Transhumance Bruxelles-Strasbourg: 150 millions d'euros et 19000 tonnes de carbone

L'eurodéputé libéral belge Louis Michel (ADLE) se prononce pour un siège unique du Parlement européen à Bruxelles
L'eurodéputé libéral belge Louis Michel (ADLE) se prononce pour un siège unique du Parlement européen à Bruxelles - © European Union 2015 - EP

Douze fois par an, les eurodéputés quittent le Parlement européen de Bruxelles pour se rendre à Strasbourg afin d'y tenir leur session plénière. Une transhumance mensuelle qui agace une bonne partie des députés européens parce qu'en effet, pendant 40 semaines, le Parlement européen de Strasbourg est vide...

Des députés européens ont à plusieurs reprises voté pour un siège unique. L'eurodéputé belge libéral Louis Michel par exemple est très clair sur la question. Pour lui, il faut un siège unique du Parlement européen à Bruxelles : "Bruxelles évidemment. Mais quasiment tout le monde veut ça au Parlement. Des résolutions ont été votées dans ce sens-là. On sait très bien que ça coûte cher, que ça donne une mauvaise image. Et objectivement, toutes les institutions internationales sont massivement à Bruxelles, et donc, ça ne devrait même pas faire l'objet d'une discussion. Et tout le monde est quasiment d'accord pour un siège unique. Et à partir du moment on est tous d'accord pour un siège unique, on sait très bien qu'il n'y a pas podium. C'est Bruxelles qui doit accueillir l’entièreté de ces assemblées et de ces institutions".

Il faudrait l'accord des Etats membres pour un siège unique

Officiellement, depuis 1992 et le Conseil européen d’Édimbourg, le siège du Parlement a été fixé à Strasbourg où se tiennent les 12 sessions plénières mensuelles. Les sessions plénières additionnelles se déroulent - elles - à Bruxelles, tout comme les commissions parlementaires, là où l'on débroussaille le travail législatif. Et le Secrétariat général, l'administration du Parlement, est basé à Luxembourg. Une décision confirmée par la Cour de Justice et intégrée dans un protocole au Traité d'Amsterdam en 1997.

C'est donc les Etats membres qui prennent la décision. Et si les députés européens estiment que cette transhumance coûte chaque année 150 millions d'euros et engendre l'équivalent de 19 000 tonnes de carbone, même si les députés, comme le rappelait Louis Michel, ont voté plusieurs résolutions pour un siège unique, tant que les 28 Etats membres ne se mettent pas d'accord pour changer les règles, ça ne servira à rien.

Et même si les députés s'expriment en nombre pour un siège unique, et que cela finissait par influencer les chefs d'Etat et de gouvernement pour réviser leur position, il faudrait que cela se fasse dans le cadre d'une révision des Traités. Et ça, non seulement les Etats membres n'en veulent pas, mais même s'ils en voulaient, la France opposerait son veto puisque Strasbourg se trouve sur son territoire.

On ne propose pas de contreparties intelligentes à la France

A moins, comme le suggère Louis Michel, qu'on trouve une sorte de compensation alléchante : "On n'a jamais non plus véritablement cherché des compensations intelligentes. A un moment donné, il y avait l'idée de faire à Strasbourg une ENA européenne, c'est à dire une école européenne d'administration. Cela avait quelque chose, je trouve, d'intelligent. Quand j'étais ministre, nous avions ouvert cette discussion là avec nos amis Français, on était loin du refus, on pouvait parler de ça". 

On se souvient aussi de la proposition de Philippe Lamberts, le coprésident du groupe des Verts qui avait proposé que le Parlement à Strasbourg accueille des réfugiés pendant que les députés sont à Bruxelles. Mais toutes ces propositions ont reçu des fins de non recevoir.

Aujourd'hui, les pro Strasbourg passent à l'offensive. Ils se sont même adjoints les services de lobbyistes pour vendre le siège unique à Strasbourg. Et pour contrer l'argument que le Parlement de Strasbourg ne sert à rien en dehors des 12 sessions plénières, on va construire un Parlamentarium bis. C'est à dire un centre d'accueil des visiteurs comme celui qui existe aujourd'hui à Bruxelles. Un musée qui ne devrait pas voir le jour avant l'été 2017.

Retrouvez l'interview complète de Louis Michel dans la Semaine de l'Europe ce dimanche 7 février à 8h30 sur La Prem1ère.

Toute l'actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d'information européenne.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK