Tchad : au moins cinq morts dans des manifestations contre la junte

Au moins cinq personnes ont été tuées mardi dans des manifestations sporadiques à N'Djamena et dans le Sud du Tchad contre la junte qui a pris le pouvoir après la mort du président Idriss Déby Itno il y a une semaine.

Le général Mahamat Idriss Déby, fils du défunt président, nouvel homme fort du régime, a promis dans un discours télévisé diffusé à la mi-journée d'organiser "un dialogue national inclusif" durant une période de transition de 18 mois.

"Le Tchad continuera à tenir son rang et à assumer ses responsabilités dans la lutte contre le terrorisme et respectera tous ses engagements internationaux", a également déclaré le nouveau président du Tchad, pays stratégique dans la lutte contre les jihadistes dans le Sahel.

Le fils du défunt président n'a pas évoqué une seule fois les manifestations dans cette déclaration. Le calme était revenu en fin de matinée dans la capitale après des échauffourées.

Selon une ONG locale, la Convention tchadienne de défense des droits de l'homme (CTDDH), neuf personnes ont été tuées, sept à N'Djamena, deux autres à Moundou, dans le sud du Tchad.

Comme le faisait systématiquement son père le maréchal Déby, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant trois décennies, son fils le général Mahamat Idriss Déby, à la tête d'un Conseil Militaire de Transition (CMT), a interdit les manifestations de mardi. L'opposition et la société civile qui dénoncent un "coup d'Etat institutionnel" et une "succession dynastique" au pouvoir avaient appelé à ces rassemblements.

Paris condamne la répression

A Paris, le président français Emmanuel Macron a "condamné avec la plus grande fermeté la répression" et appelé à "une transition pacifique, démocratique et inclusive".

Il était le seul chef d'Etat occidental à avoir assisté vendredi dernier à N'Djamena aux obsèques de M. Déby, apportant à son fils, qui lui avait immédiatement succédé, le "soutien de la France" et des pays du Sahel au "processus de transition civilo-militaire".

La France considère le Tchad comme son principal allié militaire dans la lutte contre les jihadistes dans la région. Mardi, au moins 12 militaires tchadiens ont été tués dans l'attaque par des jihadistes,d'une position de l'armée dans la région du Lac dans l'est du Tchad, selon le gouverneur local.

Au cours des manifestations mardi à N'Djamena, des groupes de dizaines de personnes s'étaient rassemblés dans la matinée, cherchant à éviter des policiers omniprésents qui les dispersaient à coup de grenades lacrymogènes, selon des journalistes de l'AFP.

Plusieurs témoins ont fait état de "plusieurs morts" dans la capitale mais celles-ci n'ont pu être confirmées de source indépendante et le parquet n'a confirmé que la mort d'une femme tuée "par des manifestants".

"J'ai réceptionné le corps d'un homme âgé de 19 ans qui a reçu une balle à la poitrine", a également assuré à l'AFP un responsable de la morgue de N'Djamena, Roger Djimasngar.

"Il y a eu un mort à Moundou, décédé ce matin dans les manifestations, nous n'avons pas encore les circonstances exactes du décès, c'est un jeune de 21 ans", a aussi annoncé par téléphone à l'AFP Ali Kolla Brahim, le procureur de la République de la deuxième ville du Tchad, à environ 400 km au sud de N'Djamena.

Des policiers ont tiré sur ce jeune qui venait de jeter une pierre sur leur voiture, a affirmé à l'AFP Ahmat Malloum, haut fonctionnaire responsable des médias d’État à Moundou.

"Gouverner dans le sang"

"On en a marre, marre, marre de la dynastie monarchique au Tchad", a lancé une manifestante dans un petit rassemblement à N'Djamena. Des détonations de grenades de gaz lacrymogènes résonnaient ça et là.

"Les militaires ont annoncé la couleur: gouverner dans le sang. Les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur des jeunes pour réprimer une marche pacifique", a tweeté Saleh Kebzabo, l'opposant historique à Idriss Déby Itno.

Dès l'annonce par l'armée de la mort d'Idriss Déby au combat contre des rebelles dans le nord, son fils Mahamat a abrogé la Constitution et dissous le gouvernement et l'Assemblée nationale. Et promis des "élections libres et démocratiques" dans 18 mois.

Sur le perron de l'Elysée à Paris, M. Macron a également assuré mardi qu'il n'était "pas pour un plan de succession" à la tête du Tchad. A ses côtés, Félix Tshisekedi, le président de République Démocratique du Congo et président en exercice de l'Union africaine, a également demandé au CMT de "très vite revenir à l'ordre démocratique".

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JT du 20/04/2021

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