Thaïlande, le sombre envers du décor pour les "éléphants à touristes"

Thaïlande, le sombre envers du décor pour les "éléphants à touristes"
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Thaïlande, le sombre envers du décor pour les "éléphants à touristes" - © Tous droits réservés

Elle s’appelle Ploy, elle n’a que deux ans. La jeune éléphante apprend vite. Elle est déjà capable de jouer au basket, de mettre un panier et de peindre des tableaux, pour le plus grand plaisir des touristes. Aucun ne se doute que pour arriver à un tel résultat, l’animal, séparé de sa mère, attachée et battue, a subi un entraînement très dur. En Thaïlande, on appelle cela ‘écraser l’esprit de l’éléphant’, on instaure la domination de l’homme.

Ban Taklang dans l’est de la Thaïlande est l’épicentre du dressage des éléphants. Ici, des ONG tentent d’arrêter ce rite cruel mais la tradition continue à l’abri des caméras. Pour les dresseurs d’éléphants, les Mahouts, la réalité est compliquée

Un public conquis mais qui réfléchit

Des hordes de touristes se pressent encore pour admirer le spectacle de ses animaux capables de lever la patte ou de peindre avec un pinceau dans la trompe. Dans le camp de Chiang Mai au nord du pays, les éléphants enchaînent les spectacles jusqu’à cinq fois par jour. Mais l’étape incontournable du voyage en Thaïlande, c’est la balade à dos d’éléphant. Les touristes payent cher pour l’expérience 45 euros le ticket et il y a jusqu’à 5000 touristes par jour. Tout à leur balade, ils ne remarquent pas le crochet dans la main du guide perché sur la tête de l’animal. Un outil très discrètement utilisé.

80.000 dollars la bête

 

Depuis l’interdiction il y a 30 ans de leur exploitation dans l’industrie forestière, éléphants et mahouts au chômage se sont reconvertis dans le tourisme de masse. Une fois dressés, les animaux sont vendus entre 50 et 80.000 dollars, un investissement colossal à rentabiliser.

Petit à petit, ces escapades exotiques sont boudées par les visiteurs. Elles ont mauvaise presse et des tour-opérateurs boycottent. Alors de nombreux camps se rebaptisent "sanctuaire" ou "refuge". Mais derrière ces nouvelles appellations, se trouvent souvent les mêmes pratiques. Sauf peut-être celui géré par l’ONG World Animal Protection à Changchill. Ici fini les balades à dos d’éléphants, les bains dans la rivière, on respecte 15 mètres de distance avec l’animal et on observe sans toucher. "Cette attraction est fortement déconseillée. Stressante notamment quand il doit interagir avec des jeunes surexcités, elle peut engendrer des blessures pour les touristes", relève Jan Schmidt-Burbach de la World Animal Protection.

Sur les quelque 220 parcs à éléphants recensés dans le pays, même si beaucoup promettent un tourisme plus éthique, "seuls une dizaine assure des conditions de vie véritablement satisfaisantes", d’après la World Animal Protection.

A l’heure du déjeuner et durant la nuit, les éléphants sont néanmoins enchaînés le temps que les mahouts se reposent. Même à Changchill la transition prendra du temps et beaucoup d’argent.

Encore beaucoup à faire

La Thaïlande compte près de 4000 individus en captivité, et leur nombre a bondi de 30% en 30 ans. Les réintroduire dans leur habitat naturel n’est pas possible, par manque de place, et pourrait déclencher des conflits avec l’homme, selon l’autorité thaïlandaise du tourisme. Pour les experts, il faut organiser le secteur qui manque cruellement de régulation. Mais les autorités ne semblent pas pressées de mettre de l’ordre dans cette activité très lucrative. Un rapport d’associations de défense des animaux, rendu en 2018 au gouvernement et préconisant un contrôle plus strict des éléphants en captivité, "reste toujours sans réponse".

Une fois "domestiqué", l’animal reste considéré comme du simple bétail d’après la loi thaïlandaise, à l’inverse des éléphants sauvages, protégés.

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