Trois prétendants pour le poste de président en République démocratique du Congo

Portait du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001
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Portait du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 - © JOHN WESSELS - AFP

Malgré l’incendie d’un grand entrepôt de matériel électoral le 13 décembre à Kinshasa et les difficultés logistiques rencontrées dans l’organisation du scrutin, les autorités affirment que les élections se tiendront bien ce dimanche 23 décembre.

Au total, 21 candidats sont en course pour la succession du président Joseph Kabila qui ne peut briguer un troisième mandat, interdit par la Constitution. Sur ces 21 prétendants, trois ont une assise politique et/ou populaire importante : le dauphin de la majorité parrainé par le président sortant Kabila, Ramazani Shadary, et les principaux candidats de l'opposition divisée, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu.

Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin

Ramazani Shadary, 57 ans, a été désigné par Joseph Kabila pour représenter la coalition de la majorité actuellement au pouvoir, le Front commun pour le Congo (FCC). Natif de la province du Maniema, dans l'est, il a été ministre de l'Intérieur entre décembre 2016 et février 2018.

Avantages

  • Avec une candidature annoncée au mois d’août, il a pu lancer sa campagne alors que l’opposition n’était pas encore en ordre de marche.
  • Il est poussé par la machine et par les moyens financiers du pouvoir. Il bénéficie par exemple d’une grande visibilité dans les médias d’Etat et il est appuyé par le président, les ministres, les gouverneurs, les maires et même les chefs de village nommés par le pouvoir.

Désavantages

  • Dauphin de Joseph Kabila, il doit endosser le bilan du président sortant alors que le pays n’a pas retrouvé la paix, notamment à l’est, et tarde à se développer malgré les immenses richesses de son sous-sol. L’appareil étatique qui pousse Ramazani Sahadary est mal perçu par une partie au moins de l’électorat.
  • Il est sanctionné par l'Union européenne qui le considère comme un des responsables d’une "violente répression" de manifestations début 2017 à Kinshasa et d'un "usage disproportionné de la force" au Kasaï, dans le centre du pays.

Martin Fayulu, l’opposition dure

Martin Fayulu, 62 ans, est le candidat de la coalition Lamuka ("réveille-toi" en lingala). Originaire de l'ex-province du Bandundu dans l'ouest, il est propriétaire d’un hôtel à Kinshasa. C’est un ancien cadre du secteur pétrolier formé en France et aux États-Unis.

Avantages

  • Il s'est mobilisé contre un troisième mandat du président Joseph Kabila et contre la machine à voter. Il a manifesté en première ligne et a bravé les forces de sécurité. Il n’a jamais participé au pouvoir. Aux yeux des anti-Kabila, il bénéficie d’une image d’homme intransigeant qui n’a pas été entaché par des affaires de corruption.
  • Il peut compter sur les soutiens de deux autres opposants : Moïse Katumbi, ex-gouverneur du Katanga, populaire à l'est et Jean Pierre Bemba, ex-chef de guerre et vice-président, un homme de l'ouest.

Désavantages

  • Désigné au départ comme candidat commun de l'opposition, il a finalement perdu l’appui de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe.
  • Il affirme avoir été plusieurs fois bloqué dans sa campagne. Les autorités auraient par exemple empêché son avion d’atterrir à Kindu, dans le Maniema, fief du candidat du pouvoir.

Félix Tshisekedi, le nom du père

Felix Tshisekedi, 55 ans, est le président et le candidat de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), fondée par son père, l'opposant historique Etienne Tshisekedi, décédé à Bruxelles le 1er février 2017. Ses bastions se trouvent à l'ouest (Kasaï et Kinshasa).

Avantages

  • Son nom, Tshisekedi, est connu de tous.
  • Il est soutenu par Vital Kamerhe, un ancien président de l'Assemblée nationale, originaire de Bukavu (Sud-Kivu, à l'est). Ce sera son Premier ministre en cas de victoire. Les deux hommes se présentent d’ailleurs "en ticket".

Désavantages

  • Ses détracteurs mettent en doute la validité de ses diplômes. Ils lui reprochent également de n'avoir jamais exercé une fonction de responsabilité ou de gestion.
  • Un article publié dans l'hebdomadaire français Le Point fin octobre affirmait que Félix Tshisekedi "négocie avec le pouvoir en place". D'autres sources parlent même d'un accord entre l'héritier du parti historique d'opposition et le président Kabila.

L’analyse du politologue

"Sur le terrain, on est en train d’assister à un 'tsunami Fayulu', commente Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l'université de Liège. Il reçoit l’appui de la population dans les grandes zones de l’est et de l’ouest du Congo. Je ne vois pas comment il pourrait être battu."

"Mais le régime n’organise pas les élections pour les perdre et il met en place une série de mécanismes pour obtenir les résultats attendus. Les institutions qui organisent et qui contrôlent les élections sont aux mains du pouvoir. Les résultats publiés pourraient ne pas être ceux des urnes."

"Il risque d’y avoir la logique de l’électorat congolais d’un côté et, de l’autre côté, la logique de l’appareil de l’Etat. Compte tenu de cette situation, on peut craindre une période de troubles et de violences après les élections."

Les inquiétudes de la communauté internationale

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme a dénoncé mi-décembre des violences commises à l'égard des candidats de l'opposition et appelé les autorités à faire respecter le droit à la liberté d'expression.

"Je suis très inquiète au sujet d'informations faisant état d'un usage excessif de la force, y compris de balles réelles, par les forces de sécurité contre des réunions de l'opposition." Ce lundi, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, répétait au micro de la RTBF son souhait d’élections "crédibles et transparentes".

Il ajoutait : "On a toujours des doutes aujourd’hui parce qu’il y a eu beaucoup de violences, notamment à l’égard du candidat de l’opposition […] et ce sera aux Congolais de nous dire si ces élections sont réellement crédibles et peuvent être reconnues".

Déjà deux fois reporté, le scrutin présidentiel doit en théorie conduire le pays vers une première transmission pacifique du pouvoir depuis son indépendance le 30 juin 1960 de la Belgique.

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