Tirs, censure, sexisme... La vie parfois périlleuse d'une femme journaliste en RDC

Lors des manifestations de contestation, Christine Tshibuyi suit les événements, compte les morts et les blessés, se met à couvert lorsque tire la police.
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Lors des manifestations de contestation, Christine Tshibuyi suit les événements, compte les morts et les blessés, se met à couvert lorsque tire la police. - © Tous droits réservés

"Le terrain, c’est ça qui me passionne", dit Christine Tshibuyi, comme une évidence qui suffirait à effacer la peur ou les obstacles. Pour cette journaliste Congolaise de 28 ans, née à Kalemie, dans la province du Tanganyika, le reportage est une vocation.

"Au début des années 2000, je suivais les informations à la radio, sur la guerre à l’Est du pays, raconte-t-elle. Je me suis dit : 'C’est ça que je veux faire !'."

En 2016, lors de la présentation de son travail de fin de master, consacré au "journalisme mobile", Christine se fait repérer par le directeur de Actualité.cd, un site internet congolais qui vient de voir le jour quelques mois auparavant. Sa carrière débute.

Les femmes cantonnées à couvrir des sujets de société

Le nombre de femmes dans les médias augmente en République Démocratique du Congo (RDC). Mais la plupart sont cantonnées à couvrir des sujets de société ou de divertissement, hors de la sphère politique, souvent derrière un bureau.

Christine, elle, focalise son attention sur le mouvement de contestation qui prend de l’ampleur à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, alors que le deuxième mandat du président Joseph Kabila a officiellement expiré en décembre 2016.

Des manifestants descendent dans la rue, des policiers et militaires lourdement armés leur font face. Elle suit les événements, compte les morts et les blessés, "avale des gaz lacrymogènes", court se mettre à couvert lorsque la police tire.

"La menace peut venir des forces de l’ordre, qui ne respectent pas les journalistes, mais parfois aussi des manifestants qui te font les poches ou te bousculent", dit la jeune femme.

Coupures de réseau et censure

Les nouvelles technologies ont révolutionné le métier de journaliste. "Je fais tout avec mon téléphone : je fais parvenir les informations à ma rédaction via Whatsapp ; je leur envoie des photos, des vidéos, qui peuvent être diffusées presque instantanément", explique-t-elle.

Les autorités l’ont bien compris et, les jours de manifestations, coupent le réseau téléphonique. Mais les reporters ont trouvé la parade. "Nous avons acheté des cartes SIM du Congo-Brazzaville, dit la journaliste. En se rapprochant du fleuve, nous pouvons capter le signal de l’autre côté."

Systématiquement, le gouvernement réprime les marches et censure les médias. Selon le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières, la RDC se classe au 154e rang sur 180 pays.

"Ma mère a peur pour moi"

Un jour, le père de Christine reçoit un appel lui demandant de rappeler sa fille à l’ordre. "Il a dit qu’il n’avait rien à m’ordonner, dit-elle. Il me soutient, mais ma mère a peur pour moi."

En plus des intimidations, les femmes journalistes congolaises doivent aussi faire face au sexisme, y compris parfois celui de leurs proches. "Beaucoup de gens ne comprennent pas que je puisse volontairement aller dans des lieux où l’on tire. Ils pensent que ce n’est pas la place d’une femme."

Mais Christine ne se laisse pas impressionner. "Un ex petit-ami a tenté de m’interdire d’aller couvrir une manifestation. Je l’ai quitté", dit-elle.

La jeune femme ne sait pas trop à quoi s'attendre dans les mois à venir, mais elle est convaincue que cela ne sera pas facile. Des élections sont prévues le 23 décembre prochain. Mais de nombreux doutes subsistent sur leur organisation, encore plus sur leur crédibilité. "Au fur et à mesure qu’on se rapproche de la date du scrutin, assure-t-elle, les pressions vont augmenter."

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