Coup d'Etat avorté en Turquie: 265 morts et 1440 blessés, 2839 militaires arrêtés selon le Premier ministre

Un groupe de putschistes de l'armée a tenté de prendre le pouvoir en Turquie, entraînant une violente riposte des autorités gouvernementales dans la nuit de vendredi à samedi. Les rues d'Ankara et d'Istanbul ont été le théâtre de violents affrontements entre les factions putschistes et les forces de sécurité fidèle au pouvoir. Des civils, descendus dans les rues suite à l'appel au soutien du président turc, des policiers ont été tués lors des heurts.

Le coup d'état avorté en Turquie mené dans la nuit par des militaires rebelles a fait 161 tués et 1440 blessés par les forces loyalistes et les civils, sans compter les putschistes, a déclaré samedi le Premier ministre Binali Yildirim.

Binali Yildirim, qui s'exprimait devant la presse à Ankara, a indiqué que 2839 militaires avaient été arrêtés en lien avec cette tentative qu'il a qualifiée de "tache" sur la démocratie turque. La situation est "entièrement sous contrôle", a-t-il ajouté. "Ces lâches écoperont de la peine qu'il méritent", a martelé le chef du gouvernement. Auparavant le chef de l'armée avait fait état de son côté de 104 putschistes abattus.

Tout comme le président Recep Tayyip Erdogan, Binali Yildirim a accusé le prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen d'être derrière cette initiative sanglante. Le régime turc considère que Fethullah Gülen, un ex-allié de Recep Tayyip Erdogan , est à la tête d'une "organisation terroriste". Ankara avait par le passé demandé à Washington de l'expulser, ce que les Américains ont toujours refusé. "Le pays qui sera aux côtés de Fethullah Gülen n'est pas notre ami", a lancé Binali Yildirim, sans citer nommément les États-Unis, alliés d'Ankara au sein de l'Otan.

La situation est "pleinement sous le contrôle des autorités" a déclaré le Premier ministre Binali Yildirim à la presse samedi en fin de matinée. Sans compter les putschistes, 161 personnes ont été tuées, 1440 blessées et 2839 membres des forces armées ont été arrêtées.

La tentative de putsch militaire a été mise en échec, a annoncé un peu plus tôt le général Ümit Dündar, chef de l'armée turque par intérim. "Cette tentative de coup a été mise en échec", a-t-il dit devant la presse à Istanbul indiquant que 90 personnes - 41 policiers, deux soldats et 47 civils - "sont tombées en martyres" dans les violences.

Solidarité totale

"Le coup a été avorté grâce à une solidarité totale entre notre commandant-en-chef et président, notre Premier ministre et les forces armées turques", a dit le général qui remplace à priori temporairement le chef d'état-major, le général Hulusi Akar. Ce dernier avait été retenu par les rebelles tout au long de la nuit avant d'être libéré lors d'une opération militaire menée contre une base aérienne de la banlieue d'Ankara.

De nombreux hauts responsables militaires s'étaient désolidarisés publiquement des putschistes dans la nuit, dénonçant "un acte illégal" et appelant les rebelles regagner leurs casernes.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté ses soutiens à rester dans les rues et occuper les villes afin de prévenir toute "nouvelle flambée" de violence. 

Les putschistes se rendent dans la matinée

Plus tôt dans la matinée, les dés semblaient déjà jetés pour les putschistes. 200 soldats, retranchés à l'état-major, se sont rendus aux autorités, annonçait l'agence pro-gouvernementale.

Après que son Premier ministre Binali Yildirim avait assuré que tout était "largement sous contrôle", le président turc Recep Tayyip Erdogan était moins affirmatif, déclarant samedi avant l'aube qu'il "y a en Turquie un gouvernement et un président élus par le peuple" et que "si Dieu le veut, nous allons surmonter cette épreuve".

La situation dans ce grand pays de 80 millions d'habitants, membre-clé de l'Otan, restait confuse six heures après l'annonce de la tentative de coup d’État.

Toujours des coups de feu en matinée

Des coups de feu sporadiques étaient toujours audibles au petit matin dans plusieurs quartiers d'Ankara et d'Istanbul, après une nuit marquée par des explosions causées, selon les médias, par des bombardements aériens.

"Ceux qui sont descendus avec des chars seront capturés car ces chars ne leur appartiennent pas", a ajouté Recep Tayyip Erdogan. Il a félicité les Turcs pour être descendus "par millions" dans les rues pour défendre la nation, notamment sur l'emblématique place Taksim à Istanbul, noire d'opposants au putsch.

Le Premier ministre Yildirim a ordonné samedi à l'armée d'abattre les avions et les hélicoptères se trouvant aux mains des militaires putschistes, a indiqué un responsable turc. "Des avions de combat ont décollé de leur base d'Eskisehir", dans l'ouest de la Turquie, pour combattre les appareils rebelles, a précisé ce responsable.

