Trekking au Pérou: le défi du tourisme éthique et responsable

Le trekking de la cordillère Huayhuash dans les Andes péruviennes
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Le trekking de la cordillère Huayhuash dans les Andes péruviennes - © Pascale Sury

La Cordillère Huayhuash dans les Andes péruviennes est sans doute l’un des plus beaux décors du monde pour les amateurs de randonnées. Un petit paradis d’altitude, une chaîne de montagnes resserrées sur 30km de long seulement.

90 km2 de pics enneigés, 6 sommets à plus de 6000m, des glaciers et de superbes «lagunas» colorées au détour des montagnes. Avec les trekkings de la Cordillère blanche voisine, c’est le centre d’intérêt principal de cette région du Nord dont le camp de base est la petite ville de Huaraz.

Les habitants du coin ont bien flairé la mine d’or touristique de leur superbe région et les dérives ne sont pas bien loin. Huaraz compte plus de 150 agences de trekking, des plus honorables au moins recommandables. La concurrence fait rage et certaines expéditions s’organisent désormais au prix moyen de 20 euros par jour et par personne. A ce tarif dérisoire, comment espérer rémunérer dignement les guides, cuisiniers et muletiers qui accompagnent les voyageurs pendant parfois une semaine ?

Maltraitance animale (des ânes et chevaux surchargés), conditions de sécurité précaires, matériel abîmé,  exploitation de la main-d’œuvre locale,... Un guide professionnel devrait toucher 50 euros par jour, un cuisinier 30 euros et un muletier 10 euros. Avec les agences à bas coûts, ces accompagnateurs sont souvent bien moins rémunérés, sous le minimum décent et en nombre insuffisant pour encadrer de grands groupes.

Parfois, il ne mange même pas à leur faim, malgré ces longues journées d’un travail éreintant. Les agences sans scrupule comptent sur la bienveillance des touristes et les pourboires de fin de trekking, clairement encouragés.

Toutes les agences de trekking avec pignon sur rue ont normalement obtenu une licence officielle, mais les contrôles sont rares. Une fois dans la montagne, rien ne garantit qu’elles agissent de manière responsable.

Nous avons eu le temps de méditer sur cette réalité, lors d’un trekking de 8 jours, "hors des sentiers battus", coupés du monde sur les pentes du Huayhuash. Notre guide Oscar et Nemesio, le muletier, nous ont transmis l’amour de leur métier et leur révolte face aux dérives du tourisme de masse.

Oscar, un guide de montagne péruvien dénonce le tourisme irréfléchi

Métier extraordinaire : Nemesio, muletier des Andes

L’enjeu écologique n’est pas mince non plus. Certains groupes de randonneurs ne respectent pas la règle élémentaire de la montagne : chaque déchet emmené en haut doit redescendre dans la vallée. Sans la surveillance des communautés locales qui protègent leur territoire, certains campements seraient des dépotoirs.

Le Pérou, comme de nombreux pays, est face au défi du tourisme responsable. Et tous les voyageurs sont concernés par cet enjeu. Car le tourisme éthique, c’est avoir la faculté de réfléchir face aux offres trop alléchantes et ne pas céder à l’appel du portefeuille. Un petit tour sur TripAdvisor suffit bien souvent pour faire tomber le masque de certains tour-opérateurs malveillants.

Alors bon voyage, les yeux grands ouverts sur les beautés mais aussi sur les réalités locales.

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