Trésor, la star congolaise qui a éclos en Afrique du Sud

Trésor Riziki a dû traverser une rivière infestée de crocodiles et passer dans un tunnel souterrain, avec des clandestins mozambicains, pour arriver en Afrique du Sud. Aujourd’hui, c’est une star dans le pays.

"Le voyage depuis Goma a duré deux mois, raconte le musicien congolais. On m’a volé mon passeport et mon argent. Ce fut éprouvant et formatif." Trésor Riziki a signé le contrat le plus lucratif en Afrique du Sud avec une maison de disques. Parmi ses quatre albums sortis depuis 2015, trois ont été couronnés par son pays d’adoption comme les "meilleurs disques pop de l’année". Étonnant dans un pays connu pour son "afrophobie" : les attaques – parfois meurtrières – sont fréquentes contre les quelque 3,6 millions de migrants africains (surtout venus des pays voisins).

Trésor, l’un des 250.000 Congolais installés comme réfugiés politiques à la pointe sud du continent, est un exemple de réussite. Lui-même n’a pas été victime de violences. "Mais certains demandent sur les médias sociaux pourquoi un musicien étranger remporte des prix en Afrique du Sud. Cela ne me perturbe pas, parce que la majorité des Sud-Africains sont accueillants, mais le gouvernement devrait souligner l’apport économique des migrants qui créent des emplois." Or, une nouvelle loi en discussion va restreindre le droit au travail des demandeurs d’asile.

"Goma était trop petit pour accomplir mes rêves"

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Avant de percer, Trésor a travaillé à Durban comme gardien de parking et garde de sécurité. © Valérie HIRSCH

Passionné de musique dès son enfance, Trésor a quitté sa ville natale à l’âge de 17 ans, peu après le décès de ses parents, emportés par la maladie. "J’étais un garçon courageux, ambitieux et rebelle, raconte-t-il. Goma était trop petit pour accomplir mes rêves."

Parti sans dire au revoir à ses 7 sœurs et frères, il a d’abord travaillé à Durban comme gardien de parking et garde de sécurité. "J’ai été très bien accueilli par les musiciens locaux, se souvient-il. Mais ce qui m’a vraiment fait décoller, c’est une tournée en 2013 avec la chanteuse Zahara, pour laquelle j’avais écrit 2 chansons. Elle m’a ouvert son carnet d’adresses et j’ai pu enregistrer 'VII' deux ans plus tard. Je l’ai préparé pendant sept ans, depuis mon arrivée à Durban."

Sa musique a conquis les Sud-Africains, mais aussi trouvé un public en Afrique de l’Est et même en Italie, aux Etats-Unis, au Japon et en Australie, notamment grâce à son clip "Mount Everest".

Johnny Clegg, Lokua Kanza, Freshlyground…

"Je fais une fusion de différents styles : congolais, traditionnel zoulou et pop, explique Trésor qui multiplie les collaborations avec d’autres artistes, notamment son compatriote Lokua Kanza. Il a joué avec des groupes sud-africains célèbres comme Ladysmith Black Mambazo, Freshlyground et Johnny Clegg. "J’adore innover avec de nouveaux sons", ajoute Trésor.

L’artiste projette d’enregistrer un album en français à Paris et de s’installer en Europe. "Je me sens prêt à conquérir le monde", lance la star, qui a néanmoins su garder beaucoup de simplicité. Sur son site internet, il affiche son ambition de "restaurer la gloire de la pop africaine. Notre génération a besoin de musiciens du calibre de Fela Kuti, Papa Wemba, Hugh Masekela, Youssou N’Dour et Miriam Makeba".

Debout février, Trésor a subi un car-jacking traumatisant : il a été enfermé pendant huit heures dans le coffre de sa voiture à Soweto. En Afrique du Sud, la célébrité ne va pas sans risques.

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