Tensions entre la Chine et l'Australie : une journaliste est détenue par Pékin

Une présentatrice australienne de la chaîne chinoise CGTN a été officiellement arrêtée pour "divulgation de secrets d’Etat à l’étranger", six mois après son placement en détention.

La ministre des Affaires étrangères australienne Marise Payne a indiqué lundi avoir été informée le 5 février par les autorités chinoises de l’arrestation de Cheng Lei, détenue depuis le mois d’août dernier. Cette mère de deux enfants est accusée d’avoir "fourni illégalement des secrets d’État à l’étranger", a précisé la ministre australienne dans un communiqué. Cette information a été confirmée par un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinoises, Wang Wenbin. "Nous espérons que l’Australie respectera la souveraineté judiciaire de la Chine et cessera de s’ingérer dans son traitement de cette affaire de quelque façon que ce soit", a-t-il dit.

Cheng Lei est une présentatrice connue de la chaîne CGTN, qui retransmet en anglais le point de vue de Pékin. Elle réalisait notamment des interviews de chefs d’entreprise du monde entier. Née en Chine, Cheng Lei avait émigré en Australie au cours de son enfance avant de retourner dans son pays de naissance et d’être embauchée par la télévision publique en 2012. Pékin ne reconnaissant pas la double nationalité, la présentatrice est uniquement de nationalité australienne.

Cette journaliste a été placée en détention dans un contexte de tensions bilatérales grandissantes entre Pékin et Canberra. Les relations diplomatiques s’étaient nettement dégradées au début de l’année 2020 après l’appel lancé par Canberra pour une enquête internationale sur l’origine du nouveau coronavirus, repéré pour la première fois dans la ville chinoise de Wuhan. L’Australie reproche également à Pékin son influence grandissante en Asie-Pacifique et ses ingérences présumées dans les affaires australiennes.

Mesures de rétorsion

La Chine a pris toute une série de mesures de rétorsion économique à l’encontre de plus d’une dizaine de produits australiens, notamment l’orge, le bœuf, le vin et le charbon.

Le placement en détention de Cheng Lei est intervenu quelques semaines après des perquisitions aux domiciles de journalistes travaillant pour des médias d’Etat chinois en Australie. Peu après, deux journalistes australiens, Bill Birtles et Mike Smith, étaient rentrés précipitamment en septembre dans leur pays après avoir été interrogés au sujet de Cheng Lei.

Cheng Lei avait notamment écrit un message sur Facebook dans lequel elle ironisait sur une visite ultra-sécurisée du président chinois Xi Jinping dans la ville de Wuhan durant l’épidémie de Covid-19.

Si Cheng Lei est reconnue coupable d’avoir enfreint les lois chinoises sur la "sécurité nationale", elle risque aujourd’hui une lourde peine.

Sa nièce Louisa Wen a affirmé à la télévision australienne ABC que, dans "cette affaire, sa famille ne comprend rien". Selon elle, la situation est tout particulièrement "difficile" pour la fille de la présentatrice, âgée de 11 ans, et pour son fils de 9 ans.


"Graves inquiétudes"


Selon la ministre australienne, des diplomates australiens ont rendu visite à la présentatrice six fois depuis son arrestation, la dernière fois le 27 janvier. "Le gouvernement australien a régulièrement fait part, au plus haut niveau, de ses graves inquiétudes concernant la détention de Mme Cheng, notamment en ce qui concerne son bien-être et ses conditions de détention", a ainsi souligné Marise Payne. "Nous comptons bien que les principes fondamentaux de justice, d’équité procédurale et de traitement humain soient respectés, conformément aux règles internationales".

Cheng Lei est la deuxième citoyenne australienne de premier plan à être détenue par la Chine après l’arrestation de l’écrivain Yang Hengjun en janvier 2019, soupçonné d’espionnage. Son placement en détention avait suscité l’émoi au sein de la communauté des journalistes étrangers dans le pays asiatique.

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