Une "trahison"

A son arrivée à l'aéroport d'Istanbul, qui avait été temporairement fermé plus tôt dans la nuit et où l'attendait une foule compacte de sympathisants, le président Erdogan a dénoncé "une trahison" menée depuis plusieurs heures par des soldats putschistes, qu'il a accusés d'être liés à son ennemi juré Fethullah Gülen, un imam exilé depuis des années aux États-Unis.

Le mouvement de ce dernier a rejeté, dans un communiqué, "toute intervention armée" et fustigé les commentaires "irresponsables" du pouvoir turc. Fethullah Gülen lui-même a condamné "dans les termes les plus forts" l'intervention militaire depuis les États-Unis où il réside. "J'ai souffert de plusieurs coups d’État militaires au cours des 50 dernières années et trouve donc particulièrement insultant d'être accusé d'avoir un quelconque lien avec cette tentative. Je réfute catégoriquement ces accusations", a-t-il indiqué dans un communiqué.

Le chef d'état-major libéré

Le chef d'état-major des armées turques, le général Hulusi Akar, a été libéré des militaires putschistes qui le retenaient sur une base aérienne située dans la banlieue d'Ankara samedi et conduit dans un lieu sûr, ont rapporté les chaînes de télévision.

Le sort du général, remplacé peu auparavant par un général d'armée car il était incapable de remplir ses fonctions, était devenu un mystère, le président turc Recep Tayyip Erdogan déclarant ne pas savoir où il était retenu par les putschistes.

Le Parlement d'Ankara bombardé

Le Parlement, autour duquel des chars ont été déployés, a été bombardé dans la capitale Ankara, où 17 policiers ont été tués, a annoncé l'agence Anadolu. Le Premier ministre a néanmoins convoqué une session extraordinaire samedi après-midi, pour laquelle il a demandé à tous les partis d'être présents.

A Istanbul, des soldats ont ouvert le feu sur la foule, faisant des blessés.

Des avions de chasse F-16 ont abattu un hélicoptère des putschistes, selon la télévision turque, après qu'un couvre-feu et la loi martiale ont été instaurés.

Deux heures environ après l'annonce du coup d'Etat, le président Erdogan avait prédit son échec, la voix blanche à la télévision et s'exprimant depuis un endroit non précisé, avec un portable via FaceTime.

Les responsables de la tentative de putsch paieront un lourd prix pour leur trahison, a-t-il averti. Il a annoncé le début d'une opération visant à "nettoyer l'armée de ses éléments traîtres".

Sessions extraordinaire au parlement

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a convoqué une session extraordinaire du Parlement samedi après-midi. Le chef du gouvernement a demandé à tous les partis d'être présents, indique l'agence Anadolu.

Loi martiale proclamée avant minuit

La chaîne publique turque de télévision avait diffusé peu avant minuit (23H00 en Belgique) un communiqué émanant des "forces armées turques", faisant état de la proclamation de la loi martiale et d'un couvre-feu sur l'ensemble du territoire national.

"Nous ne permettrons pas que l'ordre public soit dégradé en Turquie (...) Un couvre-feu est imposé sur le pays jusqu'à nouvel ordre", avait indiqué un communiqué signé par le "Conseil de la paix dans le pays", qui disait avoir "pris le contrôle dans le pays".

Les ponts enjambant le Bosphore entre l'Asie et l'Europe à Istanbul ont été fermés dans les deux sens au début de cette tentative.

A Istanbul, des grandes artères menant notamment à la place Taksim, dans le centre de la première métropole de Turquie, étaient bloquées par les forces de l'ordre et la présence policière était importante dans les rues.

Les télévisions ont montré des foules importantes réunies près de l'aéroport Atatürk à Istanbul, se réjouissant de la tentative de coup d’État. Mais d'autres, notamment place Taksim, protestaient en masse contre le putsch.

Entre joie et inquiétude

De nombreux habitants semblaient saisis d'inquiétude, voire de panique, et se sont précipités dans les magasins pour acheter bonbonnes d'eau et nourriture et aux distributeurs d'argent pour retirer des liquidités.

Les putschistes ont, dans un communiqué publié sur le site internet de l'état-major des armées, justifié leur "prise de pouvoir totale dans le pays" par la nécessité "d'assurer et de restaurer l'ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l'Homme et les libertés et laisser la loi suprême du pays prévaloir".

"Tous nos accords et engagements internationaux restent valides. Nous espérons que nos bonnes relations continueront avec les autres pays", poursuit le texte.

2745 juges démis de leurs fonctions

Autre conséquence de ce coup d'Etat avorté, pas moins de 2745 juges ont été démis de leurs fonctions par le haut conseil des juges et procureurs de Turquie, a indiqué samedi l'agence de presse officielle Anadolu. Cinq membres du conseil qui font l'objet d'une enquête ont également été remerciés.

Une base de l'OTAN isolée

La base aérienne d'Incirlik, qui sert notamment de base-support à l'OTAN, est ce samedi interdite d'accès et de sortie ainsi que d'électricité.

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