Touche pas à mon château !

"Chpateau" du Bordelais
"Chpateau" du Bordelais - © Tous droits réservés

Stupéfaction chez les producteurs de vins de Bordeaux. La Commission s'apprêterait à autoriser les viticulteurs américains à utiliser le terme "château". Pas de quoi rendre plus sympathique un pouvoir "bruxellois" qui se défend en invoquant des accords internationaux.

Le château est au Bordeaux ce que la praline est au chocolat belge : une appellation qui lui est directement associée et qui donne au vin de Bordeaux ses lettres de noblesse.

Des "châteaux" en Amérique

Alors imaginer que le mot " château " puisse figurer en toutes lettres – et en français dans le texte –sur les étiquettes du vin californien avec la bénédiction de la Commission européenne, voilà qui suffit à émouvoir tout l'Hexagone. N'est-on pas face à une décision typique de ces eurocrates enfermés dans leur logique du marché à tout prix et incapables de s'émouvoir des subtilités de ce mot d'ailleurs presque intraduisible dans une autre langue que celle de Molière : le terroir ?

Il y a peut-être un peu de cela mais, comme l'illustre notre reportage dans le Médoc, c'est sans doute un peu plus compliqué qu'il n'y paraît. Car il faut bien l'admettre, la notion bordelaise de château reste assez floue. La plus grande région viticole française possède en effet des milliers d'appellation " château ", attribuées aussi bien aux grands crus les plus cotés qu'à des appellations " Bordeaux " les plus banales. Pourtant, le seul mot de château confère à la moindre bouteille un de ces petits airs distingués qui donne confiance au consommateur et prestige au produit. Au point de faire des envieux outre-Atlantique.

Une vie de château

En filigrane, la vraie question c'est celle de la définition des appellations : en France, pour avoir droit à s'appeler château, il faut impérativement que le vin soit produit exclusivement dans des vignes attachées à ce château. Ce qui n'est pas le cas aux Etats-Unis. Et nous voici au cœur du respect des normes de production liées aux  AOC ou, pour reprendre le langage européen, AOP, et ce à l'heure où le vin français continue de dominer le monde et ne tient pas du tout à brader le prestige qui lui procure un avantage concurrentiel digne de son marché du luxe. Ou, pour le dire autrement, le vin français entend bien continuer à mener sa vie de château...

Pierre Marlet, journaliste

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK
JT 13h
en direct

La Une

JT 13h