Thatcher, bilan mitigé pour celle qui voyait la vie en noir ou blanc

1986: Margaret Thatcher fait un discours au Parlement européen à Strasbourg, l'unioniste Ian Paisley brandit une pancarte "L'Ulster dit non"
1986: Margaret Thatcher fait un discours au Parlement européen à Strasbourg, l'unioniste Ian Paisley brandit une pancarte "L'Ulster dit non" - © AFP PHOTO/FILES/JEAN-CLAUDE DELMAS

Les invités de Matin Première dressent un portrait impressionniste de Margaret Thatcher, disparue ce lundi à l'âge de 87 ans: autoritaire, guerrière, radicale et eurosceptique mais aussi persévérante et clairvoyante.

Pour Wilfried Martens, qui était Premier ministre quand Margaret Thatcher était au pouvoir en Grande-Bretagne entre 1979 et le début des années 1990, "c'était une personnalité avec des visions très radicales, en politique intérieure mais aussi au niveau européen".

Une de ses premières expressions, employée au Conseil européen à Strasbourg en 1979, se souvient le démocrate-chrétien flamand, c'est le fameux "I want my money back".

Un héritage négatif en Europe

"Elle était eurosceptique, dit-il, quand nous avons discuté cinq ans plus tard (à Milan en 1984) la préparation des négociations sur le marché unique, elle s'était opposée, mais pendant l'été de 85 elle a finalement accepté de négocier et nous avons conclu les négociations au mois d'octobre 1985. Mais vingt ans plus tard, (...) elle disait encore que c'était la bêtise politique la plus grave qu'elle ait commise".

Aujourd'hui, le président du Parti populaire européen jette un regard critique sur la façon dont évolue l'Europe: dans les négociations, les intérêts sont devenus essentiellement nationaux, "voilà l'héritage négatif au niveau européen" de l'action de Margaret Thatcher, et David Cameron représente ses idées, selon lui.

Wilfried Martens se souvient aussi de son attitude autoritaire dans les cénacles européens habitués à un langage assez diplomatique. Il se rappelle les mots de François Mitterrand, "elle avait la bouche de Marylin et le regard de Caligula".

Côté positif, l'ancien Premier ministre belge souligne les qualités de persévérance de cette femme radicale. Fille d'épicier, elle a pu réaliser son objectif grâce à son tempérament, à son sens du devoir et à son travail énorme: "C'est un monument politique".

Bilan mitigé avec des éléments positifs

De même que la presse voit en Margaret Thatcher le symbole d'un ultralibéralisme qui a mené à la crise actuelle, d'autres observateurs dressent un bilan mitigé de la Dame de fer.

Le député travailliste britannique Denis McShane estime que "historiquement, elle sera jugée comme un grand chef, (...) elle a redressé l'Angleterre aplatie malheureusement de façon assez sauvage. C'était une guerrière, elle est rentrée en guerre contre les syndicats, qui étaient les plus bêtes de l'Europe, presque pires que les syndicats français, atteints d'un militantisme hors de contrôle, contre les communistes, comme contre la junte argentine, fasciste et antisémite. Pour elle, la vie était noire ou blanche, il n'y avait pas de compromis".

Le vrai héritage de Margaret Thatcher qui, au soir de sa vie, souhaitait que la Grande-Bretagne quitte l'Union européenne, sera peut-être réalisé par David Cameron avec son référendum, dit cet ancien journaliste et ancien ministre travailliste.

Le professeur à la London School of Economics Paul De Grauwe souligne quelques éléments positifs dans l'héritage de la Dame de fer. Elle a permis par la privatisation de la production de l'acier et de toute une série d'autres activités économiques d'augmenter l'efficacité de la production et a rendu à l'Etat son rôle d'arbitre.

Sur la politique de dérégulation, l'ancien sénateur Open Vld estime qu'il y a eu erreur de penser que les marchés financiers sont efficaces et peuvent s'autoréguler.

Enfin pour le politogue Philippe Marlière, Margaret Thatcher est un produit de la Deuxième guerre mondiale et de la guerre froide: "Sur le plan géopolitique, sur le plan idéologique, Thatcher était de cette génération de François Mitterrand (…) Elle ne faisait pas confiance aux Allemands (...) Elle a aussi évidemment suivi de très près ce qui se passait en Union soviétique. Elle était aussi pro-Américaine, très largement pro-Atlantique".

RTBF

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