Theresa May, portrait d'une bosseuse

Theresa May, bosseuse et disciplinée.
3 images
Theresa May, bosseuse et disciplinée. - © JOHN THYS - AFP

Qui est donc Theresa May, qui a hérité de David Cameron d'un Brexit décidé par référendum ? Personne ne donnait cher de la peau de cette élue de Sonning sur les bords de la Tamise, fille de pasteur raide et timide, lorsqu'elle a pris les rênes du Parti conservateur après le séisme du référendum du  23 juin 2016 qui a vu les Britanniques voter pour le Brexit à près de 52%. Mais Theresa May, bosseuse et disciplinée, a voulu franchir tous les obstacles, des négociations à Bruxelles au vote crucial à la Chambre des communes de ce mardi, en passant par un vote de défiance déclenché par son propre parti conservateur.

La Première ministre britannique, sexagénaire élancée, aux cheveux gris coupés court, a pourtant été durement malmenée y compris par sa propre famille politique depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2016. Sérieuse, voire austère, et sans grand charisme, elle est alors apparue comme une figure rassurante dans l'un des moments les plus déstabilisants de l'histoire du pays.

"Je fais juste mon boulot"

"Je ne fais pas la tournée des plateaux de télévision. Je n'ai pas de potins à partager pendant le déjeuner. Je ne vais pas boire des verres dans les bars du Parlement. Je fais juste mon boulot", se décrit-elle au moment de briguer Downing Street.

C'est "une femme drôlement difficile", commente alors l'ex-ministre conservateur Kenneth Clarke.

Disciplinée et loyale envers son Premier ministre David Cameron, Theresa May s'était prononcée du bout des lèvres pour le maintien dans l'Union lors de la campagne du référendum, mais elle s'est rapidement adaptée, une fois au pouvoir, en s'échinant patiemment à mettre en oeuvre coûte que coûte le Brexit.

Elle n'aura toutefois pas réussi l'impossible: unifier son parti conservateur, encore plus divisé entre pro et anti-UE. Et elle aura commis une erreur politique majeure en convoquant des élections anticipées en juin 2017 qui lui font perdre sa majorité absolue, lui compliquant ainsi considérablement la tâche.

A ne pas sous-estimer

"Certains ne mesurent pas la force que cette femme a en elle", souligne son ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt. "Sous-estimer Theresa May est l'une des plus grandes erreurs que l'on puisse faire".

Même Boris Johnson, son adversaire acharné et ex-chef de la diplomatie, qui lorgne sa place, reconnaît sa "résilience" et sa ténacité.

Issue de la classe moyenne, Theresa Brasier, 62 ans, est née à Eastbourne, station balnéaire du sud-est de l'Angleterre. Après des études de géographie à Oxford, où elle rencontre son mari Philip, et un bref passage à la Banque d'Angleterre, elle est élue en 1986 conseillère du district londonien cossu de Merton.

Politiquement centriste, elle n’a rien du radicalisme de Margaret Thatcher, mais l'arrivée au pouvoir de la "Dame de fer" lui offre un modèle et ouvre les portes du sommet du pouvoir aux femmes.

Bosseuse

En 1997, elle devient députée conservatrice à Maidenhead (sud de l'Angleterre), à sa troisième tentative, et conserve depuis son siège. Ses administrés, disent apprécier son "calme", la jugent "bosseuse", "réservée mais très abordable". Elle s'y rend encore régulièrement, notamment le dimanche pour aller à l'église en compagnie de son mari, qu'elle décrit comme son "roc".

De 2002 à 2003, elle est la première femme secrétaire générale du Parti conservateur. Elle s'illustre lors d'un discours en appelant les Tories, alors marqués très à droite, à se débarrasser de leur image de "nasty party" ("parti des méchants").

Après avoir soutenu David Cameron dans sa conquête du parti en 2005, elle est récompensée par le portefeuille de l'Intérieur lorsqu'il arrive à Downing Street en 2010. Elle reste six ans à ce poste exposé, pendant lesquels elle tient une ligne très ferme contre la délinquance ou l'immigration clandestine.

Sa politique de réduction des effectifs de police lui vaut des critiques quand le Royaume-Uni est la cible d'une série d'attentats revendiqués par le groupe djihadiste État islamique au printemps 2017. Et le durcissement de la politique migratoire pour les immigrés venant des Caraïbes lui explose à la figure avec le scandale "Windrush", qui a privé de permis de séjour des citoyens du Commonwealth.

La bataille du Brexit

En 2016 Theresa May, eurosceptique dans l'âme, reste fidèle au Premier ministre David Cameron et défend le maintien dans l'Union. Pendant la campagne du référendum, elle ne prend pas position. Elle lui succède presque par défaut, jonglant entre les factions pro et anti-Brexit au sein de son parti, pour apparaître comme la candidate de consensus et débarquer au 10 Downing Street le 13 juillet 2016.

Depuis, elle s'acquitte avec obstination de sa mission. "Brexit is Brexit", martèle-t-elle sans relâche. Elle doit maintenir le cap entre les attaques et les sarcasmes au Parlement, y compris des députés de son camp. 

Négocier avec l'Union européenne, faire avaliser l'accord obtenu par son gouvernement et à présent par le Parlement, faire face à la tempête politique de les démissions en série de ses ministres.

Les crises politiques se succèdent : juillet 2018, trois membres de son gouvernement démissionnent, dont le secrétaire d'Etat au Brexit David Davis et Boris Johnson, le très eurosceptique secrétaire d'Etat au Affaires étrangères. En cause son projet de zone de libre-échange et de modèle douanier avec l'Union.

Crise à nouveau en novembre dernier, sur le projet d'accord avec l'Union et surtout son filet de sécurité, le "backstop" préservant l'Irlande du retour d'une frontière physique. Six membres du cabinet démissionnent cette fois donc le nouveau secrétaire d'Etat au Brexit.

En décembre, Theresa May affronte un motion de censure issue de ses rangs et en réchappe : 200 parlementaires Tories la soutiennent, contre 117. 

Escarpins léopard

Theresa May souffre aussi d'une image de froideur un peu mécanique qui lui vaut d'être régulièrement caricaturée en robot. 

Diabétique, elle s'adonne à la marche, et la cuisine est, dit-elle, son passe-temps favori.

Dans une de ses rares confessions, elle a avoué un jour que la pire bêtise qu'elle ait faite dans sa jeunesse était d'avoir... traversé un champ de blé.

Seule touche visible de fantaisie dans ce profil lisse: des escarpins à motif léopard, qu'elle décline en plusieurs versions.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK