Tensions entre l'Iran et les États-Unis: "On joue avec des allumettes au-dessus d'un lac de pétrole"

Tensions entre l'Iran et les États-Unis: "On joue avec des allumettes au-dessus d'un lac de pétrole"
Tensions entre l'Iran et les États-Unis: "On joue avec des allumettes au-dessus d'un lac de pétrole" - © MARTIN BUREAU - AFP

Une guerre dans le Golfe a-t-elle été évitée de justesse ? C’est d’abord le New York Times qui le révélait vendredi matin. Après que l’Iran ait abattu la veille un drone américain, le président américain Donald Trump a donné son accord pour déclencher une riposte militaire… Avant de se raviser au dernier moment. Pas d’affrontement militaire cette fois-ci donc, mais pour Pascal Boniface, spécialiste des questions géopolitiques, la situation reste extrêmement dangereuse.

Ce qui est certain pour Pascal Boniface, spécialiste des questions géopolitiques et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, c’est que la destruction de ce drone est une provocation. De la part de Washington ? De Téhéran ? Ils s’accusent l’un-l’autre. Résultats de cette provocation, l’Iran et les États-Unis ont deux solutions : soit ils continuent dans cette escalade, et risquent qu’elle devienne totalement incroyable ; soit ils ont pris conscience que c’était trop dangereux et qu’il ne fallait pas aller plus loin. "Donald Trump n’est pas un va-t-en-guerre: il veut au contraire se sortir des bourbiers dans lesquels ses prédécesseurs ont plongé les Etats-Unis. Coté iranien, certains voudraient en découdre mais le président Rohani et le guide suprême savent très bien qu’une intervention militaire américaine serait synonyme de graves difficultés par la suite" explique Pascal Boniface au micro de Soir première. Mais la situation est très dangereuse : la moindre étincelle pourrait allume un feu impossible à maîtriser.

Un affrontement, deux perdants

Autre élément : Téhéran et Washington vont devoir maîtriser leur communication pour éviter une escalade qui les mettrait au pied du mur, mais ils vont aussi devoir gérer leur communication en interne, envers leur population, explique le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques. "S’il y avait une dégradation de la situation, les opinions réclameraient certainement une surenchère. On dit que les opinions publiques sont pacifistes, ce n’est pas toujours le cas" dit-il.

Il en va également de leur position respective en tant que chef, explique Pascal Boniface. La position de Donald Trump est bien établie, il est le chef incontesté et ses conseillers ont finalement peu d’influence sur lui, alors que Rohani lui, joue plus gros : il n’est pas installé si solidement au pouvoir. "Il partage le pouvoir avec le guide suprême et l’échec de sa politique de négociation qui aurait dû amener une nouvelle prospérité à l’Iran et éviter les sanctions, a échoué. La situation des deux hommes n’est donc pas la même" analyse Pascal Boniface.

L’Iran ne serait pas alors forcément le perdant d’un affrontement militaire avec les Etats-Unis ? L’Iran serait effectivement le grand perdant, analyse l’expert, mais cela ne veut pas dire que les États-Unis seront forcément gagnants. "Saddam Hussein était le grand perdant de la guerre d’Irak, mais on ne peut pas dire que les alliés ont été les gagnants. Dans une guerre, il peut y avoir deux perdants… Même si l’un perdra forcément plus que l’autre" conclut Pascal Boniface.

 

 

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