"Top jobs" européens: qui gagne, qui perd ?

De g. à dr., de bas en haut: Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen, Charles Michel, David Sassoli, Josep Borell, Sergei Stanishev, Christine Lagarde et Manfred Weber
De g. à dr., de bas en haut: Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen, Charles Michel, David Sassoli, Josep Borell, Sergei Stanishev, Christine Lagarde et Manfred Weber - © RTBF/AFP/fotor

Après une très longue négociation pour obtenir le casting des plus hautes fonctions européennes, le Parlement a choisi son président : David Sassoli, un socialiste italien qui occupera le perchoir pendant la première moitié de la législature. Un mandat de deux ans et demi, donc. Son élection n’est pas vraiment une surprise. Le Parlement a respecté l’équilibre politique de l’accord négocié entre les chefs d’Etats et de gouvernements, mais pas le "nom" du candidat que les 28 leur soufflaient à l’oreille.

Dans son casting, le Conseil imaginait que ce soit le Bulgare Sergei Stanishev à la présidence du Parlement européen, actuellement président du parti socialiste européen et qui n’a même pas déposé de candidature pour ce poste. Sans doute, parce qu’il savait qu’il ne recueillerait pas de majorité dans un Parlement européen qui refuse de se faire dicter ses choix par le Conseil. Un perdant donc, bulgare et socialiste.

Une très belle place pour Charles Michel

Le couple gagnant est évidemment formé par Charles Michel et Ursula von der Leyen. Un libéral, une conservatrice. Le premier présidera le Conseil, à partir de décembre. Ici aussi, l’équilibre politique des urnes devait être respecté. La seconde est candidate pour présider la Commission ces 5 prochaines années. L’Allemande est issue du PPE, la famille démocrate chrétienne européenne, qui est toujours le principal groupe politique au sein du Parlement. Même en perte de vitesse aux dernières élections, le PPE revendiquait le poste et l’a obtenu.

Derrière, c’est un peu moins net. En début de semaine, les sociaux-démocrates, deuxième famille politique européenne, voulaient placer leur champion, le Néerlandais Frans Timmermans, à la tête de la Commission. Il a été écarté. C’est un des grands perdants de ce mercato post-électoral, encore un socialiste. Les sociaux-démocrates se consolent donc avec la présidence du Parlement européen mais aussi avec le poste de chef de la diplomatie de l’Union pour un revenant, l’Espagnol Josep Borrell.

Reste les libéraux centristes, la troisième famille politique européenne, qui décrochent le poste qu’il convoitait, la présidence du Conseil qui va à Charles Michel.

Un mois de tractations

Pour arriver à cet équilibre, il a fallu un mois de négociations, trois sommets et de vives tensions au sein du Conseil européen, autrement dit entre les dirigeants des 28. Cela a projeté une image assez néfaste sur l’Union qui prend une fois de plus les allures d’un grand ensemble incapable de se décider vite… Cela dit, un mois, cela paraît beaucoup mais en comparaison avec la politique belge, mais cela reste plus qu’acceptable. Faut-il rappeler que la Belgique détient le record mondial pour la formation d’un gouvernement, 541 jours. C’était en 2011.

Cette fois l’exercice était particulièrement difficile à cause, en particulier, des nouveaux équilibres politiques en Europe et de l’influence grandissante des mouvements eurosceptiques. Il y a eu aussi des questions d’ego et de sérieux tiraillements dans le couple franco-allemand. Sans oublier les traités. Ils exigent que le casting respecte :

  • l’équilibre politique des urnes,
  • une certaine répartition géographique.
  • de plus les dirigeants européens voulaient aussi un équilibre hommes femmes.

N’oublions pas que la française Christine Lagarde va prendre les rênes de la Banque Centrale Européenne, une institution essentielle de l’Union. Deuxième gagnante donc, une Française, poussée par Emmanuel Macron.

Car le couple franco-allemand s’en sort pas mal du tout. On craignait la rupture. Il n’en est rien. Et des deux, c’est le président français qui a obtenu le plus… Il a écarté le système des Spitzenkandidat, ces chefs de file que les partis européens présentent comme candidats présidents de la Commission.

Il a poussé une allemande francophone francophile à la présidence de la Commission, Ursula von der Leyen, qui partage ses projets de défense européenne.

De son côté, Angela Merkel obtient pour son pays la présidence de la Commission. Ce n’était plus arrivé depuis 40 ans. Mais dans la bataille elle a été sérieusement chahutée par sa propre famille politique. Le PPE voulait que son champion, un autre Allemand, Manfred Weber, soit le futur président de la Commission. Ce ne sera pas le cas. C’est d’ailleurs le grand perdant dans l’histoire. Emmanuel Macron, encore lui, n’en voulait pas. Un accord tacite le place à la tête du Parlement, dans la deuxième moitié de la législature. A voir.

Les autres perdants sont sans doute les pays d’Europe centrale et orientale qui voient à peu près tous les postes importants leur échapper, à l'exception du slovaque Maroš Šefčovič qui sera vice président de la Commission. C'est notamment un revers pour autres pays du groupe de Visegrad (V4": Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) qui se sont montrés particulièrement opposés à la désignation du social-démocrate néerlandais Frans Timmermans à la tête de la Commission européenne.

L’heure de vérité dans deux semaines pour Ursula von der Leyen

Mais tout n’est pas encore joué. Ursula von der Leyen doit encore être officiellement élue présidente de la Commission par le Parlement européen. Le vote est prévu dans 15 jours.

On sait que le casting imaginé mardi irrite le Parlement qui exigeait que le prochain président de la Commission soit issu de ses rangs. Et ça grogne en particulier chez les verts et chez une bonne partie des socialistes. Si Ursurla von der Leyen se prenait un feu rouge, l’Union plongerait dans une crise institutionnelle grave et inédite.

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