Tripoli: l'université attend le retour des étudiants combattants

Dans le hall d'entrée du département d'ingénierie, Abdou Raouf, étudiant en géophysique, peint une fresque murale à la gloire de la "Libye libre" en écoutant du hard rock, sous l'oeil amusé de ses professeurs.

"On peut enfin s'exprimer librement, être soi-même au lieu d'avoir peur", sourit ce Libyen de 23 ans, bandana dans les cheveux.

Asm Al Jabri, 20 ans, s'apprête, elle, à entamer sa première année de droit. "Je veux être juge pour aider à construire la Libye nouvelle", lance-t-elle.

Sur ce campus qui accueille quelque 80.000 étudiants, les signes du changement sont partout. Premier symbole, l'université de Tripoli a repris le nom de la capitale libyenne, en lieu et place de "Fateh", référence à l'arrivée au pouvoir du dirigeant déchu Mouammar Kadhafi.

Disparus les drapeaux verts de l'ancien régime au profit des couleurs de la Libye nouvelle. Sur les panneaux d'affichage s'étalent d'insultantes caricatures du "Guide" en fuite, dont les portraits officiels servent désormais de paillassons à l'entrée des salles de classe.

Un nouveau doyen a été nommé pour remplacer un apparatchik de l'ancien pouvoir. Le contenu des enseignements, lui aussi, promet de changer. L'apprentissage des préceptes du Livre vert du colonel Kadhafi, autrefois obligatoire, ne figure plus au programme. "Nous devions enseigner que Kadhafi était le meilleur dirigeant du monde, qu'il était le roi parmi les rois d'Afrique... C'est fini, je suis tellement heureux", confie, soulagé, Hatim Gweri, professeur d'économie, une liberté de ton qui lui aurait coûté cher il y a encore six mois.

Pendant le règne de Mouammar Kadhafi, le personnel universitaire était étroitement surveillé par les comités révolutionnaires chargés de contrôler leur loyauté au leader. Dans les années 1970 et 1980, les dissidents étaient pendus sur le campus.

Les derniers soubresauts du régime Kadhafi ont aussi laissé des traces. Devant plusieurs bâtiments universitaires, des posters géants reproduisent le visage d'étudiants tombés pendant le soulèvement.

Nombre d'autres ont pris les armes pour soutenir la rébellion et ne sont pas encore rentrés.

"On devrait reprendre les cours d'ici une semaine", mais "beaucoup de jeunes sont encore au front", à Syrte ou Bani Walid, les deux derniers bastions pro-Kadhafi, confirme Mohamed Ali Wafa, professeur d'architecture.

"On ne veut pas rentrer en classe avant la libération de tout le pays et le retour de tous les étudiants et professeurs qui sont partis se battre", martèle Sourour Ekari, 19 ans, yeux fardés de khôl et tête couverte d'un gracieux foulard rose.

Une pétition en ce sens a déjà recueilli un millier de signatures.

D'autres étudiants espèrent surtout que ces combattants bénéficieront du meilleur accueil, pour oublier les violences et se réadapter.

"Quand les rebelles reviendront, ils seront fatigués, ils devront apprendre à vivre sans armes... L'université devrait leur offrir un programme de soutien", suggère Sara Rachid, 22 ans.

Non loin d'elle, un groupe de jeunes filles gonfle gaiement des ballons colorés. Demain, à leur initiative aura lieu une kermesse, destinée à récolter des fonds pour leurs camarades blessés sur le front.

AFP

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