Tibet: pas d'éclaircie dans le ciel du toit du monde

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Un peu moins d'un demi millier de Tibétains et leurs amis ont manifesté ce matin dans Bruxelles, pour commémorer le soulèvement tibétain de 1959 contre l'occupation chinoise. Ils ont appelé l'Union européenne à soutenir leur lutte.

A Bruxelles, comme dans d'autres capitales dans le monde, les organisations tibétaines en exil et celles qui les soutiennent ont manifesté devant les bâtiments européens, avant de se diriger vers l'ambassade de Chine, avenue de Tervueren. Malgré le froid piquant, ils étaient finalement près de 500 à écouter Tashi Wangdi, le représentant du dalaï lama à Bruxelles, lire la déclaration officielle du prix Nobel de la paix. Sur la tribune, plusieurs parlementaires belges, dont les députés Juliette Boulet (Ecolo) et Xavier Baeselen (MR), ont exprimé leur soutien à la cause tibétaine. Le Parlement européen était également représenté.

Le représentant du groupe francophone de soutien au Tibet, Marc Liégeois, évoquait quant à lui le succès de l'opération "drapeau pour le Tibet": pas moins d'une centaine de communes ont, cette année, accepté de hisser le drapeau tibétain au fronton de leur maison communale, en gage de solidarité. Parmi celles-ci, Malmedy, Mouscron, Rochefort, Ottignies, Seraing, Rebecq, Ixelles, Schaerbeek, Saint-Josse, Ganshoren, Auderghem... La participation des communes wallonnes et bruxelloises à cette opération constitue cette année un record.

Le 10 mars marque le début de l'exil du dalaï lama

La date du 10 mars commémore le soulèvement des Tibétains à Lhassa qui, en 1959, avaient voulu protéger le jeune dalaï lama d'une tentative d'enlèvement par l'armée chinoise. Après une décennie d'occupation, de réformes manquées et de résistance sporadique des Tibétains, les autorités chinoises décidèrent de frapper fort. La répression fit, selon les autorités tibétaine en exil, jusqu'à 80 000 morts. Elle marque également le départ en exil vers le nord de l'Inde du quatorzième dalaï lama. Un exil qui se poursuit aujourd'hui encore pour le chef spirituel des Tibétains et 120 000 de ses compatriotes.

Le dalaï lama ouvre grand la porte mais reste pessimiste

"En tant que porte-parole libre du peuple tibétain, je n'ai cessé d'énoncer les aspirations fondamentales de celui-ci aux dirigeants de la République populaire de Chine. Leur absence de réponse positive est une déception", a déclaré le dalaï lama qui s'exprimait comme chaque année à l'occasion du 51ème anniversaire du soulèvement de 1959.

"A en juger par le comportement des dirigeants chinois actuels (...) nous n'avons engrangé aucun résultat tangible et il y a peu d'espoir pour que nous en obtenions à court terme", a ajouté le dalaï lama depuis la ville indienne de Dharamsala, une bourgade accrochée aux contreforts de l'Himalaya, lieu du gouvernement tibétain en exil.

Âgé de 74 ans, le chef spirituel des Tibétains en exil a également invité des responsables tibétains administrant la région autonome chinoise à visiter les communautés tibétaines exilées "du monde libre", ce que Pékin proscrit. Il a également multiplié les gestes d'ouverture vis-à-vis de Pékin.

Il a également affirmé qu'au Tibet, sous étroite administration chinoise, les moines et les nonnes vivaient dans des conditions "quasi-carcérales" dans le cadre d'une politique visant à "assimiler les monastères à des musées et à annihiler le bouddhisme".

Le dalaï lama ne réclame pas l'indépendance du Tibet mais une large "autonomie culturelle" de ce territoire, envahi puis annexé par la Chine en 1950-1951.

Mais le laborieux dialogue entre représentants du dalaï lama et autorités chinoises est au point mort depuis des années, malgré de récentes sessions de pourparlers.

Pékin assure que le Tibet fait partie de la Chine depuis le XIIIe siècle, une affirmation contestée par le gouvernement tibétain en exil et par de nombreux historiens. Pékin accuse aussi le dalaï lama, lauréat du prix Nobel de la paix en 1989, d'être un séparatiste, sous le couvert de religion.

Au Tibet, la sécurité est maximale

Il y a deux ans, quelques mois avant l'ouverture des jeux olympiques de Pékin, l'anniversaire du soulèvement manqué de 1959 avait été le prétexte de manifestations de Tibétains qui avaient rapidement dégénéré en violentes émeutes, gagnant les provinces voisines de la région autonome himalayenne, à population tibétaine.

La sécurité est à nouveau renforcée à Lhassa et dans les principales villes du Tibet. Les contrôles policiers avaient déjà été nettement accrus en mars 2008 après les troubles qui avaient fait de 22 à plus de 200 morts selon les sources. De nombreuses patrouilles circulent, notamment dans la capitale Lhassa où la tension était perceptible.

"Il y a des patrouilles chaque jour et elles ont été multipliées", a déclaré une employée du Jin Cheng International Business Hotel à Lhassa. "Il y a deux ou trois membres de la police armée en faction à chaque carrefour", a-t-elle ajouté.

"C'est un peu tendu, il y a beaucoup de patrouilles", a déclaré de son côté une employée de l'hôtel Xue Yu Hotel, précisant, sous couvert de l'anonymat, que de nombreux policiers en uniforme mais aussi en civil arpentaient les rues.

T.N. avec AFP

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