Thaïlande : les militants pro-démocratie plus que jamais dans le collimateur

Quatre activistes thaïlandais ont été inculpés lundi de lèse-majesté, portant à 41 le nombre de militants pro-démocratie poursuivis pour ce crime depuis le début du mouvement de protestation, actuellement suspendu à la suite d’une flambée de cas de coronavirus.

Lèse-majesté

Face au vent de fronde qui secoue le royaume depuis l’été pour demander une réforme de la puissante monarchie, les autorités ont ressorti l’article 112 du Code pénal sur la lèse-majesté qui n’était plus utilisé depuis plus de deux ans. Il punit jusqu’à 15 ans de prison les insultes, diffamations et critiques envers le richissime roi Maha Vajiralongkorn et sa famille.

Lundi, quatre activistes, dont un mineur de 17 ans, ont été inculpés de ce chef, a-t-on appris auprès de l’ONG Thai Lawyers for Human Rights. Interrogés par la police, ils ont ensuite été relâchés.

41 manifestants poursuivis

41 manifestants, dont deux mineurs, sont désormais poursuivis pour ce crime. Certains se voient également reprocher d’autres infractions comme la sédition, passible de longues années de détention.

Il s’agit d’une "escalade sans précédent de la répression judiciaire", note Thitinan Pongsudhirak, politologue à l’université Chulalongkorn de Bangkok, pour qui ce tour de vis des autorités ne va probablement contribuer qu’à "radicaliser le mouvement".

Les gens sont libres de manifester de manière "constructive et bénéfique pour la société", mais pas d'"utiliser des propos offensants qui incitent à la haine" ni de diffamer, a réagi auprès de l’AFP le porte-parole du gouvernement Anucha Burapachaisri.

Mi-décembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’était dit "vivement préoccupé", jugeant disproportionnée l’utilisation de l’article 112 à l’encontre de manifestants pacifiques et exhortant les autorités à modifier cette loi.

Manifestations interrompues pour cause de pandémie

Les manifestations ont été interrompues depuis les fêtes de fin d’année alors que le pays, préservé pendant des mois par la pandémie, est confronté à une seconde vague de coronavirus, avec plus de 10.000 cas recensés contre 4000 en novembre.

Le mouvement pro démocratie réclame l’abolition de l’article 112, un contrôle sur la gigantesque fortune royale et la non-ingérence du monarque en politique, du jamais vu dans un pays où la toute-puissante et richissime royauté était considérée comme un sujet totalement tabou il y a encore peu.

Les protestataires demandent aussi le départ du chef du gouvernement, Prayut Chan-O-Cha, issu d’un coup d’État en 2014 et légitimé par des élections controversées l’année dernière, ainsi qu’une réécriture de la Constitution, jugée trop favorable à l’armée.


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