech sera endigué par les bombardements mais pas neutralisé".

Mais les acteurs de cette coalition ne poursuivent pas les mêmes intérêts

"On arrive à un stade où il est plus dangereux pour les éventuels coalisés de ne rien faire qu'il n'est compliqué de se coaliser. Évidemment, cela suppose que les pays bougent. Que les États-Unis s'engagent un peu plus, que la Fran,ce ne fasse plus du départ d'Assad un préalable absolu. Ça, la France a déjà bougé. Que Poutine accepte de frapper pas que sur les autres adversaire d'Assad mais également sur Daech. Que l'Iran accepte de donner des garanties sur ce que serait le régime irakien après la victoire éventuelle sur Daech. Que la Turquie sorte de son jeu ambigu qu'elle avait jusqu'à maintenant".

L'abandon du départ d'Assad comme préalable n'est-il pas une victoire des Russes?

"Vouloir le départ d'Assad sans avoir le moyen de l'obtenir est une position trop théorique. Il faut bien tenir comte de la réalité. Les Occidentaux ne peuvent plus tenir la Russie pour une quantité négligeable donc, ils ont du bouger par rapport à ça. Mais la Russie va devoir bouger. Aussi bien dans ses objectifs militaires que dans ses objectifs politiques. Donc tous les pays participants vont devoir bouger. Et il n'y a pas de camp fixe ou stable. C'est une dynamique. Ça fonctionnera si les coalisés arrivent à se mettre d'accord sur ce que doit être le régime irakien dans l'avenir. Donc quelles garanties pour les Sunnites en Irak et quel doit être le régime syrien après. Et d'ailleurs, à un moment donné, le maintien d'Assad apparaîtra comme secondaire pour les Russes et les Iraniens. Quand ils auront réussi, dans un accord, à faire reconnaître leurs intérêts, à eux, en Syrie. Donc, il faut voir cela de manière dynamique et pas seulement le point de départ où nous sommes".

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