Témoin et premier secouriste, Edouard Perrin raconte l’attaque de Charlie Hebdo, 5 ans après les faits

7 janvier 2015. 12 personnes tuées. Une longue traque et un assaut dans une imprimerie. Le monde a encore en tête cette séquence de plusieurs jours en ce début d’année 2015. Vers 11h45, deux hommes cagoulés, les frères Kouachi, vêtus de noir, gantés et armés visent le journal satirique Charlie Hebdo. Des journalistes et caricaturistes sont tués. Leur opération commando n’aura duré que quelques minutes.

Ce jour-là, le journaliste Edouard Perrin est sur place. Avec ses collègues, il se réfugie alors sur le toit de l’immeuble : "Moi, à ce moment-là, je ne sais pas combien ils sont. Je ne sais pas s’ils ont des explosifs. S’ils ont prévu de mourir sur place. J’ai fait un peu de terrain de guerre, donc je sais que les balles traversent les murs très facilement, et qu’il ne faut pas rester là et se mettre à l’abri. C’est pour ça qu’on s’est mis sur le toit. Et en se mettant sur les toits, on a eu une vue sur une partie des événements qui se sont passés ce jour-là".

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La fresque représentant les visages des collaborateurs de Charlie Hebdo. © RTBF

En mode "secourisme"

L’inquiétude pour Edouard Perrin et ses collègues. Tenues paramilitaires et Kalashnikovs en main, les frères Koauchi prennent la fuite. Ils se retrouvent face à une première patrouille et ils font feu. Les policiers reculent car ils n’ont pas d’autres choix. Une fois partis, Edouard Perrin est l’un des premiers à rentrer dans la rédaction : "Il y a une porte à franchir et un couloir. Il y a une grande lame de fumée qui sort de la rédaction. Et là, en rentrant, on est face à une scène de guerre totale. Et là, vous passez en 'mode secourisme' en prenant le pouls des différentes personnes que vous voyez. Et pratiquant les premiers soins dans la mesure de ce que vous connaissez en la matière".

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La caméra de vidéosurveillance capture les images de l’entrée des frères Kouachi dans la rédaction de Charlie Hebdo. © RTBF

Très vite, il comprend que si certains sont vivants, d’autres n’ont pas survécu : "J’ai pris le pouls de beaucoup. Je sais donc très vite qu’il y a des morts".

Charb, Cabu, Tignous et d’autres collaborateurs sont tués, mais d’autres sont vivants. Pas de mots échangés. Juste quelques regards, dans l’attente des secours : "Petit à petit, il y a des sauveteurs qui arrivent. Les secours sont là dans cet endroit très exigu. Je me souviens d’avoir déplacé des tables, parce que la pièce était sens dessus dessous, pour aider les secours. Il n’y avait pas de brancard donc on a déplacé et descendu une des victimes à bras et on l’a posé dans la rue en attendant qu’elle soit prise en charge par les pompiers".

La petite salle de rédaction devient vite trop petite pour tous les secouristes. Le petit théâtre d’en face est donc transformé en hôpital de fortune.

Les terroristes, eux, ont pris la fuite. Le monde entier découvre alors leur nom, puis leurs visages. Deux frères qui se réclameront d’Al Qaïda au Yemen. Les deux frères les plus recherchés de France. Traqués pendant plusieurs jours, ils se retranchent à Dammartin-en-Goële, dans l’imprimerie de la ville. Le patron sera libéré. L’ouvrier, lui, restera caché. A 16h56, l’assaut est donné. Les deux terroristes seront tués.

L’histoire retiendra ces attentats. Mais l’histoire retiendra aussi ces trois mots : "Je suis Charlie". Trois mots comme une réponse à ces tueries. Alors la France et le monde entier se mobilisent, place de la République où près d’un million de personnes sont réunies. Paris est Charlie. Et le monde aussi. Avec les yeux de Charb pour témoigner d’une liberté perdue. Avec ces crayons pointés vers le ciel, comme des armes brandies contre ceux qui les ont offensés.

Cinq ans et demi plus tard, les frères Kouachi ne sont plus là. Mais le procès de ceux qui les auraient aidés débutera mercredi. Comme ceux qui auraient été Amédy Coulibaly, l’auteur de l’attentat de L’hyper-Casher et de la mort de Clarissa Jean-Philippe, la policière de 26 ans à Montrouge. Edouard Perrin n’attend rien de ce procès. Il veut juste se reconstruire avec ces images gravées dans sa mémoire.

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Depuis l’attentat, la rédaction de Charlie Hebdo a déménagé dans un lieu tenu secret. Mais les traces de "Charlie Hebdo" sont encore bien présentes dans le quartier. © RTBF

Un procès filmé pour l’Histoire

De Nuremberg au génocide rwandais, de grands procès ont été filmés pour l’Histoire : en France, où les précédents restent rares, celui des attentats de janvier 2015, qui s’ouvre le 2 septembre à Paris, constituera une première en matière de terrorisme. C’est le premier procès pour terrorisme à être filmé, en vertu de son "intérêt pour la constitution d’archives historiques de la justice".

Sur sollicitation du parquet national antiterroriste (Pnat), le premier président de la cour d’appel de Paris a autorisé l’enregistrement de ce procès "historique". Dans son ordonnance du 30 juin, il souligne que les attaques ayant visé la rédaction de Charlie Hebdo, des policiers et le magasin Hyper Cacher "ont été les premières d’une série d’actions à caractère terroriste dans les mois qui ont suivi et qui ont endeuillé la France."

Par "le retentissement et l’émotion qu’ils ont engendrés", les attentats de janvier 2015 ont "largement dépassé les frontières" et "profondément marqué l’histoire du terrorisme national et international", selon l’ordonnance.

Retour sur les événements de Charlie Hebdo dans notre journal télévisé du 28 août:

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