Totope, le village ghanéen qui disparaît sous les eaux

Totope, le village ghanéen qui disparaît sous les eaux
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Totope, le village ghanéen qui disparaît sous les eaux - © Tous droits réservés

Dans les années 80, quelque 1,5 kilomètre séparait Totope de l’océan. Aujourd’hui, cette distance n’est plus que de 40 mètres. Le réchauffement climatique frappe de plein fouet cette localité où les habitants, des pêcheurs pauvres, n’ont pas les moyens de s’installer ailleurs. Le chef du village dénonce l’incurie des pouvoirs publics.

Combattre la montée des eaux avec les moyens du bord

A première vue, Totope ressemble à n’importe quel village côtier ghanéen. Des filets de pêche étendus sur la plage, des bateaux dans la baie, de forts embruns marins… Mais depuis plus de 30 ans, Totope, engoncé entre l’océan Atlantique et le lac Volta, est victime de la montée des eaux, conséquence directe du réchauffement climatique. Totope disparaît peu à peu. "Dans les années 80, le village était à 1,5 kilomètre de la mer. Aujourd’hui, nous ne sommes plus qu’à 40 mètres", soupire Theophilos Agbakla, le chef du village. "Avant, j’avais une maison de huit pièces. Maintenant, elle se trouve dans l’océan", poursuit-il, le regard las.

A quelques dizaines de mètres seulement de l’océan, certains bâtiments, dont une église, sont déjà abandonnés, envahis par le sable. Les 2875 habitants du village tentent de se prémunir comme ils le peuvent de la montée des eaux. Pour renforcer le sol, imbibé d’eau marine, ils ramènent des algues qu’ils recouvrent de sable. "Cela est temporaire mais nous n’avons pas d’autres choix", poursuit Theophilus, chef du village depuis 15 ans. Ce dernier, par ailleurs agriculteur, a aussi vu son activité compromise. " Le sol est gorgé d’eau marine, il est impossible de faire pousser quoi que ce soit ici ", poursuit-il.

"Pratiquement tous les habitants sont des pêcheurs pauvres qui n’ont pas les moyens de partir d’ici", poursuit-il. Alors à chaque fois que l’océan grignote quelques mètres, les habitants sont forcés d’abandonner leur domicile pour le reconstruire un peu plus loin et acheter une autre parcelle. Une marche sans fin. "Le futur est très sombre. Nous n’avons plus aucun espoir", évoque Théophilus Agbakla.

Problèmes d'hygiène et de maladie

Sur les maisons, pour éviter que les toits en tôle ne s’envolent durant les tempêtes, des parpaings ont été posés. "Nous devons changer tous les mois les clous sur les toits car ils rouillent très vite", poursuit le chef du village. "Nous sommes souvent réveillés en plein nuit avec de l’eau dans notre maison, une fois mon lit a même été soulevé", avance Dordo Tetteh, un pêcheur de 56 ans qui répare son filet sur la plage, à l’ombre de son bateau. "Nous sommes pourtant forcés de rester, nous n’avons nulle part où aller", conclut-il. "Nous prions pour ne pas partir", estime de son côté Gabriel Onwame, un étudiant de 18 ans, qui vit dans un bâtiment de 20 mètres carré avec 15 autres membres de sa famille. "La promiscuité pose aussi des problèmes d’hygiène avec le développement des maladies", estime Théophilus. L’océan charrie régulièrement son lot de déchets qui s’accumulent près des habitations et des écoles.

Le chef du village se montre particulièrement critique devant l’incurie des pouvoirs publics. "Pratiquement tous les présidents, depuis John Rawlings dans les années 80, sont venus à Totope. Ils sont parfaitement au courant, mais ils ne font rien", estime-t-il. L’assemblée du district avait proposé dans les années 2000 que les habitants soient relogés à plusieurs dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres. "Mais ils n’avaient pas prévu de construire des routes pour avoir accès à la mer. Or comment des pêcheurs peuvent survivre s’ils n’ont pas accès à la mer ", interroge le chef du village. "Nous sommes Ghanéens, nous devrions être aidés par notre gouvernement. Je ne peux pas laisser tomber car il y a des vies en jeu. Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle", conclut-il.

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